Pokémon 4 - Pour toujours / Celebi, la voix de la forêt : Quelques informations

Pokémon 4 - Pour toujours est sorti en vidéo le 25 octobre 2002 au Québec. On y retrouve l'ensemble des comédiens canadiens ayant déjà joués dans les films précédents. En France, il aura fallu attendre 6 ans pour que Celebi, la voix de la forêt daigne être commercialisé par TF1 le 16 mai 2007, dans un coffret trilogie le réunissant avec Jirachi, le génie des voeux et La destinée de Deoxys. Le doublage français ne reprend aucun des comédiens traditionnels de la série télévisée.

Le saviez-vous ? Avant de figurer dans ce long métrage, Celebi fut envisagé dans un scénario pour la série télévisée. C'est dans ce but que fut créée la célèbre GS Ball dont l'intrigue dura près d'un an et demi, avant d'être complètement abandonnée. Le mystère autour de la GS Ball demeura ainsi longtemps inexpliqué. Ce n'est que bien des années plus tard, en 2008, que Masamitsu Hidaka, un vétéran du staff de la série d'animation Pokémon, confirma que la GS Ball aurait bel et bien contenu Celebi et que cela aurait été révélé dans un grand arc d'épisodes. Mais comme Celebi avait dans l'intervalle été annoncé comme vedette principale pour ce film, le projet fut donc abandonné et la GS Ball fut remise à Fargas afin d'être oubliée.

Résumé

Sacha, en compagnie de Ondine, Pierre et Pikachu, se dirigent en bateau vers une forêt abritant des pokémons très rares. Arrivés là-bas, ils découvrent un univers enchanté, font la connaissance du pokémon inemporel Celebi et rencontrent un jeune garçon inconscient. Ce dernier leur révèle qu'il a traversé le temps en compagnie de Celebi afin d'échapper à un chasseur. Malheureusement, la traque recommence quand un membre de la Team Rocket tente à nouveau de capturer Celebi afin de s'approprier sa puissance. Sacha et son nouvel ami Sammy doivent donc s'unir pour contrer cet homme.

Analyse de l'oeuvre

Malgré ses défauts, Celebi, la voix de la forêt revêt un caractère particulier pour moi. C'est en effet avec ce long métrage que j'ai fait pour la toute première fois connaissance avec le doublage francophone canadien. Je me souviens parfaitement à quel point j'avais pesté contre les honteux éditeurs français qui ne voulaient plus diffuser aucun autre film Pokémon. J'avais même tout autant fulminé (avec de très raffinés jurons que je n'oserai pas reproduire ici) à la découverte de ce doublage effroyable qui ne reprenait aucun des comédiens traditionnels de la série télévisée. Qu'est-ce que j'ai pu être débile en ce temps là ! Bien heureusement, je me suis progressivement ravisé, peut-être aussi parce que les deux autres doublages québécois que je découvris par la suite furent également liées à Pokémon (Jirachi, le génie et des voeux et Destinée Deoxys). Peu à peu, j'ai donc familiarisé mes oreilles à l'exercice, puis combiné ce nouvel élément avec une autre passion qui prenait tout autant d'ampleur : les anciens doublages français remplacés au fil des décennies par de nouvelles versions. Depuis lors, je ne peste plus sur les redoublages (je suis moins avenant en ce qui concerne le passage à la trappe des anciennes versions) car ils sont une nouvelle matière à analyser, une nouvelle approche d'un scénario ou des personnages. Il me semblait donc naturel de remercier Lucie Sasseville, adaptatrice de Pokémon 4 - Pour toujours, Lisette Dufour, directrice de plateau ainsi que les comédiens Sébastien Reding, Martin Watier, Kim Jalabert, Hugolin Chevrette, Christine Séguin, Antoine Durand, François Sasseville et tous les autres, car sans eux, LesGrandsClassiques.fr ne consacrerait pas un si grande place aux doublages québécois si je n'avais pas jamais connu leur travail ! Ceci étant fait, entrons maintenant dans le vif du sujet.

Après avoir proposé trois films à la fois différents dans leur rapproche et impressionnants dans leur contenu, Pokémon the Movie offre un concept radicalement opposé avec Celebi, la voix de la forêt. A l'origine, j'avoue avoir été moyennement emballé par ce film, disons même que je ne l'estimais pas vraiment. Aujourd'hui, après avoir visionné des centaines de longs métrages d'animation de tout horizon, j'ai finalement réalisé que ce quatrième long métrage Pokémon avait tenté, à sa manière, de répondre à l'impressionnant Princesse Mononoké du studio Ghibli comme une sorte d'hommage assumé pour saluer ce chef d'oeuvre de l'animation japonaise. Bien entendu, Pokémon n'a pas l'ambition d'excellence propre à Hayao Miyazaki, il n'empêche que la parallèle est évident si l'on prend son temps à analyser le contexte et les petits détails : le faible équilibre de la nature, l'arrogance humaine de vouloir la dompter, l'esprit de la forêt... Regardez bien, vous verrez les signes vous aussi. A la manière d'un Ghibli, Celebi, la voix de la forêt propose aussi un aspect contemplatif assez poussé qui n'était pas de mise dans ses trois prédécesseurs. De fait, ne vous étonnez pas de voir défiler plusieurs longues séquences où il ne se passe pas grand-chose de palpitant. Bref, le scénario du film ne semble au final qu'un prétexte. Malgré tout, celui-ci offre pour la première fois à Pokémon sur grand écran une histoire de voyage temporel sur lequel la version japonaise et internationale diverge. J'y reviendrais. C'est aussi la toute première fois (et unique) que le grand méchant du film est un membre actif de la Team Rocket. L'homme et son masque de fer, qui aime se qualifier de chasseur, est d'une rare cruauté dans l'univers Pokémon. Il bénéficie d'ailleurs d'un atout inédit, les balles obscures, (inutilisés par GameFreak jusque là, mais prémices des futurs snatchers de Colosseum et XD - Le souffle des ténèbres) qui permettent de capturer à coup sûr n'importe quel pokémon tout en le rendant maléfique.

Jusqu'ici 4Kids! nous en avait fait voir de toutes les couleurs. On se souvient de la censure pour le premier film, du contresens dans le second, du remaniement dans le troisième. Sans ménagement 4Kids! se met soudain à considérer le public américain comme « imbécile », puisqu'il ne sera apparemment pas capable de comprendre de sa propre initiative Celebi, la voix de la forêt. Le scénario, jugé hautement compliqué pour la cervelle réduire de ses téléspectateurs, 4Kids! décide donc de son propre chef de produire une version « Director's - 4Kids! - Cut » plus explicite du film. Le scénario est donc complètement réaménagé, débarrassé de toute allusion à une quelconque divinité comme d'habitude et, surtout, rallongé de plusieurs nouvelles séquences inédites. C'est un cas unique, qui ne s'est fort heureusement jamais reproduit depuis. Pour expliquer ces changements, je suis obligé de trahir un principe sacré sur le site : dévoiler un élément important du scénario. Bon, vous êtes toujours en train de lire ? Bien, dans ce cas, sachez que l'un des éléments plus ou moins dissimulés dans la version japonaise concerne le passé du professeur Chen. Dans la version japonaise, rien n'est explicitement dévoilé, la découverte sur la vérité autour de ce personnage phare de l'univers Pokémon n'étant révélé que durant une scène du générique de fin. Au contraire, 4Kids! va préférer ne laisser aucun doute au spectateur, ce qui lui évitera de trop réfléchir (un spectateur américain n'a pas de cerveau, c'est bien connu voyons...)

Pour opérer ce changement majeur à Celebi, la voix de la forêt, une première scène alternative est donc insérée dès le début du film. Dans la version japonaise, Sacha et le Professeur Chen ont une conversation anodine autour d'un mystérieux pokémon aperçu durant leur voyage en bateau. Dans la description que lui fait Sacha, le Professeur Chen lui confie qu'il doit s'agir en réalité d'un Suicune mais la conversation est brusquement interrompue par l'intrusion d'un Grotadmorv un peu trop affectueux. Jacky y fait d'ailleurs un petit caméo. Dans la version internationale, la conversation est très différente. Cette fois, le Professeur Chen est affirmatif dans ses propos dans une séquence entièrement redessinée (adieu Jacky...), lui disant même qu'il a déjà eu l'occasion de rencontrer ce pokémon légendaire. Juste après, on y découvre une scène inédite où le Professeur Chen est plongé dans ses pensées.

Pour ajouter un semblant de comédie au long métrage, 4Kids! rajoute ensuite une nouvelle séquence inédite dans laquelle sont mis à profit Jessy, James et Miaouss et qui illustre les heures qui passent. Dans la version japonaise, après la séquence du cueillage de baies, nous retrouvions directement le pokégroupe réunit autour d'un feu de camp. Dans la version internationale, la nouvelle scène s'insère entre ces deux moments pour nous montrer la Team Rocket cherchant Celebi dans la forêt. La faim les tiraillant, Jessy, James et Miaouss se disputent alors un fruit et tombent de l'étrange véhicule de leur hôte dans la plus pure tradition burlesque du trio.

Enfin, quasiment à la fin de Celebi, la voix de la forêt, 4Kids! coupe au montage la scène du retour dans le passé de Sammy pour y mettre à la place une longue nouvelle scène inédite qui comporte une nouvelle conversation entre Sacha et le Professeur Chen, le départ en ferry et surtout la révélation finale sur la réelle identité de Sammy. Le spectateur ne peut donc absolument plus avoir aucun doute que Sammy est en réalité le seul et unique Professeur Samuel Chen (Samuel Oak en version originale) ! Si dans les grandes lignes, les deux versions proposent donc au final la même chose, reconnaissons que la version japonaise a le mérite d'amener cette révélation de manière bien plus subtile et efficace (même si elle cause un paradoxe temporel), plutôt que la version internationale qui nous dévoile tout dès le début. Même si je n'en ai pas la preuve formelle, il est fort à parier que ces nouvelles scènes ont été réalisées directement par 4Kids! et non par le studio japonais. 4Kids! n'en était en effet pas à sa première retouche visuelle, changeant régulièrement des arrières plans et décors dans la série télévisée. De plus, ces nouvelles scènes sont parfaitement identifiables si vous avez un oeil avisé, de part leur qualité moindre par rapport au reste du film, me permettant d'avancer cette explication.

La version internationale de Celebi, la voix de la forêt propose une surprise plutôt inattendue. Jusqu'à ce film, 4Kids! s'évertuait en effet à complètement chambouler la bande originale des longs métrages Pokémon, curieusement ce n'est pas le cas ici. A l'exception de quelques retouches mineures, dont une réorchestration légèrement différente du thème de la Team Rocket, la bande originale de la version originale est ici dans l'ensemble très fidèle à la version japonaise. On y retrouve donc de belles musiques, dont le très beau chant lyrique consacré à Celebi. L'explication de ce revirement est à chercher probablement du côté du nouveau distributeur du film. Les trois premiers films étaient en effet distribué à l'international par Warner Bros, qui avait sans nul doute adapté les films dans le but de les diffuser ensuite sur sa propre chaine Kids' WB. 4Kids! avait donc été soutenu par de gros moyens financiers lui permettant de s'offrir de nouvelles bandes originales. Celebi, la voix de la forêt, au contraire, est le premier long métrage distribué par Disney via son ancienne filiale Miramax principalement dédié aux films indépendants. Ceci expliquant probablement cela.

Pour sa version française, Celebi, la voix de la forêt connu de nombreux tumultes. Comme Le sort des zarbi fit un flop monumental en salle, le 4e long métrage n'eut droit à aucune sortie en salle ni même en vidéo pendant de nombreuses années. Jugé probablement plus cinématographique, c'est d'ailleurs directement Les héros, le 5e volet de la saga qui fut distribué par Disney en premier le 13 juillet 2005. Le succès de ce film n'étant pas au rendez-vous, la suite de la saga ne fut alors pas commercialisée par Disney en France. Quelque temps plus tard, tout change soudain. Alors que TF1 ne croit plus du tout au potentiel de Pokémon, le retirant de sa grille de programmes, Gulli (la nouvelle chaîne de la TNT française) achète les droits des nouveaux épisodes télévisées et profite alors du massif regain d'intérêt inattendu de Pokémon par le public. Dans la foulée, France Télévision récupère les droits libres d'exploitation vidéo des films à partir du 8e. Ils sont alors un franc succès. Réalisant soudain qu'elle a loupée le coche, TF1 se dépêche donc de récupérer les droits vidéos des films 4, 6 et 7 car elle dispose encore d'une option sur ces trois là (puisque TF1 détenait aussi les droits des saisons 1 à 7). Précipitamment, TF1 confie le doublage de Celebi, la voix de la forêt et La destinée de Deoxys à Mediadub International, tandis que Jirachi, le génie des voeux est confié à un autre studio (dont j'ignore l'identité). De fait, non seulement les comédiens habituels ne reprennent pas leurs rôles, mais il ne s'agit pas non plus des mêmes comédiens entre les films 4/7 et le 6 alors qu'ils furent commercialisés ensemble dans un unique coffret DVD. Bref, du grand n'importe quoi ! Malgré tout, le travail de Mediadub International affiche une évidente volonté de proximité avec les voix des comédiens belges traditionnels (Chantal Baroin et Thomas Roditi essayant par exemple d'imiter le mieux possible nos chers Jessy et James), allant même jusqu'à inviter Nessym Guetat pour le rôle de Miaouss, alors que ce dernier avait rejoint la France à ce moment là et, donc, quitté Pokémon par la même occasion. Compliqué, je vous disais !

Que reste-t-il donc aujourd'hui de Celebi, la voix de la forêt ? Je vous le demande tiens ! Non, plus sérieusement, si l'on met de côté sa métamorphose et son doublage français chaotique (je vous recommande d'ailleurs sans détour la version québécoise !), nous voici face à un gentil film contemplatif qui ose changer radicalement son concept par rapport à ses précédesseurs. En considérant aussi que pour la première fois aucun pokémon légendaire ne s'exprime en langage humain et que le concept de voyage temporel autour du Professeur Chen est réussit, alors Celebi, la voix de la forêt s'en sort finalement à très bon compte. Ce n'est sans doute pas le meilleur de la saga d'autant qu'il a beaucoup de mal à rivaliser avec ses trois prédécesseurs. Cependant, malgré tout, il reste un bel hommage franchement inattendu au célèbre Princesse Mononoké. Il fallait oser !

06 mars 2015 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage québécois d'origine (2002)

Ash : Sébastien Reding 1

Misty : Kim Jalabert 1

Brock : Martin Watier 1

Jessie : Christine Séguin 1

James : Antoine Durand 1

Meowth : François Sasseville 1

Pikachu : Ikue Ohtani 1

Sammy : Hugolin Chevrette 1

Doublage français d'origine (2007)

Sacha : Charles Pestel 2

Ondine : Anouk Hautbois 2

Pierre : Pascal Nowak 2

Jessy : Chantal Baroin 2

James : Thomas Roditi 2

Miaouss : Nessym Guetat 2

Pikachu : Ikue Ohtani 1

Professeur Chen : Georges Caudron 2

Sammy : Catherine Desplaces 2

Maraudeur Masqué : Pascal Germain 2

Narrateur : Stéphane Pouplard 2