La belle et la bête, 30 ans de métamorphoses

Tous ceux qui ont eu la joie de découvrir La belle et la bête lors de sa sortie initiale en salle il y a déjà 30 ans sont quasiment tous unanimes : le film était mieux avant. Une constatation récurrente, qui doit probablement lasser les jeunes générations de spectateurs et tous ceux qui ont connu le film des années après sa sortie initiale, mais qui résulte d'une réalité. La belle et la bête fut, en son temps, un immense succès au point d'être nominé en tant que meilleur film aux Oscars, le seul et unique film d'animation à avoir eu cet immense honneur, puisque la catégorie film d'animation n'existait pas encore en ce temps là. Car, exactement de la même manière que la catégorie des meilleures ventes jeunesses fut "inventée" pour reléguer JK Rowling et sa saga Harry Potter loin des yeux des romanciers aigris de voir une illustre inconnue dominer leur classement, les oscars ont fait de même auparavant en "inventant" la catégorie des films d'animation pour éjecter Disney qui trustait beaucoup trop les premières places à l'époque et faisait grincer des dents certains réalisateurs de films live.

Pire, la sortie VHS de La belle et la bête va complètement bousculer le marché vidéo en propulsant le film comme meilleure vente VHS de tous les temps au Etats-Unis en 1992 ! De fait, grâce à cet aura prestigieuse et, surtout, car il s'agit d'un film d'animation relativement récent, Disney a toujours utilisé La belle et la bête comme fer de lance de la plupart des technologies émergentes. A chaque sortie vidéo notamment, quelle que soit l'époque et son appellation associée (Masterpiece, Golden Collection, Platinum, Diamond, Signature...), La belle et la bête suit systématiquement les ressorties de Blanche-Neige et les sept nains de manière cyclique, via son célèbre et désormais révolu, système moratoire. Mais La belle et la bête sert également à vanter les nouvelles technologies cinématographiques. Contrairement à Blanche-Neige et les sept nains, La belle et la bête possède un second énorme atout dans sa manche, en dehors de sa popularité : la technologie CAPS utilisée pour produire le film. Ce qui a tôt fait d'en faire, aux yeux de Disney, le premier film d'animation avec des sources numériques au monde, facilement réexploitables, sur lequel Disney peut donc expérimenter à loisirs.

Cette affirmation est bien évidemment entièrement fausse, car il y a eu un précédent. Bernard et Bianca au pays des kangourous a été le premier vrai film à bénéficier entièrement d'une animation par peinture numérique via les outils CAPS développé par la compagnie à l'époque. Mais Disney a volontairement occulté ce premier succès technologique au profit de La belle et la bête, bien plus populaire et rentable que son prédécesseur. C'est donc lui qui se voit, années après années, transformé, modifié, adapté aux nouvelles technologies du cinéma. A chaque fois que le film ressort, son traitement visuel et sonore changent, ce qui chagrine forcément les générations qui ont vu le triomphe du film en salle sans qu'il y ai eu besoin de tous ces artifices. Depuis sa sortie initiale en 1991, La belle et la bête semble continuellement malmené. Il doit se plier aux volontés de Disney, sans réellement suivre la volonté des auteurs initiaux du long métrage. La belle et la bête doit systématiquement épouser les normes de chacune des époques durant lesquelles il est proposé à nouveau (IMAX, DVD, Blu-ray, 3D, 4K... Quelle sera la prochaine ?), ce qui conduit à diverses modifications, bouleversements, métamorphoses, mais aussi erreurs éditoriales.

Pour commémorer les 30 ans de la sortie initiale de La belle et la bête, je vous propose donc, pour la première fois sur le site, de compiler ici même les diverses modifications qu'a connu le long métrage en trois décennies. Cette page ne se veut pas totalement exhaustive, il y aura sans doute quelques manques sur certains points de détails réservés aux seuls passionnés, mais je me suis cependant efforcé de proposer les éléments les plus emblématiques de chaque version.

La belle et la bête - Deux éditions de travail (1990/1991)

Avant même d'entamer sa carrière sur tous les écrans de cinéma du monde, La belle et la bête a été proposé devant un partère de spectateurs lors du New York Film Festival le 29 septembre 1991 en tant que grande avant-première du long métrage. Cette version, que l'on nomme Work-In-Progress Edition (Copie de travail en version française) reprenait le film dans une version finalisée à 80% environ. Certaines scènes absentes étaient donc proposées à partir de storyboard ou bien sous la forme de séquences animées et crayonnées. D'une durée équivalente à la version finale, cette édition a connu un tel succès qu'elle fut ensuite régulièrement commercialisée, d'abord exclusivement en VHS aux Etats-Unis, puis ajoutée en tant que 3e choix dans les premières éditions DVD puis, plus tard, en Blu-ray. Par contre, ce que le grand public sait moins, c'est qu'il existe en réalité non pas une, mais bel et bien deux copies de travail de La belle et la bête. Avant cette version, il existait une copie de travail exclusivement réservées aux équipes internes de Disney. Cette version dont la durée est plus courte, trouvable sous le manteau si on sait où chercher, comportaient quelques variations majeures. Notamment la version originelle de la chanson "C'est la fête" qui était initalement prévue pour Maurice et non pour Belle.

La belle et la bête pour la première fois au cinéma (1991)


Quelques captures d'écran de la version LaserDisc française.

Il est très difficile aujourd'hui d'avoir une idée très précise de ce qu'était la version finale de La belle et la bête en 1991, pour la simple et bonne raison qu'au-delà de sa sortie initiale sur grand écran, il n'a plus jamais été proposé, ni revu dans son état d'origine, nulle part ailleurs depuis. Nombreux sont ceux qui tournent donc leurs regards vers les sorties vidéos de l'époque, VHS et LaserDisc en particulier, pour témoigner que le film était plus beau auparavant. Une perception tenance du film, mais logique, s'est naturellement imposée à travers ces médias commerciaux car on pouvait revoir son film préféré autant de fois que souhaité. La perception du film s'est donc ancrée dans l'inconscience collective des plus anciens fans, ainsi que tous ceux qui possèdent encore ces éditions vidéos.

La réalité est évidemment plus nuancée. Les VHS et LaserDisc ont imposé une vision du long métrage qui est, en partie, très erronée. Déjà, il existait deux versions du film à l'époque, inhérente aux technologies utilisées selon les pays. Le format NTSC américain côtoyait ainsi les formats PAL européens et SECAM français. Chaque de ces trois technologies avaient leurs avantages comme leurs défauts. Le NTSC avait ainsi une meilleure fréquence d'image, mais un rendu des couleurs limité et plus criard que son concurrent. A l'opposé, le PAL, tout comme le SECAM, étaient réputés pour leur meilleure restitution des couleurs, mais avec un rendu plus terne et sombre, ainsi qu'une fréquence d'image plus élevée qui accélérait les films. Dans les faits, la version européenne était donc relativement plus proche de la version artistique initiale que la version américaine. Mais elle était quand même beaucoup plus sombre qu'elle devait l'être initialement. Un problème qui résulte du principe de la "copie d'une copie", où à chaque fois que le film est dupliqué, il perd inexorablement en qualité à chaque fois. Pour être plus clair, La belle et la bête a été réalisé via la technologie CAPS, puis transféré sur pellicule standard 35mm. Le film est ensuite expédié dans les autres pays, afin que les versions internationales calent leurs versions locales dessus. Il en résulte alors un nouveau master de 35mm, qui va lui-même servir ensuite de base aux versions vidéos ultérieures. Cela fait donc beaucoup d'étapes et autant de dégradations successives à chaque fois. Il faut d'ailleurs se remémorer que le tout premier film qui bénéficia du tout premier transfert exclusivement numérique au monde fut 1001 Pattes en 1999, même Toy Story avait suivi le processus classique sur pellicule en 1995.

Toutefois, il est indéniable que l'intention initiale des auteurs de La belle et la bête était d'en faire un film enrobé de mystère. Bien que le film ait subi d'importantes dégradations visuelles et sonores en sortant en VHS et LaserDisc, il est indéniable que les artistes de l'époque avaient parfaitement conscience des limitations technologiques de leur époque. Je suis personnellement convaincu que si La belle et la bête a désormais des couleurs si différentes, c'était justement pour compenser la dégradation irrémédiable du film lors de son transfert sur pellicule. Une constatation que l'on peut parfaitement affirmer grâce à la version 3D du film qui repose exactement sur ce même principe : la saturation et la luminosité du film ont été augmentées justement pour compenser l'assombrissement provoqué par le port des lunettes 3D. On peut d'ailleurs faire exactement le même constat sur de nombreux animés japonais des années 1970/1980, qui ressortent aujourd'hui en Blu-ray avec des couleurs affreusement criardes, ce qui était sans nul doute le résultat d'un choix lié aux limitations du format de diffusion NTSC à l'époque. Quand bien même, une chose reste effectivement certaine, l'assombrissement visuel de La belle et la bête sur VHS et LaserDisc offrait une énorme part de mystère au film qui convenait parfaitement à l'ambiance du long métrage et que l'on ne retrouve plus vraiment aujourd'hui, même si Disney tente depuis quelques années de rectifier le tir afin de s'en rapprocher le plus près possible.

La belle et la bête s'offre l'écran géant IMAX (2002)

Les plus importantes modifications apportées à La belle et la bête remontent à la ressortie du film sur les écrans géants IMAX en 2002. Contrairement à Fantasia 2000 qui fut pensé dès le départ au format gigantesque de la pellicule, La belle et la bête a nécessité une grande opération de conversion, car le système CAPS était limité à une résolution maximale en 2K en 1991. Les images ont été agrandies, le format du film légèrement recadré et rogné. Et, comme toujours dans ce genre de situation, des éléments parasites se sont invités à la fête. Des aménagements ont donc été rendus nécessaires et ce sont ceux-là même que l'on retrouve encore aujourd'hui dans le film. L'autre particularité de la version IMAX est d'avoir, pour une raison inconnue, poussée très nettement la saturation des couleurs, rendant le long métrage extrêmement lumineux, ainsi qu'une forte accentuation de la balance des couleurs, avec une très forte dominance du rouge, dénaturant de nombreuses scènes du film. La ressortie du long métrage ayant également été l'occasion d'intégrer une nouvelle séquence musicale, beaucoup de modifications furent apportées pour rendre l'intrigue plus cohérente par rapport à l'ajout de cette nouvelle scène. C'est d'ailleurs à partir de 2002 que le film va se scinder en deux oeuvres distinctes qui vont coexister ensemble selon le support où on les trouve. On en reparle un peu plus loin !

Vous trouverez ci-dessous un panel des modifications apportées au film pour sa version IMAX.

La première modification notable du film. Bien qu'assez similaire, l'arrière plan a bel et bien été entièrement redessiné. Aucune raison officielle n'a été donnée à ce sujet mais on peut faire un parallèle avec Le roi lion dont la scène des crocodiles fut modifiée car non adaptée au format IMAX.

Maurice récupère ses vrais yeux vert-olive mais ses sourcils semblent avoir changés de couleurs, tandis que les cheveux de Belle passent du chatain foncé au chatain clair.

La bête gagne indéniablement en luminosité mais perd inexorablement son aura mystérieuse et menaçante.

Les couleurs sont plus "flashy" dans les scènes lumineuses.

Les couleurs tendent vers le rouge dans les scènes plus sombres.

Le fauteuil de Gaston disparait mystérieusement dans la version IMAX. Un fauteuil qui réapparaitra et redisparaitra selon les éditions vidéos depuis 2002.

Suite à l'ajout de "Humain à nouveau", ce plan a simplement été retourné, sans autre modification de l'animation, et l'arrière plan redessiné afin d'offrir une transition plus logique à la nouvelle séquence musicale. On notera toutefois une erreur sur l'édition DVD, puisque même en choisissant la version cinéma du film, c'est la nouvelle scène qui est lue, l'ancienne ayant semble-t-il été oubliée dans les paramètres multiplans. Une erreur rectifiée par l'édition Diamond ultérieure.

Une toute nouvelle chanson est désormais intégrée au film. On y voit le personnel s'afférer à nettoyer le château de fond en comble.

C'est ici que se trouve la modification majeure de la version IMAX. Subtile et discrète pour ceux qui n'ont pas le soucis du détail, ce gros changement résulte du nettoyage du château dans "Humain à nouveau". Tous les arrières plans du film qui étaient autrefois délabrés ont été modifiés pour tenir compte de la remise en état de la demeure de la bête. Seul le tout dernier plan du film échappera à cette modification lorsque la bête, dévastée par le départ de Belle, est prostrée dans sa chambre qui est, étrangement, à nouveau délabrée. Il s'agit ici d'une belle incohérence de la version IMAX.

L'ultime changement notable de la version IMAX concerne une scène de Big Ben. Lorsqu'il s'exclame, en VF "Mais enfin pourquoi ?", toute la scène a été remplacée par une nouvelle animation inédite. L'artiste à l'origine de cette scène n'était pas satisfait de l'expression du personnage en 1991 et s'est donc chargé de la modifier. On remarquera que la scène perd énormément de détails, y compris l'ombre du personnage.

La belle et la bête est un étrange diamant imparfait (2010)

Disney s'est assez vite rendu compte que la version IMAX fut très critiquée à sa sortie, d'autant plus que tout le monde pouvait facilement accéder à cette version à la maison. Contrairement à l'époque VHS/LaserDisc, le transfert de La belle et la bête sur DVD respectait la version IMAX. Il était donc assez difficile de l'ignorer. Appréciant toujours autant les nouvelles technologies et, ayant désormais choisi son camp dans le champ de bataille opposant le Blu-ray au feu HD-DVD, Disney prend la décision de rectifier le tir avec La belle et la bête dès 2009. Le nouveau format HD offrant de nombreuses possibilités et un grand espace d'affichage par rapport au DVD, la décision logique est prise d'utiliser la version IMAX, qui bénéficie d'une résolution d'image supérieure à la version originale, pour effectuer ce nouveau transfert.

Assez maladroitement, mais toutefois avec les meilleures intentions, Disney tente alors de retravailler les couleurs, la saturation et l'ambiance du film afin de redonner son éclat d'antan à La belle et la bête. Malheureusement, Disney commet un gros impair : toutes les erreurs apportées par la version IMAX vont être oubliées et conservées telles quelles à l'écran. Ce qui constitue alors un bien joli raté. L'autre problème majeur de cette édition Diamant est son hybridation chaotique entre la version originale et la version IMAX du film. Le DVD, tout comme le Blu-ray, offrant la possibilité du mode multiplan, le film dispose de plusieurs pistes vidéos qui sont lues en fonction du choix du spectateur effectué sur le menu. Si on choisit la version originale, le film lit toutes les séquences qui sont propres à la version cinéma. Pour la version IMAX, c'est la même chose. Tandis que tout ce qui est commun aux deux versions est lu dans les deux cas. On remarque assez vite le problème de cette hybridation, car la colorimétrie, le contraste et la teinte du film ne correspondent pas vraiment entre ces séquences bénéficiant de restaurations diverses. Ainsi présenté, le film manque cruellement d'unité.

Vous trouverez ci-dessous un panel des modifications apportées à la version IMAX pour sa version Diamond.

Amélioration de la colorimétrie et élargissement du plan.

Pas de gros bouleversement, mais la scène est un peu plus plongée dans la pénombre qu'en 2002.

Le contraste est meilleur, mais le fauteuil de Gaston continue de jouer à cache-cache.

L'édition Diamond est la première à permettre de comparer les deux versions du film en 16/9e sur un même disque. La varitation de teinte, de saturation et de contraste saute littéralement aux yeux des spectateurs attentifs, tout comme les modifications des deux versions.

L'édition Diamond ajoute un effet, que tout le monde devra considérer comme affreusement raté : le reflet de Belle, mais aussi, quoi que plus subtil, de la bête sur la fenêtre de l'escalier. Si l'intention reste honorable, même logique dans un sens, l'effet est complètement raté puisque l'image refletée n'est pas inversée comme elle aurait normalement dû l'être !

La belle et la bête fait sa mue en 3D (2012)

Le roulot compression Avatar est désormais passé par là. Une fois encore, bien qu'il ne soit pas le premier converti en 3D cependant, Disney saute sur l'occasion en utilisant La belle et la bête pour faire la promotion de son savoir-faire dans le domaine. Et il devient assez rapidement évident que l'équipe chargée de la version Diamond et celle de la version 3D ne semblent vraiment pas s'être consultés mutuellement. Là où la version Diamond va être entièrement basée sur la version IMAX retravaillée, la version 3D va reposer intégralement sur le film dans sa version originale. Assez vite, les fans vont se rendre compte que La belle et la bête dans sa version 3D se rapproche bien plus de l'expérience cinéma que toutes les autres versions proposées jusqu'alors. Sauf que la technologie 3D a immanquablement un triple défaut : La belle et la bête est bien trop lumineux, pour compenser l'inhérent problème des lunettes 3D, le film est également proposé dans un format tronqué en largeur, pour permettre le relief de l'image et, surtout, la technologie est restée cloisonnée dans un marché de niche. Une grande partie du public est donc complètement passé à côté de cette version, plus proche de la vision artistique originelle, que toutes les autres éditions commercialisées jusqu'alors.

Vous trouverez ci-dessous un panel d'images comparatives du film entre sa version Diamond et sa version 3D.

A gauche, l'édition Diamond, proposée en format plus large, mais comportant plusieurs zones floues. A droite, la version 3D, tronquée, mais dont l'image est par contre totalement nette. La différence de contraste tend à rendre l'édition Diamond meilleure, mais la luminosité de la version 3D est contrebalancée par le port des lunettes qui assombrissent la scène. Au final, le rendu est quasiment équivalent devant son écran TV.

Cette fois, la différence est plus marquée. On remarque à droite les couleurs rougeoyantes typiques de la version IMAX. La version 3D se rapproche bien plus de l'aspect originel du film. On constate aussi à nouveau l'absence de flou au premier plan.

En dehors de l'aspect plus net et moins rouge, les couleurs des personnages sont plus proches de la version originelle du film dans l'édition 3D. Belle y récupère sa couleur de cheveux châtain foncé, qu'elle avait perdue au profit d'un chatain clair en IMAX, tout comme Maurice qui retrouve des pupilles vert-olive et non plus caca d'oie.

Cette fois, la victoire revient plutôt à la version Diamand qui s'en sort généralement mieux dans les scènes nocturnes du film. En dehors d'être plus lumineuses, la version 3D booste parfois un peu trop les couleurs qui donnent un rendu un peu moins convainquant, même chaussé de lunettes 3D.

Dans les scènes diurnes, la version 3D est incomparable à la version Diamond. La plupart des scènes se rapprochent vraiment de l'aspect pellicule original. Moins criardes, les couleurs de la version 3D semblent nettement plus naturelles, moins cartoon, même si le rendu semble forcément moins saturé.

Après deux décennies d'absence à l'écran, le fauteuil de Gaston signe son grand retour exclusivement pour la version 3D!

Alors que la version 3D se veut plus proche de la version originale, elle trahit tout de même aussi parfois le film en modifiant subtilement certaines scènes pour garantir un meilleur rendu en relief. Ici, même si la version Diamond a une dominante rouge, elle conserve le grain naturel de l'image dans l'arrière-plan. La version 3D supprime cet effet, tout en déplaçant la position de certains personnages, notamment Lumière qui n'est pas tout à fait positionné de la même manière, inhérent à la version relief du film, surtout dans un plan aussi complexe que le numéro musical « C'est la fête ».

La séquence "Humain à nouveau" étant absente de la version 3D, on retrouve donc toutes les scènes originelles du film, y compris la fameuse séquence de Big Ben qui avait tant chagriné son réalisateur et qui l'avait remplacé pour la version IMAX. Le château y apparaît donc à nouveau totalement délabré du début à la fin.

Je ne l'ai pas évoqué jusqu'ici, mais toutes les versions du film proposent des génériques à chaque fois différents, car ils comportent des ajouts, relatifs aux nombreux nouveaux contributeurs et équipes de restaurations successives. Mais c'est surtout la version 3D qui propose le générique le plus voyant du lot. D'abord, parce que l'introduction du film supprime la mention "In association with Siver Screen Partners IV" par "The Special 3D Edition of", sur le même modèle que celui de la version IMAX. Ensuite par l'ajout d'effets jaillissants de dessins crayonnés dans le générique de fin.

La belle et la bête remet le couvert en 4K  (2020)

Dernière technologie en date à l'heure où sont écrites ces lignes, l'Ultra 4K et le HDR ont cela de particulier que ce n'est plus le fichier vidéo source qui détermine désormais l'éclat d'un long métrage à la maison, mais bien les appareils destinés à la lecture qui embarquent plusieurs technologies capables de transcender une image en boostant la dynamique des couleurs, le contraste et la luminosité. Pour obtenir un résultat final qui puissent à la fois satisfaire réalisateurs, restaurateurs et spectateurs, il ne faut désormais plus résonner de la même manière qu'auparavant. De fait, pour éblouir les rétines, le fichier vidéo originel ne doit plus être éclatant mais au contraire proposé dans une forme native fortement dégradée. C'est là que réside l'étonnant paradoxe du HDR et ses variantes comme Dolby Vision, qui proposent des films visuellement chatoyants mais finalement aux couleurs plus vraiment aussi réalistes et dont le fichier source est au contraire très terne.

L'édition 4K de La belle et la bête n'échappe donc pas du tout à ce traitement. Pour sublimer son célèbre long métrage, Disney doit adapter le matériel original pour qu'il corresponde aux nouveaux standards audiovisuels. Et si, finalement, on ne s'en rend pas vraiment compte lorsque le film défile sous nos yeux à l'écran, faire des captures d'écran du fichier source permet de mieux se rendre compte comment Disney a remanié une nouvelle fois La belle et la bête. Notons d'ailleurs au passage que Disney a délibérément choisi d'abandonner la restauration du film en 3D, pour baser sa nouvelle version 4K à partir de l'édition Diamond.

Vous trouverez ci-dessous un panel d'images comparives du film entre sa version Diamond et sa version 4K.

Cela ne se remarque absolument pas sur un écran TV performant, parce que l'appareil embarque le HDR qui contrebalance et ajuste tous les aspects du film pour le rendre plus éclatant. Pourtant, en coulisses, le fichier vidéo natif s'avère finalement affreusement terne en comparaison de la version Blu-ray Diamond, ça se passe totalement de commentaire tellement c'est flagrant ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'image de droite est bel et bien tirée directement depuis le fichier source inclus dans le Blu-ray 4K du film. Ce qui m'a posé problème tant les logiciels sur PC s'échinent à rectifier le rendu des couleurs.

Il fait tellement sombre dans la version 4K qu'on a désormais l'impression que la scène se déroule au crépuscule et non plus au petit matin. En dehors de l'aspect délavé des couleurs, remarquez surtout l'effet de flou au premier plan qui réapparaît dans le film, là où la version 3D l'avait supprimé. C'est tout à fait normal, aussi proche était la version 3D de la version d'époque, autant ce genre de petites trahisons étaient obligatoires dans la version 3D, car c'était nos yeux et notre cerveau qui "reconstituaient" la perspective et cet effet de flou. En 4K, le film retrouve donc son effet de perspective flouté originel.

Maurice est tellement effrayé par la Bête qu'il en a perdu tout son joli teint rosé. Même la porte du cachot semble différente. Pour autant, le rendu sur un écran HDR compatible rend nettement mieux que ce que le fichier source semble proposer.

Adieu fauteuil de Gaston ! Te voilà de nouveau porté disparu comme en 2002 et en 2010 ! Tu vas nous manquer.

On a vraiment beaucoup de mal à reconnaître l'univers si chatoyant du film, n'est-ce pas ? Tout semble si délavé dans le fichier source alors que c'est si éclatant sur un appareil compatible. Le HDR est décidément une technologie bien curieuse.

La scène semble vraiment avoir perdu tout son éclat, même l'arrière-plan semble moins détaillé. Ce n'est pourtant pas le cas.

Drôle de paradoxe que cette version 4K dont les scènes sombres sont finalement celles qui se rapprochent le plus de la version VHS, tout du moins pour ce qui est du fichier vidéo source qui n'apparait jamais tel quel sur un écran HDR compatible.

La belle et la bête embrouille les oreilles françaises (1991, 2002, 2010)

Alors que la partie visuelle de La belle et la bête connaît d'innombrables bouleversements, la partie sonore n'est pas non plus épargnée. Que ce soit en version anglaise comme en version française, le long métrage a subit presque autant de modifications en trois décennies. Cela passe notamment par les différents mixages (Dolby Digital 5.1, DTS 5.1, Dolby Surround, Dolby Atmos, Dolby Vision...), mais également par de nouveaux effets audio rajoutés ici et là entre chaque version. Mais c'est bien entendu la version française qui a connu le plus gros bouleversement. En cause, le procès de Lucie Dolène relatif à Blanche-Neige et les sept nains, qu'elle remporta. Mauvais joueur, et prenant peur que la comédienne se retourne contre eux sur d'autres oeuvres sur lesquelles elle avait participé, alors même que la décision de justice ne concernait que Blanche-Neige, Disney prend la décision radicale supprimer sa voix de tous les doublages français auxquels Lucie Dolène avait contribué. La belle et la bête se retrouve alors victime collatérale d'une véritable cabale à l'encontre de la comédienne. Or, non seulement cette décision pose question, mais elle a la fâcheuse conséquence de provoquer un désastreux effet domino sur l'ensemble du doublage français du film. Et, pour couronner le tout, Disney commet également plusieurs impairs qui vont saccager à jamais la richesse du doublage originel de La belle et la bête.

Passage en revue des diverses modifications effectuées sur le doublage français.

1991 (Cinéma) : Même si l'information est assez peu partagée, depuis quelques années déjà, des fans québécois m'ont informé que le doublage français proposé au Québec le 21 décembre 1991, bien que reprenant exactement la même distribution de comédiens qu'en France dont la sortie a cependant été repoussée d'un an, comportait quelques lignes de dialogues légèrement différentes par rapport à la version distribuée en France à partir de 1992. N'ayant encore jamais réussi à mettre la main sur cette version, je ne peux malheureusement ni affirmer, ni infirmer l'existence de ce premier doublage alternatif.

2002 (IMAX) : Le premier changement majeur sur le film apparaît dès la toute première scène avec Madame Samovar quand celle-ci s'exprime « Puis-je vous offrir une tasse de thé ? Il est prêt, ça va vous réchauffer ». Déjà éjectée dès 1998 de La belle et la bête 2 - Un Noël enchanté - ce qui prouve que la douce vengeance couvait déjà depuis un certain temps de la part de Disney -, Lucie Dolène est remplacée par Lili Baron, qui reprend donc le rôle pour la seconde fois. Nettement moins enthousiaste que Lucie Dolène, Lili Baron propose un personnage beaucoup plus lisse et un peu moins charmant. Ce changement de comédienne a des conséquences très facheuses, puisqu'elle nécessite de nombreux raccords et redoublages vocaux. C'est d'ailleurs le cas de Big Ben, dont la réplique « Non, pas de thé » est prononcé différemment.

2002 (IMAX) : Toute la séquence de dialogue entre Zip et Madame Samovar est entièrement modifiée jusqu'à l'apparition de Plumette qui s'exprime avec le dialogue d'époque. C'est Kelyan Blanc qui assure désormais les dialogues raccords du personnage sur une grande partie du film, à la place de Clarence Le Prévost.

2002 (IMAX) : A nouveau, Madame Samovar apparaît. Un gros travail de raccord est effectué puisque ce sont presque tous les dialogues originaux qui sont conservés, en alternance, avec la voix de Lilly Baron. J'ai dit presque ? Bénédicte Lécroart redouble en effet la phrase « Mais vous êtes... Euh... ? » car les dialogues originaux se chevauchaient auparavant.

2002 (IMAX) : Pendant la conversation entre Lumière, Madame Samovar et la bête en attendant que Belle se décide à venir dîner, c'est de nouveau un bricolage auditif qui est proposé. Les dialogues originaux sont entremêlés avec ceux de Lily Baron sans autre modification.

2002 (IMAX) : Lorsque la bête s'énerve contre Belle et veut démolir la porte de sa chambre, le même bricolage auditif est effectué. Seuls les dialogues de Lily Baron remplacent ceux de Lucie Dolène.

2002 (IMAX) : A nouveau pour un nécessaire raccord audio, Kelyan Blanc effectue le doublage de Zip quand celui-ci précise qu'il n'a pas sommeil, tandis que Bénédicte Lécroart redouble le dialogue « Je peux manger quelque chose ? » quand elle descend à la cuisine. Hormis pour Madame Samovar, tous les autres anciens dialogues sont conservés durant cette longue scène.

2002 (IMAX) : Si les oreilles peu expertes avaient déjà quelques doutes sur la voix qui semblait similaire mais quand même un peu différente sur Madame Samovar en DVD, c'est bel et bien la première grande chanson du personnage qui a mis le feu au poudre à l'époque. Christiane Legrand est choisie pour être la nouvelle voix chantée du personnage. C'était une très grande chanteuse française fut un temps, avant que son activité ralentisse avec l'âge. Si l'idée est louable de rappeler un grand nom de la scène française, l'interprétation de Christiane Legrand est une véritable catastrophe. Jamais dans le rythme, constamment à bout de souffle, sans le moindre enthousiasme, Christiane Legrand saccage littéralement « C'est la fête » par son interprétation qui semble avoir tout l'air d'avoir été effectuée en une seule prise sans la moindre répétition. Ironie du redoublage, Christiane Legrand, incapable de pousser sa voix aussi haut que Lucie Dolène en 1991, lui laisse sa place lors d'un refrain, ce qui accentue d'autant plus le contraste entre les deux chanteuses. Jamais Disney n'avait proposé une chanson en français aussi mauvaise dans un de ses films. Chaque redoublage ayant toujours mis un point d'honneur à être irréprochable sur les chansons. On en vient à croire que c'est entièrement assumé histoire de saborder encore plus la réputation de Lucie Dolène dans le style « Hé, vous voyez ce qu'on a été obligé de faire à cause d'elle ? ».

1991 (LaserDisc uniquement) : La technologie LaserDisc était autrefois un marché de luxe, réservée à quelques privilégiés et aux cinéphiles capables d'investir dedans. De fait, peu de personnes sont au courant que, historiquement, le tout premier problème audio sur le doublage original concernait cette version. Ces grands disques vidéos nécessitaient d'être retournés à mi-parcours pour continuer à voir le film. De fait, une brève coupure audio intervient quand Big Ben joue les guides. Au moment où Belle s'apprête à monter vers l'Aile Ouest, Big Ben s'exclame « Mademoizè » le reste du mot étant coupé. Cet instant précis marque la nécessité de changer de face du LaserDisc. Ce problème audio n'étant présent sur aucune autre édition.

2002 (IMAX) : Pour une raison inexplicable, l'exclamation de surprise de Bénédicte Lécroart quand Belle se cogne sur le guéridon a disparu de la version IMAX. La scène est donc silencieuse.

2010 (Diamond) : La même scène est rectifiée sur l'édition Blu-ray. Mais au lieu de retrouver l'exclamation française originale de Belle, celle-ci s'exclame désormais avec la voix de Paige O'Hara, son interprète américaine.

2002 (IMAX) : Lorsque Belle, horrifiée par la bête, s'enfuit du château, elle est poursuivie par une meute de loup. Toutes les exclamations de terreur de Bénédicte Lécroart sont remplacées par celles de Paige O'Hara. Cette modification résulte d'un changement effectué dans la version américaine qui avait rajouté de nouveaux effets audios sur cette séquence.

2002 (IMAX) : Nouvelle scène, qui correspond au moment où les personnages enchantés se rendent compte que quelque chose a changé dans la relation de Belle et la bête, où seuls les dialogues de Madame Samovar sont changés et amalgamés aux dialogues d'époque. Notons que l'on entend à nouveau la voix de Clarence Le Prévost sur Zip.

2002 (IMAX) : Durant le morceau « Je ne savais pas », trois comédiennes se partagent désormais le personnage. Christiane Legrand chante les premiers couplets de la chanson. Le résultat est moins mauvais que sur « C'est la fête », principalement parce que l'interprétation de Lucie Dolène est ensuite conservée jusqu'à la fin du morceau. C'est finalement Lily Baron qui conclue la séquence avec le dialogue « Ce sont des histoires de grandes personnes ».

2002 (IMAX) : La séquence « Humain à nouveau » n'ayant jamais été doublée puisque n'existant pas auparavant, c'est logiquement un doublage inédit qui est proposé. Georges Berthomieu (Big Ben), Bénédicte Lécroart (Belle) et Emmanuel Jacomy (La bête) retrouvent leurs rôles respectifs, Christiane Legrand (Madame Samovar), Gérard Rinaldi (Big Ben) et Brigitte Virtudes (L'armoire) complètent la distribution pour la partie chantée, accompagnés des choristes habituels de films musicaux Disney.

2002 (IMAX) : Christiane Legrand semble littéralement s'étouffer sur « Histoire éternelle » offrant une interprétation tout aussi catastrophique qu'au moment de « C'est la fête ». Heureusement pour nos oreilles, c'est la dernière fois qu'on l'entend. De son côté, on retrouve Lily Baron pour le dialogue qui suit la chanson.

2002 (IMAX) : Hormis la scène où tous les personnages prononcent « Il a fait ça ! » en même temps qui résulte d'un nouveau doublage, il n'y a pas d'autre modification que l'ajout de la voix de Lily Baron dans les dialogues d'époque.

2002 (IMAX) : Toute la séquence de l'attaque du château conserve les dialogues d'époque combinés avec ceux de Lily Baron.

2002 (IMAX) : Le raccord audio de Lily Baron sur le dialogue « Par ici, gros plein de soupe. Allez les enfants ! » a la conséquence faucheuse de supprimer définitivement le cri de l'homme ébouillanté.

2002 (IMAX) : Lorsque l'armoire saute du balcon, elle pousse originellement un vrai cri de guerre qui disparaît de la version IMAX. Son cri est cependant réintégré dans la version Diamond.

2010 (Diamond) : Quand on se met à corriger des erreurs, généralement on en provoque une autre ailleurs. Si le cri de guerre de l'armoire est de retour, ce sont désormais les bruitages anglais de l'affrontement entre les villageois et elle que l'on entend à la place des bruitages français. Ce n'était pas le cas sur la version IMAX.

2002 (IMAX) : Avant dernier changement effectué sur les dialogues, c'est Lily Baron que l'on entend prononcer « Maître... ».

2002 (IMAX) : Ultime modification sur les dialogues du film, les derniers dialogues de Madame Samovar sont joués par Lily Baron, notamment le « Oh » quand elle retrouve sa forme humaine, « Mon trésor » quand elle s'adresse à son fils ainsi que la toute dernière conversation entre Madame Samovar et Zip où l'on entend à nouveau Kelyan Blanc.

2002 (IMAX) : Toutes les bonnes choses ayant une fin, la film s'achève sur une toute dernière chanson. Alors que le doublage original proposait Charles Aznavour et Liane Foly, « Histoire éternelle » est désormais interprétée par Patrick Fiori et Julie Zenatti. L'interprétation n'est pas mauvaise, mais moins puissante que la version originale, à cause d'un problème de rythme.

Conclusion

C'est ici que s'achève ce grand dossier consacré aux 30 ans de métamorphoses qu'a connu La belle et la bête, le film à l'origine de ma passion pour le cinéma d'animation. J'espère que vous l'avez apprécié !

12 novembre 2021 par Olikos