Bonkers, de star à agent / Les visitoons / Bonkers va de l'avant : Quelques informations

Bonkers, de star à agent est un moyen métrage réunissant sous la forme d'un unique téléfilm les deux épisodes diffusés en France sous le titre de Les visitoons. Il s'agit d'une intrigue inédite, inspirée par le long métrage Qui veut la peau de Roger Rabbit, servant à réintroduire à l'écran le personnage qui n'était pas spécialement apprécié jusque là. Il a été édité en France en vidéo au milieu des années 1990, avec comme sous-titre Bonkers va de l'avant, mais n'existe plus sur aucun support, tout comme la série en elle-même. Hormis rediffusions télévisées, ce téléfilm n'est pas non plus disponible au Québec.

A noter : En substance, la série télévisée germano-australienne La brigade des contes de fées réalisée en 2002 recopie quasiment à l'identique le concept de Bonkers en remplaçant simplement la thématique des toons, par celui des contes. Dans les deux cas, les deux séries partagent le même principe d'intrigue policière et de personnages fortement loufoques, le tout chapeauté par deux enquêteurs que tout oppose, même si ces derniers sont surtout des transfuges des héros de la série The X-Files.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

La vie de la superstar du cartoon Bonkers vire au cauchemar lorsque le producteur W. W. se rend compte que son étoile ne rapporte plus que des clopinettes. Sans le moindre ménagement, Bonkers se retrouve à la rue où il réussit involontairement à capturer un malfrat. L'affaire est tellement retentissante que le sergent Francis Grating, résolument fan du personnage, décide de l'engager dans la toute nouvelle brigade Toon qu'il vient de créer. A cette même occasion, il promeut l'agent Emile Cornichon à de nouvelles responsabilités, sans que ce dernier ne se doute un instant du partenaire encombrant qu'on lui a assigné...

Analyse de l'oeuvre3.5
3.55

Bonkers, de star à agent a toutes les allures d'un téléfilm pilote mais dont la genèse est particulièrement troublante. Le héros est en effet né à la suite quasi-immédiate du fulgurant succès en salle de Qui veut la peau de Roger Rabbit. Disney choisit d'exploiter l'aura du long métrage, mais en se débarrassant volontairement du principal protagoniste car celui-ci est bien trop ancré dans un univers où vivent en commun tous les cartoons de nombreux studios concurrents, le film étant lui-même souvent considéré comme non réalisé par Disney. Dans son essence, Bonkers reste pourtant extrêmement proche de Roger, un personnage fortement loufoque qui tranche radicalement avec la plupart des personnages Disney connus jusque là. Bonkers est également issu du monde du spectacle, avant d'être embarqué, malgré lui, dans une intrigue policière. Tout du moins d'après ce qui est présenté dans ce vrai-faux téléfilm pilote, diffusé pour la toute première fois aux Etats-Unis le 4 septembre 1993, mais qui réintroduit entièrement un personnage qui ne rencontra pas un grand succès lors de ses premiers pas à l'écran. Car Bonkers est en réalité né près d'un an plus tôt, d'abord dans un court métrage spécialement diffusé au cinéma, Ça, c'est le Bouquet en août 1992, puis qui apparaît régulièrement dans la compilation de courts métrages Raw Toonage qui s'interrompt après seulement douze épisodes diffusés de septembre à décembre 1992 aux Etats-Unis.

Grosso modo, Raw Toonage reprenait le principe des séries télévisées ultérieures comme Les Animaniacs ou encore Le monde fou de Tex Avery, dans lesquelles le nom du programme sert surtout de prétexte à croiser divers personnages dans des intrigues sans réels rapport entre elles. Une sorte de compilation de vingt minutes donc. Raw Toonage se composait ainsi en quatre parties, une introduction qui invitait pour l'occasion un personnage Disney pour présenter le thème principal de l'épisode, une vidéo musicale parodique, une histoire mettant en scène le Marsupilami (dont Disney avait les droits à l'époque) et un cartoon autour de Bonkers. Le public américain boude pourtant complètement la formule, Raw Toonage ne survit pas à son troisième mois de diffusion et disparaît totalement de la petite lucarne. Disney croit pourtant fermement au potentiel du personnage, d'autant plus que de nombreux épisodes de He's Bonkers sont bel et bien déjà bouclés. N'aimant généralement pas produire des choses en pure perte, Disney confie le destin des épisodes inédits à Duane Capizzi, occupé au développement de la série télévisée du personnage, charge à lui ensuite de créer une intrigue cohérente autour de ces derniers. Pour cela, il introduit le personnage de l'agent Miranda Wright dont Bonkers doit servir d'acolyte. La série Bonkers dans son nouveau concept reprend alors l'antenne en février 1993 sauf que, là encore, la sauce ne prend pas. Disney fait face à des critiques sur la faible qualité de l'animation et l'intrigue discutable des épisodes. Neuf semaines plus tard, Bonkers passe à nouveau à la trappe.

Incontestablement, c'est un véritable branle-bas de combat qui se met alors en place au sein de l'équipe créative afin de redorer Bonkers, auquel le groupe Disney croit toujours fermement sans que l'on ne sache réellement pourquoi il fut l'objet d'une telle obstination. L'équipe de Duane Capizzi est alors remerciée, tandis que Robert Taylor est dépêchée pour remanier entièrement le programme. L'une de ses premières décisions est de laisser complètement de côté les 10 épisodes originaux non encore diffusés (sur les 19 produits par Duane Capizzi) et de repartir complètement de zéro. Ainsi naît ce "nouvel" épisode pilote Bonkers, de star à agent qui nous intéresse particulièrement ici. Une chose est certaine, avant d'aller plus loin dans l'analyse, la série fait ici un bon qualitatif vraiment visible par rapport aux premiers épisodes, cela saute immédiatement aux yeux. Dans un sens, la version remaniée de Bonkers rentre de plain-pied dans le standard des autres séries Disney de son époque. Rétrospectivement, Bonkers, de star à agent est également une très belle nouvelle approche du personnage qui se veut, pour le moins, cette fois vraiment très conforme à Qui veut la peau de Roger Rabbit. Robert Taylor choisit d'ailleurs d'écarter Miranda Wright au profit d'un autre protagoniste, le plus célèbre Lucky Piquel (renommé Emile Cornichon dans la version française, surnommé Emilio par Bonkers) qui rappelle, par ses attitudes, un certain Eddie Vaillant à la seule différence que celui-ci a une vie familiale. Le double épisode qui forme Bonkers, de star à agent est donc surtout l'occasion de faire rencontrer les deux personnages, tout en offrant une intrigue autonome qui jette les bases d'un contexte que suivra la suite de la série.

Au tout début de l'intrigue, Bonkers est une superstar du divertissement ayant à son actif un nombre important de cartoons. Malheureusement, sa gloire est de courte durée, dès le moment où il ne rapporte plus un sou, son producteur décide de le virer sans aucun autre ménagement. Désormais à la rue, il échoue dans un parc où, par un improbable concours de circonstance, il arrête un malfrat, dépouillant par la même occasion tout le mérite à Emile Cornichon qui menait pourtant l'enquête et dont Bonkers avait compromis la filature. La popularité de Bonkers est telle que la brigade décide d'engager le héros du jour afin d'enquêter sur toutes les affaires relatives aux toons. Il est dès lors confié aux soins d'Emile Cornichon de faire de lui un véritable enquêteur de terrain, ce que l'un pense comme acquis à la vue de sa longue carrière à jouer des policiers, et ce que l'autre pense être un cataclysme en devenir. Bonkers est follement excentrique au point que l'agent Cornichon n'arrive jamais à le prendre au sérieux, quand bien même le toon est le premier à se rendre compte de la disparition mystérieuse de nombreuses stars du cartoon. Mais lorsque Bonkers disparaît à son tour, il est peut-être trop tard pour que l'agent Cornichon parvienne à le sauver.

En quarante minutes, Bonkers, de star à agent, prend le temps de présenter convenablement son univers. Cependant, en quelques secondes, on remarque la similarité et l'inspiration de Qui veut la peau de Roger Rabbit, bien qu'il n'y ai plus que des personnages Disney dans l'entourage de Bonkers. On ne s'étonne pas vraiment de croiser, ici et là, le Chapelier et le Lièvre de Mars, tout droit échappés de Alice au pays des merveilles ou même le célèbre Donald Duck qui est le premier à subir les frasques policières de Bonkers. Tout autour de lui, évidemment, la nouvelle intrigue ajoute de très nombreux nouveaux personnages, dont le lapin ahuri Dislock qui servira par la suite de souffre-douleur pour Bonkers. Pour ce nouvel épisode introductif, l'équipe dirigée par Robert Taylor ajoute également un antagoniste assez énigmatique, qui se surnomme lui-même le Clector, car il est à la fois cleptomane et collectionneur ("collector") et dont le design hétéroclyte combine de nombreux éléments inspirés de personnages Disney, comme par exemple la queue du dragon Elliott. Intrigue loufoque oblique, l'affrontement entre lui et Bonkers est surtout l'occasion d'une joute verbale complètement invraisemblable, tout comme Bonkers a recours à d'innombrables tours, trucs et astuces propres aux toons, dont une enclume qui a de la personnalité.

Je l'ai déjà évoqué un peu plus haut, qualitativement, Bonkers, de star à agent, tout comme la série dirigée par Robert Taylor qui la suit directement reste plutôt agréable et conforme aux standards de Disney à cette époque. On note même un léger mieux, notamment dans les décors et dans l'ambiance par rapport à Super Baloo par exemple, dans cet épisode tout du moins, qui rappelle très fortement le côté glauque de Qui veut la peau de Roger Rabbit, à la différence que l'action s'ancre pleinement dans le début des années 1990 (vêtements et coupes de cheveux inclus). On notera d'ailleurs à ce sujet l'absence quasi-totale du moindre personnage féminin important, hormis quelques personnages d'arrière plan n'ayant aucun rôle significatif dans l'intrigue. Concernant la bande originale, celle-ci se révèle finalement très discrète. Bien que l'on ne retienne aucun morceau, au sortir du double épisode, on garde quand même en tête que le maître mot des compositeurs était de livrer du fun, à l'image de l'irrationalité de Bonkers. Je ne dirai aucun mot sur la version originale, car ne l'ayant jamais entendue, mais il faut admettre que le doublage français reste globalement assez bon. La plupart des comédiens semblent d'ailleurs être en complète roue libre, ce qui accentue l'ambiance délirante, même si je suppose qu'on doit du coup être assez éloigné de la version originale. Bien que le tout soit très satisfaisant, il faut aussi reprocher que les comédiens sont aussi très peu nombreux, ils se partagent donc tous les premiers rôles, les seconds rôles mais aussi les voix d'ambiance.

Dans les grandes lignes, Bonkers, de star à agent est une très bonne remise en ordre de marche d'un personnage qui avait complètement raté son départ à l'allumage pour enfin rejoindre la cour des grandes séries animées Disney. La formule étant cette fois-ci la bonne, elle donnera lieu à la production de 19 nouveaux épisodes mettant en scène le duo Bonkers et Emile dont le succès sera bien plus conséquent qu'auparavant. Alors qu'arrive le terme de cette première partie de la "nouvelle" série, Disney décide toutefois de réexploiter les 10 épisodes originaux jamais diffusés jusque là. Pour cela, Robert Taylor rajoute un nouvel épisode de transition afin d'imaginer un passage de relais entre l'agent Cornichon et l'agent Wright, changeant dès lors la chronologie de production des épisodes par rapport à la chronologie des évènements vécus par Bonkers. Au delà de ses 11 épisodes diffusés, le duo Bonkers et Emile revient finalement pour un second et ultime rappel de 21 nouveaux épisodes, sans transition aucune avec l'agent Wright, avant de tirer définitivement sa révérence. Durant sa courte vie, la série Bonkers a donc été diffusée en 4 temps : d'abord 9 épisodes de l'ère Duane Capizzi, puis 21 épisodes de l'ère Robert Taylor, suivi des 10 épisodes inédits auquel s'ajoute le nouvel épisode de transition et, enfin, la dernière salve de 21 épisodes de la seconde équipe.

Depuis cette diffusion initiale, que l'on peut franchement qualifier de chaotique à l'image de son protagoniste, la plupart des chaînes de télévisions préfèrent désormais découper la série en deux grandes époques, la première mettant en scène Emile Cornichon servant d'introduction (bien que produite ultérieurement et soit meilleure qualitativement), puis la seconde avec l'agent Miranda Wright servant de conclusion (qui fut produite avant et semble du coup dissonnante visuellement). Depuis lors, Bonkers, de star à agent est donc involontairement devenu le tout premier épisode de la série, chronologiquement parlant, bien que, comme ce fut le cas en France à l'époque, il ne fut pas toujours diffusé en tout premier lieu. Malgré tout, Bonkers, de star à agent reste incontestablement la meilleure porte d'entrée de la série, car elle se place dignement dans la continuité de Qui veut la peau de Roger Rabbit dont elle s'inspire à la base. Ainsi, la boucle est bouclée.

Social eXpérience

12 avril 2019 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1994)

Bonkers D. Bobcat : Eric Metayer 1

Emile Cornichon : Richard Darbois 1

Sergent Francis Grating : Henri Guybet 1

Clector : Edgar Givry 1

Monsieur Moche : Michel Mella 1

Donald : Sylvain Caruso 1

Journaliste : Barbara Tissier 1

Fawn Dee : Barbara Tissier 1

Marjordome : Roger Carel 1

Producteur W.W. : Roger Carel 1

Jitters : Roger Carel 1

Marilyn Cornichon : Aurélia Bruno 1

Dilandra Cornichon : Geneviève Taillade 1

N.B. : Tous ces comédiens assurent également les voix d'ambiance et les seconds rôles.