Les aventures de Tintin - Le sceptre d'Ottokar (1957) / L'oreille cassée (1959)

Quelques informations

Le sceptre d'Ottokar est la toute première aventure et accessoirement série animée de Tintin réalisée en collaboration entre le tout jeune studio d'animation Belvision et la RTF (Radiodiffusion-télévision française) qui la diffuse en huit épisodes pour la première fois à partir du 28 novembre 1957. L'oreille cassée lui succède sur le même modèle, mais en sept épisodes, dès le 04 juillet 1959.

Bien que vraissemblablement détenues en intégralité par l'INA, aucune de ces deux séries n'a jamais été rediffusées ni proposées sur aucun support commercial. A l'heure actuelle, ne sont visibles sur la toile que quelques images de la première et l'épisode introductif de la seconde malheureusement dépourvu de doublage.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

Dans la première aventure, le Professeur Alambique oublie malencrontreusement sa sacoche contenant des documents confidentiels relatifs à un pays d'Europe centrale, la Syldavie. Lorsqu'il la lui ramène, il surprend une étrange conversation entre deux hommes qui fomentent d'enlever le professeur... Dans la seconde aventure, Tintin décide de s'embarquer pour l'Amérique Latine après s'être rendu compte qu'un fétiche Arumbaya inestimable avait été volé dans un musée et échangé par une réplique en toc...

Analyse de l'oeuvre 2.5
2.55

La toute première tentative de produire un long métrage animé ayant été un véritable désastre en décembre 1947, et la lettre d'intention pour Walt Disney en avril 1948 ayant été un camouflet, Hergé décide de tourner définitivement la page des expériences cinématographiques tristement ratées de Tintin même s'il rêve toujours de pouvoir porter son reporter à l'écran. Durant une décennie, l'idée est finalement laissée de côté. De toute façon, le studio Hergé est déjà particulièrement occupé durant cette période. A partir de l'année 1946, Hergé travaille en multitâches au remaniement et à la mise en couleurs de quatre anciens albums initialement publiés en noir et blanc (Tintin au congo, Tintin en Amérique, Le lotus bleu et Le sceptre d'Ottokar) tout en poursuivant en parallèle la pré-publication de la deuxième partie de Les sept boules de cristal interrompue deux ans plus tôt, puis sa mise en forme définitivement en album en 1948, ainsi que celle de cette suite qui adoptera comme nouveau nom Le temple du soleil l'année suivante. A cela s'ajoute également la forte implication éditoriale de Hergé pour le tout récent Journal de Tintin qui naît le 26 septembre 1946 et qui paraît chaque semaine. Les années suivantes sont tout aussi éprouvantes pour le Studio Hergé qui réalise cinq nouvelles aventures de Tintin, dont le célèbre diptyque sur la Lune, ainsi que la remise en couleur des trois aventures de Jo et Zette ainsi que celle de Popol et Virginie. Bref, Hergé n'a pas vraiment le temps de penser à faire renaître l'idée de Tintin en version animée.

Tout du moins jusqu'à ce que Raymond Leblanc, l'éditeur du Journal de Tintin, décide de fonder la studio d'animation Belvision en 1954 avec comme principal objectif d'offrir une case jeunesse au sein de la toute jeune télévision belge née un an plus tôt dont il perçoit les nombreux avantages à venir. Belvision démarre sa toute première réalisation en produisant des aventures animées de Bob et Bobette adaptées de la bande dessinée scénarisée et dessinée par l'auteur belge Willy Vandersteen. Mais Raymond Leblanc voit plus grand et souhaite adapter Tintin à l'écran. De cette idée va germer un partenariat avec la RTF pour la production de deux séries animées inspirées d'abord par Le sceptre d'Ottokar, huitième album de la série, adapté en huit épisodes en 1957 et L'oreille cassée, sixième album de la série, adapté en sept épisodes en 1959. Aussi séduisante que puisse être ce projet, Hergé ne souhaite cependant pas s'y impliquer, sans doute déjà débordé par la refonte et la création d'albums, et probablement déjà émotionnellement affecté par son début de relation extraconjugale avec Fanny Rodwell, arrivée récemment au studio Hergé, qu'il finira par épouser quelques années plus tard. Il délègue donc la mission à son confrère Bob De Moor qui, sur les conseils de la RTF, confie la réalisation de ces deux séries à une certaine Anne-Marie Ullmann.

Malheureusement, la collaboration entre Belvision, RTF, Anne-Marie Ullmann et le studio Hergé ne se fait pas sans heurts, d'autant que Hergé lui-même finit par s'investir malgré tout dans le processus créatif. En cause, l'obstination déraisonnable de Hergé qui ne veut pas que soient retouchés ses dessins, dont il veut rester le seul maître à bord ! Un trait de caractère ô combien intransigeant qui, sans le moindre doute, a considérablement retardé l'avènement de films animés audacieux pour le pauvre Tintin. En tout cas, du seul et unique épisode de L'oreille cassée parvenu jusqu'à nous, on ne peut qu'être consterné devant la démarche et les limites imposées par Hergé à ce feuilleton télévisé. Alors oui, sans le moindre doute, on retrouve répliqué quasiment à l'identique les différentes planches de sa bande dessinée comme il le souhaitait. Mais à quel prix ? Grosso modo, Anne-Marie Ullmann en est réduite à effectuer du découpage papier de personnages aux ciseaux, puis de les désarticuler afin de pouvoir donner un semblant d'effet animé qui se révèle malheureusement excessivement saccadé. La contrainte de Hergé de ne pas retoucher ses dessins conduit également à un effet ubuesque, voire grotesque, disons même risible, avec chacun des visages des personnages totalement figés fixant continuellement un point éloigné comme s'ils étaient perdus dans le vide. On ne voit presque jamais non plus le moindre personnage bouger ses jambes, exception faite du générique où leurs pieds sont animés par des "roues dessinées", chacun d'eux se déplaçant d'un point à l'autre de l'écran tels de vulgaires spectres rigides et sans âmes.

Il m'est impossible d'émettre le moindre avis sur le doublage des deux feuilletons, Le sceptre d'Ottokar et L'oreille cassée, car l'unique épisode disponible actuellement provient d'un montage international, c'est à dire dans lequel les bruitages et la musique répondent présents, mais pas les dialogues ni la narration. Tout au plus puis-je dire que c'est Jean Nohain qui effectuait la narration et l'ensemble des voix des personnages, puisque toutes les sources concordent sur ce point. Par contre, je peux émettre une réserve quand à un tel processus qui me semble, au final, n'être qu'une version à peine arrangée de l'antique projection sur pellicule fixe comme c'était le cas en 1930 pour Tintin au pays des soviets. Pourtant, 27 années se sont écoulées entre les deux et les techniques d'animation ont considérablement évoluées en trois décennies, même en France ! Le peu que l'on puisse voir de cet unique premier épisode de L'oreille cassée ne peut que confirmer que cette expérience télévisuelle est des plus limitées même si, j'imagine, elle pouvait faire illusion au début de l'ère télévisuelle. Il n'empêche que la RTF est très loin d'être satisfaite elle aussi par l'expérience puisqu'elle met un terme au partenariat. Et pour la seconde fois, l'aventure animée de Tintin disparaît dans les tréfonds de la mémoire collective sans plus jamais en ressortir depuis, contrairement à Le crabe aux pinces d'or.

Bien évidemment, même si la technique animée a ses limites, je reste quand même très curieux de découvrir un jour l'intégralité des deux feuilletons car ils constituent, dans une certaine mesure, la toute première expérience animée de Tintin. C'est d'autant plus vrai qu'une copie complète de Le sceptre d'Ottokar et de L'oreille cassée est apparemment actuellement bel et bien détenue par l'INA, même si elles ne sont jamais sorties de leurs coffres-forts numériques. Mais je ne me fais aucune illusion sur le rendu des épisodes manquants, dans la mesure où l'épisode introductif de L'oreille cassée disponible, même dépourvu de dialogues, accuse de sérieux problèmes de mises en scène qui ne peuvent vraiment pas en faire un classique de l'animation télévisée.

Social eXpérience

19 juillet 2019 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1957 et 1959)

La narration et l'ensemble des personnages sont effectués par : Jean Nohain1

1 Sources tintinophiles multiples et présence de son nom au générique.