La planète au trésor - Un nouvel univers : Quelques informations

La planète au trésor sort en salle le 17 novembre 2002 au Québec, puis dix jours plus tard en France, le 27 novembre 2002, où le film se voit accoler un sous-titre La planète au trésor - Un nouvel univers. Le long métrage dispose de deux versions francophones.

Ce film marque la fin d'une longue tradition française où chaque grand film d'animation 2D Disney avait presque systématiquement une fenêtre de sortie proche de la période de Noël (entre octobre et décembre), ce qui expliquait parfois les grands décalages de sorties au cinéma par rapport aux Etats-Unis, et qui avait été initié 51 ans plus tôt par Cendrillon en 1950. D'où l'expression, très ancrée en France, de l'incontournable "Disney de Noël", même si Kuzco, l'empereur mégalo et Lilo & Stitch avaient déjà créé une faille dans cette logique. Cette tradition s'est depuis perdue, car elle est devenue moins systématique avec les films 3D, dont les parutions ont été réparties tout au long de l'année, en suivant généralement le calendrier américain.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

Le jeune adolescent rebelle Jim Hawkins vit avec sa mère qui tient un restaurant dans une ville portuaire. Un jour, un vaisseau s'écrase à proximité et, malgré les efforts de Jim, son occupant meurt juste après lui avoir confié un bien étrange globe qui s'avère être une carte galactique menant au trésor de mille univers. L'ami de longue date de la famille, le docteur Doppler, finance alors une expédition à bord du RLS Legacy où Jim est engagé comme mousse. Parmi les membres de cet équipage hétéroclyte, il rencontre John Silver, un étrange cuisinier cybernétique qui semble cacher bien des choses...

Analyse de l'oeuvre 4.5
4.55

Il  y a parfois certains films qui semblent souffrir de malheureux concours de circonstances, comme si tout le cosmos avait lancé sur eux une inexplicable malédiction, leur attirant inexorablement une énorme et inévitable poisse, alors que tout en eux respire la joie de vivre tout en proposant des concepts terriblement innovants. Pour une raison que l'on ne saura probablement jamais totalement expliquer avec certitude,  La planète au trésor - Un nouvel univers est résolument l'un d'entre eux. Un de ces longs métrages qui se plantent durement au box office alors que tous les pronostics étaient pourtant au vert et que rien dans son contenu ne justifie ce tel désaveu quasi unanime à l'époque de sa sortie. Est-ce que c'est la faute à son thème : Le premier, et toujours à ce jour unique, film produit par les Walt Disney Animation Studio relevant de la science-fiction pure ? Pourtant, ce genre là était à la mode au début des années 2000, de très nombreuses oeuvres s'étaient engouffrées dans ce thème avec plus ou moins de succès, y compris dans l'animation avec Don Bluth. Serait-ce la faute de son intrigue qui adapte et transpose l'univers des pirates de L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson dans l'espace ? Pourtant, l'intrigue du roman est solide, son essence est respectée, voire transcendée par le film. Serait-ce la faute de sa technique, probablement le film d'animation Disney le plus 3D de l'époque 2D ? Pourtant, presque vingt ans plus tard, le long métrage tient encore largement la route techniquement parlant. Serait-ce la faute de Disney lui-même, à cause de ses suites qui ont noyé le marché et terni la marque ? Ou bien est-ce la faute à Dreamworks Animation et son Shrek ? Peut-être bien, pourtant Kuzco, l'empereur mégalo tout comme Lilo & Stitch avaient su tirer leur épingle du jeu sur la même période. En vérité, rien n'est tangible dans cet incompréhensible échec de La planète au trésor - Un nouvel univers. Un film qui mérite pourtant de nombreuses éloges ainsi qu'une vraie seconde chance.

Avant de s'attarder sur des points de détails, commençons déjà par ce qui fait la plus grande originalité de La planète au trésor - Un nouvel univers, son thème de science fiction pure. C'est la seconde fois que j'emploie cette formulation dans cette page, volontairement, parce qu'il existe effectivement un précédent avec Lilo & Stitch. Sauf que ce film là, bien que mettant en scène des civilisations extra-terrestres, relève plutôt de la science-fiction à connotation fantastique, cette histoire d'enfant rencontrant la traditionnelle créature surnaturelle avec qui il va tisser de forts liens émotionnels. Sans compter que tout se déroule sur notre bonne vieille Terre. On pourrait d'ailleurs en dire de même avec Atlantide, l'empire perdu, qui s'inscrit surtout dans le registre de la science-fiction rétro-futuriste. Au contraire, La planète au trésor - Un nouvel univers relève intégralement du genre space opera, à savoir que toute l'action est délocalisée dans un univers entièrement fictionnel ailleurs, loin, très loin, dans une toute autre galaxie que la nôtre. Une thématique largement revenue en force au début des années 2000 grâce à Georges Lucas et sa célèbre prélogie Star Wars, qui fut un véritable phénomène de société. Devant la masse de productions du genre parue à cette période, on pourrait craindre que La planète au trésor - Un nouvel univers sente le réchauffé. C'est alors qu'entre en jeu sa seconde originalité : le style steampunk. Je le pensais déjà au moment de la sortie du long métrage en salle, je le pense encore largement aujourd'hui, mais La planète au trésor - Un nouvel univers a été la toute première intention de Disney de puiser dans l'univers des jeux-vidéo, dix ans avant le gros ratage que représente Les mondes de Ralph.

Bien que faisant partie des plus anciens sites de fans Disney encore en activité, j'ai toujours eu pour particularité d'être à la marge et, régulièrement, à contre-courant de mes confrères. L'analyse de longs métrages s'inscrit surtout comme un passe-temps ludique plutôt que dans une seule passion exclusive. Les longs métrages animés s'intercalent dans un ensemble d'autres loisirs périphériques, pas forcément en rapport les uns avec les autres, mais qui influencent très fortement la perception que j'ai, ensuite, de ces films. Ce qui me permet de dire que La planète au trésor - Un nouvel univers est fortement influencé par les jeux-vidéo, même si ce n'est pas totalement vrai, c'est que le style steampunk est abondamment exploité par l'industrie vidéoludique japonaise. Dès les premières minutes du film, puis un peu plus loin, grâce à la présence d'espèces canines (Docteur Doppler) et félines (Capitaine Amélia), il est inévitable de ne pas penser au succulent Tail Concerto paru en 1998, et sa tout aussi merveilleuse suite spirituelle Solatorobo - Red the Hunter en 2010, qui comportait aussi des grandes villes flottantes, avec leur maison aériennes défiant les logiques de la gravité. L'autre élément qui me fait apparaître cette relation étroite, c'est que la transposition d'un roman classique dans une autre galaxie est aussi très courante, notamment dans les jeux de rôles, majoritairement japonais également. Il ne fait aucun doute que si La planète au trésor - Un nouvel univers avait été un RPG, j'aurai sans nul doute craqué et adoré arpenter, manette en main, cet univers si grandiose ! Enfin, pour en terminer avec ses particularités, le long métrage adopte également le genre science fantasy, notamment ses robots qui évoquent furieusement les univers de Hayao Miyazaki (Le château dans le ciel, Nausicaa de la vallée du vent...). D'ailleurs, l'anthropomorphisme de plusieurs personnages fait également penser à Sherlock Holmes, conceptualisé par le même réalisateur, ce qui renforce d'autant plus la relation.

Si l'univers foisonnant de La planète au trésor - Un nouvel univers est sans nul doute le plus riche des productions du studio d'animation aux grandes oreilles, l'intrigue, très solide, renforce totalement l'immersion. Évidemment, au premier abord, l'histoire semble relativement banale et, surtout, familière. Et pour cause, puisqu'elle adapte L'Île au trésor, le célèbre roman d'aventures écrit par Robert Louis Stevenson à partir de 1881 ! Une histoire qui été de multiples fois adaptée à l'écran, y compris dans une version Muppets, mais on retiendra particulièrement ici la première adaptation par Walt Disney lui-même en 1950, officiellement le premier film Live du groupe. Pour autant, si La planète au trésor - Un nouvel univers respecte globalement la trame générale, jusqu'à certains points de détails assez précis et fidèles, l'équipe Disney fait quand même de subtiles modifications qui apportent un vent de fraîcheur à l'ensemble. C'est surtout la relation entre Jim Hawkins et John Silver qui a été la plus arrangée et la plus développée. Foncièrement, l'essence des deux personnages n'a pas vraiment changé par rapport au roman, mais Disney tisse un fort lien émotionnel entre eux, flirtant délibérément sur la relation père-fils, tout en jouant la carte du miroir déformant. Au début du film, le jeune Jim Hawkins est un John Silver en devenir, car il semble emprunter la même voie chaotique que son aîné. À l'opposé, John Silver se remémore le jeune Jim Hawkins qu'il était autrefois et qui aurait peut-être aimé emprunter une autre voie. Pour y arriver, Disney transgresse d'ailleurs un autre élément du livre, puisque le père de Jim abandonne ici sa famille, alors qu'il mourait de maladie à l'origine. C'était évidemment un mal nécessaire pour conforter, et justifier, la relation très réussie des deux hommes à l'écran.

Le passage au nouveau millénaire a complètement chamboulé la réalisation des longs métrages d'animation. Le balbutiant mais pertinent Toy Story a révolutionné la manière de construire des intrigues animées, tandis que le succès de Le roi lion et la brouille de Jeffrey Katzenberg ont fait naître une concurrence acharnée. Disney ne marquait donc plus exclusivement l'évènement en la matière. Pire, aux yeux du grand public, la 2D est rapidement devenue ringarde et dépassée, la 3D offrant bien plus de possibilités et bien plus de facilités si tant est que l'on maîtrise déjà correctement la technologie. De l'ère 2D, La planète au trésor - Un nouvel univers est certainement l'oeuvre la plus ambitieuse jamais imaginée par Disney. Ainsi, une énorme majorité des plans du film repose sur la technologie 3D, utilisée selon différents procédés, comme si le long métrage expérimentait. L'élément le plus réussi restant, une fois encore, le recours ingénieux au cel shading, popularisé par le jeu-vidéo Jet Set Radio en 2000, mais que Disney avait déjà expérimenté dans Basil, détective privé. La planète au trésor - Un nouvel univers innove aussi dans le domaine de l'animation 2D/3D combinée. À savoir que John Silver est le tout premier personnage humain mélangeant à la fois les deux technologies. Toutes ses parties cybernétiques sont générées informatiquement, tandis que ses parties organiques sont animées traditionnellement à la main. Le résultat reste encore aujourd'hui très impressionnant tant la combinaison des deux est parfaitement orchestrée sur le personnage par l'équipe Disney. C'est d'autant plus remarquable que La planète au trésor - Un nouvel univers tient énormément compte des limites de la technologie 3D qui permet, hormis quelques plans devenus vieillots désormais, d'offrir un spectacle de qualité même deux décennies plus tard. Il fallait en passer par là pour offrir un tel tour de force aux spectateurs, qui n'ont pas su l'apprécier à sa juste valeur malheureusement.

Pour la bande originale, on retrouve le compositeur James Newton Howard, pour la 3e année consécutive dans un long métrage d'animation Disney, après Dinosaure et Atlantide, l'empire perdu. On y retrouve les mêmes particularités dans ces compositions pour les trois films, qui se rangent plutôt dans les musiques narratives très puissantes, des hymnes qui transportent les spectateurs directement au coeur de l'action. On n'est pas vraiment dépaysé avec La planète au trésor - Un nouvel univers dans ce qu'il propose, on garde d'ailleurs longtemps en tête plusieurs mélodies une fois le film terminé. Par contre, la bande originale comporte un inédit, si je puis dire, par rapport aux deux précédentes compositions de James Newton Howard : une unique chanson placée à peu près au milieu du film. "I'm Still Here" en version originale est un hymne fort et ingénieux sur les tourments d'un jeune homme qui se cherche encore, coincé entre ce qu'il voudrait être et ce que les autres veulent qu'il soit. Jim exprime ainsi son mal-être. Ce qui constitue un très beau climax avant que le film entame la deuxième partie de son récit. La chanson s'apprécie d'ailleurs nettement mieux en version originale, voire québécoise, qu'en version française, sans qu'elle soit plus mauvaise. Ce n'est pas vraiment nouveau, car toute la décennie des années 1990 a été durablement marquée par une appropriation et une réinterprétation des chansons phares de tous les films. Si la version française par David Hallyday gagne clairement en fluidité vocale et en rythmique, le message s'éloigne assez largement des tourments intérieurs de Jim en livrant plutôt une espérance sur son avenir, là où la version québécoise, plus fidèle au texte original, semble enchaîner les cassures de rythme tout en gagnant en profondeur grâce la voix plus rauque de José Paradis et qui évoque l'incertitude et la détresse de Jim.

Malgré tout, la mécanique interne de La planète au trésor - Un nouvel univers est loin d'être parfaite. Plusieurs grains de sable grippent quelque peu le contenu de l'oeuvre. L'une des plus flagrantes relève d'une facilité narrative évidente, puisqu'aucune logique ni explication scientifique n'est apportée au spectateur : la possibilité des personnages de respirer dans l'espace. Ceci alors même que le Docteur Doppler s'équipe d'une combinaison au début du film, qui s'avère finalement totalement inutile en fin de compte, jolie incohérence. C'est d'autant plus troublant que la gravité artificielle est, elle, au contraire utilisée plusieurs fois dans le film, mais rien ne justifie la logique des membres d'équipage qui montent sur le mât et s'amusent avec les cordages sans ressentir le moindre manque d'air dans un environnement aussi ouvert sur l'espace. L'autre élément gênant du film est la présence de Monsieur Prout et son odieux langage flatulent. C'est franchement d'un assez mauvais goût dans un film d'animation qui s'avère aussi mature que La planète au trésor - Un nouvel univers, ce qui tend prouver qu'il a été placé là en réponse à l'ogre Shrek. Caca-prout, ça fait rire les mômes. Bien que je range le personnage du Capitaine Amélia parmi les éléments positifs, le long métrage manque cruellement de personnages féminins, là où Atlantide, l'empire perdu en offrait plusieurs et de bien plus marquants. Je suis d'ailleurs assez chagriné par le traitement réservé à Amélia qui, de femme forte, se transforme bien trop vite en demoiselle en détresse secourue par un homme certes moins viril que d'habitude, mais avec qui elle va finir par se ranger dans une banale vie de foyer. C'est assez dommage. Enfin, deux derniers points : Morph et B.E.N. Si le second existe dans le roman, bien que ça ne soit pas un robot, aucun des deux n'a de vrai légitimité dans La planète au trésor - Un nouvel univers. Morph, c'est le petit acolyte tout doux et tout gentil à destination du jeune public, mais comme il sert à effectuer un twist dans l'intrigue, il reste excusable. C'est moins flagrant pour B.E.N. qui, en dehors de trop palabrer, n'est au final réduit qu'à l'innovation technique du premier personnage entièrement 3D intégré et interagissant dans un film 2D Disney. C'est un peu léger.

Au final, ces quelques griefs très personnels mis de côté, La planète au trésor - Un nouvel univers bouillonne de bonnes idées et offre l'une des rares, si ce n'est la meilleure, relation filiale entre deux hommes, très loin devant Dingo et Max, déjà pertinent, mais qui restait cantonné dans le registre humoristique, là où ce film s'inscrit dans une réalité nettement plus tangible et réaliste. Cette relecture galactique quelque peu dystopique du roman de Robert Louis Stevenson s'avère donc très pertinente, tout en offrant un formidable spectacle visuel et sonore dans la grande tradition des classiques Disney.

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Voxographie sélective

Doublage québécois d'origine (2002)

Jim Hawkins (Adolescent) : Martin Watier 1

Jim Hawkins (Enfant) : Laurent-Christophe De Ruelle 1

John Silver : Vincent Davy 1

Docteur Doppler : Alain Zouvi 1

Capitaine Amélia : Élise Bertrand 1

M. Arrow : Yves Corbeil 1

Onus : Manuel Tadros 1

B.E.N. : Sébastien Dhavernas 1

Billy Bones : Hubert Fielden 1

Sarah Hawkins : Hélène Mondoux 1

Hands : Denis Roy 1

Scroop : Benoît Marleau 1

Morph : Dane A. Davis 3

Doublage français d'origine (2002)

Jim Hawkins (Adolescent) : David Hallyday 2

Jim Hawkins (Enfant) : Gwenvin Sommier 2

John Silver : Jacques Frantz 2

Capitaine Amélia : Michèle Laroque 2

Docteur Doppler : Bernard Alane 2

B.E.N. : Lorànt Deutsch 2

Mr Arrow : Igor De Savitch 2

Scroop : Pascal Renwick 2

Sarah Hawkins : Ninou Fratellini 2

Billy Bones : Patrick Messe 2

La Lorgnette : Gérard Surugue 2

Schizo (Tête sans torse) : Marc Alfos 2

Phrène (Torse sans tête) : Gilbert Lévy 2

Brigadier : Bruno Dubernat 2

Mary : Régine Teyssot 2

Dynamite : Michel Vigné 2

Narrateur : Jean Topart 2

Morph : Dane A. Davis 3