Chapitre 3 : II était une fois... des interludes enchantés 2.5
2.55

Les deux premières saisons et demi de Once Upon A Time ont réussi un étonnant mélange de genres en réunissant les personnages issus du folklore Disney et ceux des véritables contes. Malgré tout, Edward Kitsis et Adam Horowitz s'étaient quand même efforcés qu'aucun de leurs nombreux personnages ne vole la vedette à l'autre. Chacun était traité avec le même pied d'égalité, qu'ils aient été ouvertement inspirés d'un personnage Disney ou pas. Mais la sauce magique a tellement bien marché, aussi bien dans l'esprit du grand public que celui de leurs auteurs, que le rapport de force s'est inévitablement détraqué en faveur des personnages Disney. Alors qu'ils avaient prit la peine de conceptualiser un univers dense et extrêmement riche par le passé, Edward Kitsis et Adam Horowitz se sont mis à se reposer sur leurs lauriers, ne cherchant plus vraiment à se compliquer la vie, ni à véritablement créer la surprise, ni même à étoffer l'existant. Au lieu de cela ils vont, petit à petit, commencer à jouer les opportunistes en choisissant, délibérément, de surfer sur la vague de gros succès cinématographiques Disney.

Dès 2012, à peine deux ans après que Tim Burton a créé un véritable renouveau autour du personnage d'Alice, Edward Kitsis et Adam Horowitz décident de consacrer leur première et unique série dérivée à l'oeuvre de Lewis Carroll. Là, de tous nouveaux personnages sont envoyés au Pays des Merveilles dans une intrigue croisée avec la mythologie d'Agrabah. Ainsi nait Once Upon A Time in Wonderland, qui ne rencontra malheureusement pas le succès. Qu'importe ! L'année suivante, rebelote, Once Upon A Time nous refait le coup, avec son histoire vraisemblablement influencée par Le monde fantastique d'Oz, tout de suite après et plus ouvertement, par la suite officieuse de La Reine des neiges au début de la saison 4, et enfin par Maléfique pour la fin de cette même saison. Même si l'on ne peut nier le caractère à peine déguisée d'un énorme placement de produit Disney sur la petite lucarne, sans une once de la richesse narrative connue auparavant, cette période transitoire de Once Upon A Time parvient cependant à donner le change et à faire illusion, même si la recette semble désormais bel et bien fanée.

Ainsi, la saison 3B et la série dérivée Once Upon A Time in Wonderland se révèlent encore tout à fait convaincantes aujourd'hui, car elles ne remettent pas totalement en cause ce qui nous avait été proposé jusque là. Malheureusement, il en est tout autrement de la saison 4A, à des degrés très divers selon que l'on soit, ou non, fan de l'univers de La Reine des neiges. Si vous êtes aujourd'hui encore un amoureux inconsidéré du film d'animation de Disney, la saison 4A devrait très largement vous satisfaire et c'est sans nul doute avec la saison 4B que les choses vont considérablement se gâter à vos yeux. Si au contraire, le succès de La Reine des neiges vous est complètement passé au dessus de la tête en 2013, ou bien que vous vous êtes totalement lassés de son univers durant ces cinq dernières années, alors vous ne verriez plus dans cette saison 4A qu'une intrigue annexe opportune, sans réel apport à la mythologie de Once Upon A Time.

Aucun des deux camps n'a véritablement tort ou raison, parce que, quelque soit la position sur laquelle on se place, il faut admettre que la saison 4A reste globalement correcte dans son déroulé. Son seul véritable grain de sable provient en réalité de toute l'intrigue gravitant autour de l'Auteur qui sera le coup de semonce de la future tragique déconstruction de Once Upon A Time dans les saisons ultérieures. Heureusement pour vous, je n'en parlerai pas dans cette partie du dossier !

Une sorcière mal-aimée sème la zizanie

En mars 2014, Once Upon A Time relance les hostilités en proposant une toute nouvelle intrigue inédite qui tient compte d'un changement important pour Ginnifer Goodwin, la naissance de son fils Oliver Finlay Dallas. C'est d'autant plus nécessaire que la jeune actrice a naturellement pris du poids durant l'intervalle, ce qui oblige les auteurs à limiter au maximum les flashback de la princesse rebelle dans la Forêt Enchantée (pour lesquels sont réutilisés d'anciennes scènes inexploitées ou, plus régulièrement, d'avoir recours à des doublures), mais également de tenir compte de ce fait dans la vie de Marie-Margaret dans le présent. En limitant inexorablement les possibilités d'exploiter le couple Charmant, dont Edward Kitsis et Adam Horowitz ne peuvent désormais plus utiliser que la période pré-natale d'Emma dans la forêt Enchantée, la saison 3B recentre donc son intrigue autour de Regina qui, pour la seconde fois en deux ans, va à nouveau se retrouver au centre de toutes les intrigues. Curieusement, même si le déroulé de cette deuxième partie de saison peut parfois se révéler tiré par les cheveux, il faut admettre que l'arrivée tonitruante de la Sorcière de l'Ouest ne remet pas en cause les acquis des saisons précédentes de Once Upon A Time. Tout au contraire, Rebecca Mader s'avère particulièrement excellente en sorcière courroucée souhaitant par dessus tout briser le destin de Regina. La comédienne s'amuse comme une folle à jouer les femmes diaboliques au point de faire de Zelena un personnage de haute valeur pour Once Upon A Time à ce stade.

Pour introduire la nouvelle menace que représente Zelena, la saison 3B repart quasiment de zéro, à la façon d'un mini-reboot, afin de ne pas dénaturer les innombrables ramifications narratives que compte déjà Once Upon A Time. Tout au contraire, même si les scénaristes semblent parfois naviguer un peu à l'aveugle, il est décidé d'enrichir une des intrigues parmi les plus appréciés des saisons précédentes. En l'occurrence, le personnage de Cora qui a durablement marqué les spectateurs auparavant même si son rôle fut finalement d'assez courte durée. Tout comme la première partie de la saison 3, le nombre réduit d'épisodes permet de dynamiser efficacement le récit. L'histoire progresse beaucoup plus rapidement que les deux premières saisons, les révélations s'enchaînent à une vitesse souvent fulgurante. Il faut aussi admettre que le pays d'Oz est, comme le Pays Imaginaire avant lui, une agréable surprise visuelle avec son vert émeraude dominant, même si les décors ressemblent trop souvent à un simple réaménagement de ceux aperçus au Pays des Merveilles et que la série joue la surenchère numérique douteuse. Storybrooke s'enrichit également d'un tout nouveau lieu, mais qui ne servira que très peu, la ferme de Zelena. Enfin, parmi les autres bonnes surprises, la saison 3B offre aussi l'un des retournements de situation les plus culottés aperçu dans la série : la touche finale, incroyablement amère, de la relation entre Neal et son père.

En oubliant sa simple figuration dans la saison 2, la saison 3A proposait un Robin des bois relativement secondaire qui offrait surtout la possibilité à Neal de rejoindre Emma au Pays Imaginaire. Mais c'est grâce à l'intervention de Clochette, qui prédit à Regina son affinité avec lui, que Robin des bois va petit à petit commencer à prendre du galon au sein de personnages secondaires de Once Upon A Time. La saison 3B offre ainsi un beau tremplin à Robin des bois qui va entamer un flirt avec Regina. Une romance qui va évidemment franchir un cap en début de saison 4 lorsqu'une mystérieure page 23 alternative fera une étonnante apparition. Mais dans l'intervalle de la saison 3B, Robin des bois reste très alerte concernant Regina et ses sentiments, car il connaît la réputation sanglante de la Méchante Reine. Dans les faits, si Robin des bois finit par rejoindre la distribution principale, c'est avant tout pour remplacer Neal qui a désormais quitté la série et relancer une intrigue amoureuse reprenant pratiquement le même schéma émotionnel que celui d'Emma et Neal, à savoir une succession de " Je t'aime, moi non plus " sans véritable lendemain. Il n'empêche, Sean Maguire semble en parfaite harmonie avec Lana Parilla, ce qui permet d'offrir à Regina de très beaux moments à l'écran.

Pour autant, même si les nombreuses escarmouches entre Zelena et Regina est incontestablement une belle réussite, la saison 3B dessine également en arrière plan les prémices du relâchement de ses scénaristes. L'intrigue se resserre tellement autour de Zelena que cela laisse à Once Upon A Time très peu de place à quoi que ce soit d'autre menant, inexorablement, à réduire de nombreux personnages populaires à de la pure figuration. Plus grave encore, c'est à cette période de la série qu'a véritablement commencé les placements de personnages sans réel but artistique que de les faire simplement apparaître à l'écran "pour les faire apparaître". On retiendra par exemple le cas de l'histoire de Raiponce, dont la présence dans le récit est aussi peu nécessaire que la quête purement égoïste du Prince David qui se rend, au passage, d'autant plus antipathique qu'il ne l'était déjà. La saison 3B perd de vue ce qui faisait le charme des saisons précédentes (la saison 3A exceptée car voulue comme une conclusion), son génial amalgame de nombreuses histoires de contes, au détriment d'une seule.

Dans cette histoire, la sorcière Zelena parvient finalement, au bout de neuf épisodes, à parvenir à ses fins. Elle n'est finalement empêchée d'atteindre son but ultime que par l'intervention de Regina qui puise en elle une force qu'elle ne soupçonnait pas posséder. Le spectateur avisé pourrait d'ailleurs tout à fait se contenter de cet épisode 20 pour décider de s'arrêter là avec Once Upon A Time, s'il met évidemment de côté le twist final de l'épisode. D'une part, la saison 3B servait surtout d'extension à la série, une sorte d'aventure annexe appréciable mais non indispensable. D'autre part, les deux derniers épisodes de la saison 3B vont causer un bordel temporel monstrueux qui a des conséquences affreusement néfastes sur les saisons ultérieures de la série. A titre personnel, je considère d'ailleurs que dès l'instant où Emma et Crochet remontent le temps, qu'une toute nouvelle timeline s'est créée dans l'univers de Once Upon A Time. Plus un sortilège est puissant, plus ses répercussions sont catastrophiques, les conséquences du retour dans le passé a donc complètement réécrit tout un chapitre essentiel de la série. Comme une vague dont l'onde se propage sur une surface d'eau, la première rencontre totalement réécrite de Blanche-Neige et son prince charmant a obligatoirement eu des répercussions tragiques sur le destin de tous les personnages. Ceci me permettant ainsi d'expliquer, par la même occasion, les innombrables incohérences et nouvelles continuités rétroactives que la série comptera par la suite.

Mais à ce stade, si c'est la première fois que vous découvrez la saison 3B, rien ne vous empêche d'apprécier pleinement les deux derniers épisodes de la saison. Leurs conséquences n'apparaissent en effet que durant la deuxième partie de la saison 4 et rien, à ce stade de la série, ne rend le retour dans le passé incohérent. C'est à vous de voir !

La grande aventure de la neige en été

La saison 4A de Once Upon A Time a particulièrement divisé, autant que le film d'animation La Reine des neiges de 2013 dont l'intrigue est totalement inspirée. Parenthèse inutile pour les uns, véritable interlude enchanté pour d'autres, cette première partie de la saison 4 reste effectivement la plus déconnectée de l'univers de Once Upon A Time. L'opportunisme suinte par tous ses pores ! Il est flagrant que ses auteurs tirent vers eux la couverture du plus gros succès animé jamais produit par Disney jusque là. Que l'on ai apprécié ou pas La Reine des neiges, on ne peut absolument pas nier que le long métrage a généré une franchise commerciale faramineuse autour du personnage d'Elsa. Un succès tellement populaire et franchement inattendu qu'il a attiré toutes les convoitises, y compris l'appétit de Edward Kitsis et Adam Horowitz qui pourraient ainsi profiter de l'aura de la toute nouvelle princesse et attirer tous les projecteurs sur leur propre série. Les deux producteurs demandent bien entendus à Disney s'il leur est possible d'exploiter l'univers d'Arendelle. Mais, entre vous et moi, personne n'est dupe à ce moment là. Pourquoi Disney aurait-il refusé ? C'est un accord gagnant-gagnant de premier ordre pour Disney qui voit là une manière évidente de prolonger encore plus le mythe et étendre encore plus l'influence du marchandisage autour de son personnage vedette. De leur côté, Edward Kitsis et Adam Horowitz vont en profiter pour se libérer, délivrer, des contraintes scénaristiques de Once Upon A Time et offrir aux spectateurs rien de moins qu'une suite officieuse aux aventures d'Elsa !

Dès lors que le thème de La Reine des neiges est fixé, Once Upon A Time se retrouve évidemment pieds et poings liés à l'histoire de celle du film. Les scénaristes doivent donc imposer aux forceps une intrigue qui réussisse à s'imbriquer dans tout ce qui a été proposé par la série jusque là. La tâche n'est évidemment pas du tout aisée mais, comme d'habitude avec la série, elle est aidée par une facilité scénaristique récurrente : la perte de mémoire. De plus, jugeant sans doute que Regina était trop mise en avant sur la saison 3B, cette nouvelle intrigue est rattachée à Emma dont l'utilité dans la série était particulièrement discuté depuis l'excellente saison 3A. Les scénaristes optent également pour l'unification de deux récits seulement, celui du film d'animation de 2013 et la véritable histoire de La Reine des neiges publiée par Hans Christian Andersen en 1844. Mais, dans les grandes lignes, c'est bel et bien la version Disney qui va entièrement dominer la saison 4A. A tel point que les scénaristes vont se livrer à un impressionnant jeu de mimétisme, prouvant qu'ils sont très fans de La Reine des neiges et qu'ils se font vraiment plaisir à humaniser des héros autrefois constitués de simples pixels.

La saison 4A est résolument une intrigue annexe dans Once Upon A Time, si elle n'y avait pas été, cela n'aurait vraisemblablement rien changé pour les personnages. Quant bien même, il faut reconnaître que cette saison "hors série" est du pain bénie pour les fans d'Arendelle. Jamais Once Upon A Time n'avait été aussi loin dans la reconstitution, presque trop minutieuse, de l'univers d'un long métrage animé. Georgina Haig se révèle une excellente Elsa, fidèle au personnage de Disney dans son essence et qui ne l'altère quasiment jamais. Elizabeth Lail est tout aussi délicieusement horripilante que l'est Anna dans le film, Scott Michael Foster récupère le côté pince-sans-rire de Kristoff, tandis qu'il échoue à Jonathan Runyon de rendre le Duc de Weselton tout aussi stupide que dans le film sans oublier Tyler Jacob Moore pour tenter de redorer le blason de Hans. A de nombreuses reprises, la saison 4A va jusqu'à reproduire à l'identique certaines scènes du film, soit à la façon d'un hommage, soit à la façon d'un pastiche. La version française poussant même le bouchon de réintroduire les mêmes voix sur les personnages. Encore plus intéressant, la saison 4A est sans nul doute celle qui propose les plus beaux et les plus recherchés des costumes. Il suffit de s'attarder sur les détails des vêtements d'Anna ou même d'Ingrid pour s'en convaincre. Rares auront été des costumes aussi colorés dans Once Upon A Time qui se contente la plupart du temps d'une seule couleur primaire dominante, voire monochrome avec une large préférence pour le noir.

De tous les antagonistes, Ingrid est probablement le personnage le plus atypique jamais proposé par la série. A la différence de ses prédécesseurs, et même successeurs, elle n'est pas un personnage manichéen. Au contraire, dès sa première apparition et jusqu'à sa toute dernière apparition, Ingrid reste un personnage profondément vulnérable. Elle est l'un des rares antagonistes ayant bénéficié d'un véritable travail d'écriture très nuancé, qui devient ce qu'elle est non par choix, mais par de malheureux concours de circonstances. Il faut dire que la tout aussi prolifique qu'excellente comédienne Elizabeth Mitchell apporte une belle dimension au personnage. Car, en soit, Ingrid suit tout simplement le même cheminement émotionnel qu'Elsa dans le film d'animation, mais avec un évènement tragique en plus qui va la conduire malgré elle sur le chemin du mal, principalement à cause de la perception des autres pour elle et, surtout, par son incapacité à s'affirmer par elle-même. Du coup, que l'on soit fan ou non de l'univers de La Reine des neiges de Disney, la saison 4A arrive à se révéler suffisamment touchante pour ne pas être totalement reniable.

Mais qu'on l'accepte ou non, la saison 4A est la partie charnière de Once Upon A Time. La série a désormais grimpé jusqu'au sommet de sa colline qualitative qu'elle gravissait jusque là et se trouve maintenant sur la pente descendante. Dès cet instant précis, plus rien ne sera jamais comme avant dans Once Upon A Time au delà de la saison 4A. Mais nous y reviendrons après ce petit interlude au Pays des Merveilles.

Le meilleur moyen de réaliser l'impossible est de croire que c'est possible

Nota Bene

Bien que diffusé en même temps que la saison 3 de sa grande soeur, officiellement, Once Upon A Time in Wonderland se déroule parallèlement aux évènements de la saison 2, plus précisément son intrigue débute au moment de l'attaque du Spectre dans le premier épisode. Officieusement, l'insuccès rencontré par cette série dérivée à plus ou moins relégué ce qui y est raconté dans l'oublie le plus total et ceci même si le personnage de Will Scarlet a été introduit durant la saison 4 de Once Upon A Time. A titre purement personnel, j'ai relocalisé les évènements de Once Upon A Time in Wonderland entre les saisons 4 et 5 de sa grande soeur. Plus précisément, je pars du principe que le tout premier épisode de Wonderland débute durant le dernier épisode de la saison 4, entre le moment précis où Belle se rend précipitamment au restaurant de Granny et la scène suivante où tout le monde est réuni autour d'un Rumplestiltskin agonisant.

Pourquoi un tel choix ?

- Premièrement, bien qu'une scène fut tournée spécialement pour l'épisode pilote promotionnel de 20mn et montrant explicitement que l'action de Once Upon A Time in Wonderland débute précisément lors de l'attaque du spectre (visible dans cette bande annonce), Edward Kitsis et Adam Horowitz prirent finalement la décision de couper cette scène au montage et de tourner plusieurs nouvelles scènes, dont un tout nouveau prologue mettant en scène la jeune Alice sortant du terrier du lapin, pour réaliser le premier épisode tel qu'on le connaît aujourd'hui. De fait, la connexion entre les deux séries au moment de l'attaque du spectre ne peut plus vraiment être considérée comme canonique.

- Deuxièmement, Michael Socha a été introduit dans la saison 4 de Once Upon A Time parce que les scénaristes ont particulièrement apprécié sa performance dans le rôle de Will Scarlet tout en réconfortant les fans de l'annulation de la série dérivée. Malheureusement, ses apparitions, inconsistantes pour la plupart, créent un énorme paradoxe au sein de Once Upon A Time car l'intrigue autour de son personnage a purement été abandonnée les saisons suivantes. Will entame en effet une relation plutôt platonique avec Belle, alors que celui-ci est censé être marié si la chronologie officielle était respectée. Même si Michael Socha est un peu plus vieux durant la saison 4, il est donc préférable de découvrir Will Scarlet d'abord dans cette saison 4 puis enchainer avec la série dérivée pour que son personnage bénéficie de sa fin heureuse.

- Troisièmement, durant sa toute première scène à Storybrooke, Will Scarlet manque d'être renversé par la fameuse coccinelle jaune (réminiscence de la scène d'introduction originelle finalement coupée au montage), où une figurante blonde fait croire qu'il s'agit d'Emma derrière le volant. Le caractère alarmant de la situation de Gold dans le dernier épisode de la saison 4 permet d'imaginer qu'Emma a du aller chercher précipitamment l'Apprenti, le seul personnage absent du restaurant de Granny dans la scène en question, avant de revenir en urgence à la boutique de Gold. Par la même occasion, voir Will Scarlet s'introduire chez Granny pour cuver sa brusque séparation avec Belle semble alors tout à fait naturelle au vu du caractère du personnage.

- Quatrièmement, l'intrigue de Once Upon A Time in Wonderland propose une intrigue finalement assez proche de celle abordée dans la saison 3B, où il est question de briser les lois de la magie. Cependant, Zelena est implicitement décrite comme étant la toute première personne parvenant à briser l'une des trois lois magiques inviolables, à savoir le sortilège du temps. Or, la série dérivée prouve que Jafar est incontestablement plus puissant qu'elle, puisque ce dernier parvient à briser non pas une, mais les trois lois magiques. Il paraît donc, là encore, plus logique de découvrir Once Upon A Time in Wonderland au delà de la saison 3. Et par extension, à cause de la présence de Michael Socha, après la saison 4.

- Dernièrement, l'intrigue indépendante de Once Upon A Time in Wonderland peut parfaitement s'imbriquer durant l'ellipse temporelle de six semaines qui sépare les évènements se déroulant à Camelot au début de la saison 5 et le retour de tous les personnages à Storybrooke, expliquant ainsi au passage pourquoi aucun personnage principal de Once Upon A Time ne peut faire aucune apparition dans la série dérivée.

Pour toutes ces raisons, j'ai donc établi cette chronologie personnelle que je vous propose ici-même et que vous êtes tout à fait libre de renier. Mais je vous recommande fortement de l'adopter car elle permet un confort et une meilleure appréciation dans le déroulement chronologique des deux séries, d'autant qu'avec ce choix, aucun évènement des deux séries ne peut plus être remis en cause. Notons d'ailleurs au passage la fameuse fausse incohérence souvent reprochée à Once Upon A Time in Wonderland, sa période Victorienne. Comme le montrera sa grande soeur à plusieurs reprises (Le monstre de Frankenstein dès la saison 2, Camelot en saison 5, Dr Jekyll et son double maléfique à partir de la saison 6...), différentes périodes temporelles se sont toujours entrecroisées autour de Storybrooke. La série dérivée s'inscrit donc parfaitement durant la même période temporelle que sa grande soeur.

Once Upon A Time in Wonderland fait figure de vilain petit canard, la preuve en est qu'aucune chaîne francophone n'en a jamais voulu. Tout juste à telle eu droit à une diffusion confidentielle en version originale sous-titrée sur des chaînes à péage, avant que la série tombe dans le vide intersidéral. Pourtant, passé ses premiers épisodes passablement insipides et, surtout, ses effets spéciaux sur fonds vert véritablement ignobles, Once Upon A Time in Wonderland parvient avec une certaine malice à combiner le non-sens propre à l'univers du Pays des Merveilles à l'exubérance caractéristique de la ville d'Agrabah. Ce n'est d'ailleurs que le spectateur curieux réussissant à aller au delà des premiers épisodes qui sera le seul à même d'en apprécier la saveur de cette série dérivée. Car, c'est une évidence, Once Upon A Time in Wonderland commence vraiment sous de mauvaises auspices et propose une intrigue à la limite abracadabrante. Ainsi, Alice tombe amoureuse d'un génie, Cyrus, mais ce dernier finit par disparaître. Sa mort présumé traumatise la jeune Alice qui est immédiatement internée dans un asile de fou, jusqu'à ce qu'un Valet, Will Scarlet, et un Lapin Blanc viennent la tirer de ce mauvais pas. Ils lui demandent de retourner au Pays des Merveilles, sous la promesse que son génie est finalement toujours vivant.

Commence alors une très longue quête où Alice crie à qui veut l'entendre, durant neuf épisodes sur treize tout de même, "Cyrus, Cyrus, où que tu sois, je te retrouverai toujours"... oups pardon, je me suis trompé de réplique. Euh... en fait pas tout à fait ! Si j'ai malicieusement placé la boutade typique du couple Charmant, c'est qu'il y a une évidente similarité entre les histoires d'Alice et Cyrus et de Blanche-Neige et David. L'un passe son temps éloigné de l'autre et doit faire face aux circonstances pour reformer son couple. Bref, Once Upon A Time in Wonderland étant né très tôt, pendant la production de la saison 2, la série dérivée reprend quasiment à l'identique les poncifs de sa jeune grande soeur. Mais il faut reconnaître qu'au fil des épisodes, Once Upon A Time in Wonderland parvient à s'affranchir de son aîné en proposant un univers plus adulte, plus noir et incontestablement beaucoup plus violent. Contrairement à ce que laisse supposer son nom, le Pays des Merveilles est un endroit obscur et infâme où démembrement et séquestrations sont monnaies courantes. Mais c'est surtout le traitement de certaines morts, limites choquantes, qui marquent durablement ses spectateurs. Plusieurs personnages trépassent sans crier gare, de manière abjecte et rapide, tandis qu'une séquence d'assassinat sur un enfant devrait même retourner les tripes des plus sensibles des spectateurs !

Si Once Upon A Time in Wonderland n'échappe pas véritablement à son caractère parfois niais, mais qui est aussi l'apanage de sa grande soeur, la série compense son univers franchement glauque par une tripoté de personnages fortement charismatiques. A commencer par Sophie Lowe (Alice) et Michael Socha (Will Scarlet) dont le duo fonctionne à plein régime. Les deux personnages sont étonnamment complémentaires, les défauts de l'un étant compensés par les qualités de l'autre. Si Sophie Lowe propose une version révisée d'Alice finalement assez proche de celui de Blanche-Neige (obstiné, forte de caractère, doué au combat, sensible), Michael Socha propose un personnage qui n'a jamais été vu ailleurs dans la saga. D'humeur taciturne, kleptomane à ses heures perdues, opportuniste à n'importe quelle occasion, Will Scarlet n'est pas non plus dénué d'humour, ce qui fait son charme. Mais c'est à partir du moment où il laisse échapper ses émotions refoulées qu'il parait le plus touchant, même s'il reste inévitable de ne jamais réussir à croire en ce qu'il dit, qu'il soit sincère ou non. Peter Gadiot (Cyrus) est globalement très en retrait dans la série car il est, dans la très grande majorité des épisodes, enfermé dans un cachot. Son personnage ne réussit à briller qu'en fin de saison, quand on comprend ses origines et ses actions passées qui ont, directement, amené à l'avènement de Jafar à Agrabah.

Du côté des antagonistes, Alice doit dans un premier temps affronter la Reine Rouge (Emma Rigby), à ne pas confondre avec la célèbre Reine de Coeur dont le rôle reste définitivement associé à Cora (qui fait d'ailleurs une apparition surprise). Anastasia, de son vrai nom, est résolument un personnage peu charismatique, incapable de faire de l'ombre à la géniale Regina proposé par Lana Parilla. Dans les grandes lignes, les deux personnages sont introduits de la même façon dans les deux séries, mais Emma Rigby a toutes les peines du monde à s'imposer à cause de son style trop grandiloquent et ses attitudes trop théâtrales. Au mieux peut-on la considérer comme une ravissante idiote, au pire comme une pimbêche névrotique. Paradoxalement, la Reine Rouge subit un traitement assez radical car elle subit une véritable torture psychologique face à Jafar. Il faut dire qu'elle finit par être sévèrement punie par ses actions, jusqu'à y sacrifier sa mortalité, qu'elle en devient étonnamment attachante à la toute fin de la série. Plus magistral, Naveen Andrews impose un style radical et une noirceur rarement vu dans Once Upon A Time. Même si sa physionomie est très éloignée du Jafar de Disney (Oded Fehr, qui reprend le rôle durant la saison 6, est physiquement plus conforme au personnage animé), Naveen Andrews livre ici un Jafar abject qui dépasse en terme de cruauté tous les antagonistes aperçus dans la série principale. C'est également le seul qui parviendra à accomplir sa vengeance, ce qu'aucun autre méchant n'a jamais pu réussir à obtenir dans Once Upon A Time ! Mais il finira par causer sa propre perte en ayant la folie des grandeurs.

Once Upon A Time in Wonderland a autant de qualités que de défauts. Si elle reprend les mêmes ingrédients que sa grande soeur (deux chronologies passé et présent, dichotomie de l'univers qui n'est que soit gentil, soit méchant, sentiments amoureux puérils...), elle parvient au fil des épisodes à se révéler attachante en dépit du déluge de ses effets spéciaux désastreux (La série compte un sacré nombre de personnages numériques hideux). Puis, petit à petit, elle s'affranchit totalement de son aîné, malgré quelques croisements inévitables (Robin, Cora, Storybrooke) et elle finit par voler de ses propres ailes. Mieux, en formant un tout, qui comporte un début, un milieu et une conclusion, et pour peu que l'on est accroché à son style unique, Once Upon A Time in Wonderland parvient finalement à se révéler satisfaisante dans son ensemble. Avec le recul et la conclusion de la série principale au bout de sept ans, il reste aujourd'hui indéniable que la qualité d'écriture de cette série dérivée surpasse, en tout point, l'intégralité des dernières saisons de sa soeur aînée. Bref, à défaut d'être un classique, Once Upon A Time in Wonderland reste une oeuvre audacieuse, mature et plus sombre, tout juste desservie par son aspect graphique désastreux. Il faut donc prendre sur soi afin de voir au delà des apparences de ce Pays des Merveilles quelque peu névrosé !

31 août 2018 par Olikos

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