Les aventures de Tintin, d'après Hergé - L'étoile mystérieuse

Quelques informations

L'étoile mystérieuse est, chronologiquement, le second épisode de Les aventures de Tintin, d'après Hergé réalisé, cependant il fut le premier a avoir été diffusé durant les années 1960 en France. Il s'agit également du premier épisode dont la réalisation a été confiée à une nouvelle équipe franco-belge, qui s'occupera de 6 des 7 épisodes de la série, contrairement à Objectif Lune qui avait été produit en premier avec une compagnie américaine en 1959 mais dont le résultat final n'avait pas satisfait Belvision. Il existe donc une très forte dissonance visuelle entre Objectif Lune et les autres épisodes de la série.

A l'origine, L'étoile mystérieuse est un feuilleton télévisé composé de 11 épisodes. Ils furent finalement réunis ensemble pour former un long métrage de 45mn durant les années 1980 lors de leur commercialisation en VHS. Depuis, cette histoire, comme l'ensemble de la série, n'ont plus été commercialisées.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

Une étoile mystérieuse s'écrase en pleine mer ! Qu'à cela ne tienne, l'extravagant Professeur Tournessol ne retient qu'une chose des mesures spectrométriques qu'il fait depuis son observatoire : sa composition recelle un minerai totalement inconnu sur Terre. Avec Tintin et le capitaine Haddock, il lance immédiatement une expédition pour aller à sa rencontre. Mais un groupe concurrent tente d'y arriver avant eux...

Analyse de l'oeuvre 3
35

L'étoile mystérieuse est surtout connu pour avoir été le tout premier album Tintin à sortir directement en version couleur en décembre 1942. Ce que l'on sait moins, c'est que sa prépublication fut, elle, proposée en noir et blanc entre le 20 octobre 1941 et le 21 mai 1942 en pleine occupation allemande en Belgique tout juste quelques semaines après la disparition du supplément Le Soir Jeunesse, dont Hergé en était le rédacteur en chef, en raison d'une forte pénurie de papier et d'un manque flagrant d'intérêt du public pour ce supplément. Le Soir ayant été volé un an plus tôt à ses propriétaires par l'occupant, et Hergé souhaitant rester neutre en ne prenant aucune position, il est contraint d'imaginer une histoire qui doit pouvoir échapper à la censure. Il se tourne pour la toute première fois vers un récit fantastique pour Tintin. Une sorte d'histoire légère dont la finalité n'a pas d'intérêt particulier, puisqu'il s'agit finalement d'une intrigue qui n'a aucun véritable objectif si ce n'est d'emmener ses lecteurs dans un voyage fantaisiste. Durant la même période, la guerre jusqu'alors cloisonnée au niveau européen s'aggrave et devient mondiale après l'attaque surprise et dévastatrice de Pearl Harbor par les japonais. Pendant la prépublication de L'étoile mystérieuse, Hergé s'affaire à réunir chaque strip quotidien de Tintin dans un cahier, en ayant recours à sa vieille méthode qu'il maîtrise désormais pour ses anciens albums, afin de former ce qu'il pense alors être le dixième album noir et blanc de Tintin.

Dès février 1942 pourtant, Louis Casterman fait l'acquisition de nouvelles machines d'impression en polychromie, il informe immédiatement Hergé qu'il est désormais inenvisageable de publier un nouvel album sans aucune couleur. Dans le même temps, il lui suggère également de réfléchir à une manière de mettre en couleur les anciennes aventures de Tintin dont les tirages sont désormais épuisés. Pris de cours par cette demande, Hergé est contraint de complètement revoir sa méthode de travail et se retrouve très vite débordé par l'ampleur de la demande. Il doit notamment se trouver un collaborateur, dans un premier temps en prenant contact avec un certain Edgar Pierre Jacobs, futur illustre auteur de la tout aussi célèbre saga Blake et Mortimer. Mais en raison d'une contrainte professionnelle, Edgar Pierre Jacobs n'est pas disponible à plein temps. Cela oblige Hergé à se tourner vers Alice Devos, la compagne d'un de ses amis, qui réalise la "colorisation" en un temps record d'un peu plus de six mois. Lors de sa commercialisation, le premier album de Tintin tout en couleurs connait un grand succès au point d'être déjà quasiment épuisé avant Noël. Occupé par la suite à la refonte des anciens albums en couleurs, L'étoile mystérieuse est finalement peu à peu laissé de côté, du moins jusqu'en 1954 quand diverses ultimes retouches sont effectuées par Hergé afin d'effacer certains éléments jugés tendancieux, particulièrement l'équipage du Peary qui vogue désormais sous pavillon du pays factice Sao Rico.

La même année, Belvision naît sous l'impulsion de Raymond Leblanc, l'éditeur du Journal de Tintin, qui souhaite voir débarquer un programme jeunesse sur la jeune télévision belge. Très vite, il convainc Hergé d'adapter Tintin. Le sceptre d'Ottokar sera le premier adapté en feuilleton de huit épisodes en 1957 et L'oreille cassée le suivra, en sept épisodes en 1959, en collaboration avec la RTF (Radiodiffusion-télévision française). Malheureusement, l'expérience jugée rigide par l'un et frustrante pour l'autre ne débouche sur rien de bon, les deux feuilletons étant vite reniés par leurs créateurs, tout en n'étant pas vraiment acclamées par ses spectateurs. N'ayant pas du tout oublié son rêve américain, malgré la fin de non recevoir de Walt Disney, et alors que Tintin fait pourtant un monumental flop sur leur territoire depuis de nombreuses années, Hergé décide de confier le destin de Tintin à une équipe d'animation américaine expérimentée. Pour cela, Raymond Leblanc et lui-même rencontrent en 1959 Larry Harmon, le président of Larry Harmon Pictures Corporation à qui l'on doit Bozo le clown, la série animée Laurel et Hardy et Tom et Jerry, ainsi que Charlie Shows, célèbre scénariste pour les productions Hanna-Barbera. La première collaboration des deux parties va porter sur l'adaptation de Objectif Lune, mais elle va finalement être remise en cause.

N'étant pas totalement satisfait de la collaboration avec le producteur américain, dont la production est partagée entre Los Angeles et Bruxelles, Raymond Leblanc cherche alors un autre partenaire. Il le trouve dans le français Télé-Hachette avec qui il se lance dans une nouvelle adaptation de Tintin qu'il espère plus fructueuse. De la collaboration américaine originelle, le Studio Hergé et Belvision gardent cependant sous le coude le scénariste Charlie Shows, tout en confiant la réalisation des épisodes à l'animateur flamand Ray Goossens. Malheureusement, Hergé va très vite déchanter, car il voit peu à peu son oeuvre lui échapper complètement ! D'un côté, Ray Goossens impose l'utilisation des celluloïds, très utilisé de l'autre côté de l'Atlantique, mais sur lesquels Belvision n'a pas l'habitude de travailler. De l'autre, Charlie Shows décide de s'affranchir complètement de la rigidité de l'aventure et des images conçues par Hergé. Il choisit, volontairement, de dénaturer l'esprit des aventures de Tintin afin de rendre ses aventures nettement plus dynamiques. L'histoire de L'étoile mystérieuse est en effet complètement réaménagée, dans une intrigue qui ne garde finalement que quelques idées de base, tout en se montrant très énergique dans sa construction. L'aventure de Tintin devient littéralement un film d'action, avec des rebondissements à la pelle et des courses poursuites endiablées. Evidemment, Hergé s'offusque, mais ne peut s'y opposer frontalement, le contrat étant signé et le succès télévisée plutôt au rendez-vous.

Pourtant, n'en déplaise aux puristes, je pense personnellement que c'est l'une des meilleures choses à offrir à Tintin. On est tellement habitué aujourd'hui à être enfermé dans des adaptations quasiment copié à l'identique des albums, comme c'est le cas de la série télévisée de 1992, que découvrir cette complète réinterprétation de L'étoile mystérieuse s'avère une vrai bouffée d'air frais. Il est indéniable que l'on prend plaisir à se demander ce que l'épisode nous réserve, tant tout ce qui arrive à l'écran s'avère totalement imprévisible ! Par exemple, ce sont les Dupondt qui introduisent l'intrigue et y prennent part, alors que ce n'était pas le cas dans l'album. Alors que, normalement, Tintin ne le connaît pas encore, c'est également le professeur Tournesol qui prend la place occupée précédemment par le professeur Calys. Plus étonnant, une très longue course-poursuite à travers les docks s'engage entre Tintin et un mystérieux saboteur juste avant que l'expédition ne prenne la mer. On croise également quelques scènes surréalistes, à l'image des Dupondt qui font du patin à glace sur le pont du vaisseau. A contrario, ces divers aménagements contraignent le scénariste à laisser de côté les péripéties autour du rechargement de carburant imaginé par Hergé. Enfin, la fin de l'histoire diverge totalement de celle présentée dans l'album. Là où la course pour la prise de pouvoir de l'aérolithe s'achevait au moment où Tintin plantait son drapeau, lui et Tournesol doivent subir bien des péripéties et échapper à des tueurs avant que l'histoire ne touche à sa fin.

Quand on est familier des oeuvres produites par Hanna-Barbera, une chose étonnante nous traverse obligatoirement l'esprit quand on découvre L'étoile mystérieuse pour la première fois. Que ce soit en terme d'ambiance, de technique d'animation, de construction psychologique des personnages, leur façon caractéristique de courir, voire même de dynamique de l'épisode, on a l'étonnante sensation de découvrir le prototype de la célèbre série Scooby-Doo. On n'y trouve vraiment nombre de similitudes dans la manière de construire une intrigue, l'aspect horrifo-fantastique en moins. Alors oui, cela a aussi pris un sacré coup de vieux, même si l'on est loin, très loin même, du précédent bricolage disgracieux proposé par les deux précédents feuilletons télévisés, encore plus loin de la tentative cinématographique en poupées de chiffon. Pour la première fois, Tintin et ses acolytes ont une attitude crédible et, plus remarquable, les personnages ont désormais une bouche animée lorsqu'ils parlent. Une grande révolution pour Tintin ! Certains ne manqueront toutefois pas de dénoncer le peu de ressemblance avec le style ligne claire et le peu de constance de qualité de l'animation. Mais ne le leur reprochez pas, car ils ont effectivement raison.

Au final, L'étoile mystérieuse est un oeuvre étonnante à découvrir. De part ses nombreuses libertés prises, rien que le sous titrage de la série en "Les aventures de Tintin, d'après Hergé" (et non "de Hergé") se justifie pleinement. L'aventure de Tintin a été fortement américanisée, autant que le fera Steven Spielberg bien des années plus tard, faisant naître un vrai conflit culturel entre l'équipe de production et Hergé qui en ressortira traumatisé par l'expérience, alors que ses spectateurs en garderont au contraire un excellent souvenir. Qu'importe son auteur, Tintin en avait vraiment besoin ! La simple ballade que proposait l'album se transforme en véritable aventure exotique pleine de mystères et de rebondissements, d'autant que l'ensemble des voix des personnages se révèlent fort agréables à entendre. Il est donc fort regrettable que L'étoile mystérieuse, tout comme tous les autres épisodes de cette série, ai été remisés au placard même s'il est vrai que la série de 1992 lui est en tout point qualitativement supérieure.

Social eXpérience

01 août 2019 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1962)

Tintin : Georges Poujouly 1

Capitaine Haddock : Jean Clarieux 1

Professeur Tournesol : Robert Vattier 1

Dupondt : Hubert Deschamps 1

Saboteurs : Henry Djanik 1