La légende de Beowulf : Quelques informations

La légende de Beowulf sort en salles le 16 novembre 2007 au Québec, puis le 21 novembre 2007 en France. Sauf erreur, le film ne dispose que d'un unique doublage français. A noter que le film existe en deux versions : la version cinéma légèrement édulcorée et la version Director's Cut un peu plus gore.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

En ces temps lointains, les sauvages contrées du Nord de l'Europe étaient peuplées de héros et de monstres, et des hommes audacieux, taillés pour la lutte et les conquêtes, pouvaient encore se forger des destins d'exception. Le plus glorieux d'entre ces aventuriers fut le Viking Beowulf, qui surgit un beau jour pour sauver le vieux roi Hrothgar et ses sujets des assauts d'une féroce créature. Son nom devint vite légendaire à travers le royaume et, partout, l'on chanta sa bravoure face au maléfique Grendel. Mais Beowulf avait surtout beaucoup d'ambition. Et avec elle vinrent bientôt de dangereuses tentations et une inextinguible soif de pouvoir...

Analyse de l'oeuvre 3.5
3.55

Pour beaucoup, surtout les plus âgés, Robert Zemeckis est un réalisateur de légende. C'est en partie vrai, du moins fut une époque, notamment durant la fin des années 1980 et le début des années 1990. Il a été l'un des artisans majeurs de gros succès du cinéma américain : La trilogie Retour vers le futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit et  Forrest Gump pour ne citer que les plus emblématiques. Au tournant de la fin des années 1990 et le début des années 2000, le réalisateur est aussi connu pour sa passion débordante pour l'expérimentation numérique. Il n'a jamais cessé de clamer haut et fort à quel point la performance capture, dont il est l'un des artisans et principal défenseur, était l'apothéose de l'animation 3D, au point de créer sa propre société de production, ImageMovers, entièrement tournée vers cette technologie. Robert Zemeckis n'a pas cessé de faire mumuse avec pendant presque une décennie, jusqu'à un point où s'en est devenu risible. Au final, ImageMovers est aujourd'hui la boite de production dont les blockbuster en 3D sont parmi les plus moches qui puissent exister désormais, ceux qui ont le plus mal vieilli techniquement parlant et, probablement, les plus froids jamais tournés sous ce format. Plus il a cherché à se rapprocher de la réalité, moins ses films d'animation sont devenus crédibles. C'est le grand paradoxe de l'animation. Don Bluth avait aussi essuyé les mêmes problèmes, avec sa rotoscopie à tout va, qui rend l'animation des humains de ses films si bizarres. L'animation 2D, comme l'animation 3D, ont toujours triché avec la représentation de la réalité. Même lorsque l'animation de Blanche-Neige réclamait d'utiliser de vrais modèles pour certaines séquences clés, les animateurs Disney avaient, avec ingéniosité, retravaillé les mouvements pour rendre cela fluide et donnaient ainsi l'illusion que tout semblait parfait alors qu'ils avaient trichés. Ni Don Bluth, ni Robert Zemeckis n'ont visiblement jamais saisi cette subtilité.

Quand on voit le palmarès du studio du second (Le Pôle Express, Monster House, Le drôle de Noël de Scrooge et, surtout, Milo sur Mars), y'a de quoi avoir peur pour La légende de Beowulf. D'autant plus qu'une idée reste constamment en tête en tant que spectateur : tous ces films, pourtant réalisés plusieurs années après, n'arrivent même pas à la cheville de l'expérimental Final Fantasy - Les créatures de l'esprit qui les a tous précédés. Même Shrek c'est mieux et tient mieux la route aujourd'hui que tous les films d'animation du studio ImageMovers réunis. La performance capture n'est pourtant pas une technologie défaillante, bien au contraire, elle sert dans de très nombreux secteurs culturels. Le cinéma bien sûr, mais aussi les jeux-vidéo qui y ont de plus en plus recours. Mais contrairement à l'obsession de Robert Zemeckis, qui ne s'est quasiment reposé que sur elle-seule pour ses films d'animation, tous les autres studios ont intégré la performance capture comme une technologie, disons même plutôt un outil, parmi de nombreux autres. Ainsi ont pu naître un Gollum ou des Na'vi chez la concurrence, et autant d'autres êtres irréels, perpétuant cette grande illusion que représente le cinéma. Le cinéma n'est pas réel, il est surréel, c'est divertissant mais surtout un grand mensonge, une illusion. Dès lors qu'on veut trop se rapprocher du réel dans la fiction, notre cerveau décroche et ne perçoit plus que les détails incohérents que les codes de l'animation ont imposés aux spectateurs depuis un siècle et demi.

La légende de Beowulf, c'est exactement ça. Un film d'animation dont l'intention initiale est tout à fait louable, mais dont la réalisation technique choisie dessert complètement l'ensemble. Si Robert Zemeckis avait utilisé l'animation 3D plus traditionnelle, il est indéniable que le long métrage aurait gagné en fluidité. Mais avec la performance capture brute de décoffrage, tous les humains du films ressemblent à des poupées de plastique désarticulées et, surtout, totalement désincarnés. Leurs comportements sont invraisemblables, leurs manières étrangement exagérées, comme si tous les acteurs s'étaient senti obligés de surjouer afin de renforcer les mouvements de leurs doublures numériques. Sauf que ça ne va pas du tout. Certes, on reconnaît les visages des acteurs modélisés, comme ceux d'Anthony Hopkins, Ray Winstone, Angelina Jolie ou encore John Malkovich, mais on ne reconnaît pourtant pas leurs attitudes, leurs démarches, leurs comportements. On se croirait devant des sosies qui joueraient le rôle de leurs idoles, mais sans jamais une seule fois réussir à capter leur essence. D'autant plus si on a le malheur de se concentrer sur le regard de ces êtres numériques, totalement vides et sans aucune âme. C'est vraiment très déconcertant, surtout pour une technologie 3D vantée par Robert Zemeckis comme étant ce qui se veut de mieux au monde pour recréer la réalité humaine. C'est d'ailleurs lors de la seconde partie du récit, quand les humains deviennent moins nombreux à l'écran, que La légende de Beowulf s'avère le plus intéressant. Ouille !!

Curieusement, si la technique est le plus gros point noir, La légende de Beowulf propose un scénario plutôt convainquant. J'irais peut-être même jusqu'à me hasarder à dire que c'est la meilleure intrigue de tous les films proposés par le studio ImageMovers. J'émettrais toutefois un gros bémol quant à sa déferlante de vulgarité, son excessive propension à déverser des litres et des litres de sang numérique, et surtout ses nombreuses scènes lubriques qui n'apportent rien au long métrage, sinon à lui donner une dimension racoleuse inutile. C'est encore plus frappant dans la version Director's Cut, qui ajoute environ 6 minutes supplémentaires au long métrage dont les ajouts et modifications ne concernent précisément que ces scènes là. En d'autres termes, la version Director's Cut est plus une version non censurée qu'un travail de reconstruction de l'oeuvre comme on l'attend habituellement d'une version Director's Cut. En mettant de côté cet aspect lubrique, qui nous fait nous poser tout un tas de questions sur les penchants de Robert Zemeckis (car plusieurs allusions graveleuses sont déjà présentes dans ses anciens films), La légende de Beowulf puise son idée du célèbre poème anglo-saxon composé il y a déjà plus de mille ans et dont il conserve les grandes thématiques. Comme le long métrage le propose, Beowulf affronte bel et bien Grendel, la mère-ogresse et le dragon durant trois périodes de sa vie. Toutefois, le scénario écrit par Neil Gaiman et Roger Avary lui ajoute une dimension sexuelle faisant de la mère-ogresse (qui n'a pas de nomination particulière dans le film), le point central de l'intrigue. Telle une sirène de l'Odyssée d'Homère, elle va continuellement tenter les hommes qui se présentent à elle pour les faire succomber à leurs plus noires ambitions. Ce choix va alors les hanter toutes leurs vies, condamnant le royaume à un perpétuel cycle de destruction.

Côté ambiance sonore et bande originale, La légende de Beowulf s'avère très correct. Sans réelle surprise dès qu'il s'agit d'un film médiéval qui s'inscrit dans une ambiance anglo-saxonne, on se retrouve souvent avec des mélodies et des airs d'inspiration celtiques. Alan Silvestri nous livre des compositions en droite lignée avec cette thématique. On ressent aussi une inspiration symphonique empruntée à la trilogie Le seigneur des anneaux de Peter Jackson et Pirates des Caraïbes. Assez logique en soit, car contemporaines à La légende de Beowulf, même si ce dernier est musicalement moins iconique que les deux premiers. Également très habitué aux compositions de musiques de films d'action (Volcano, Le retour de la Momie, Van Helsin ou encore Tomb Raider - Le berceau de la vie), Alan Silvestri proposent aussi plusieurs mélodies épiques qui collent assez bien à la mise en scène virevoltante du long métrage. Il est également intéressant de noter que de très nombreux morceaux dégagent une très forte mélancolie dans les sonorités choisies, en accord avec le thème principal de l'intrigue. Rares sont les morceaux à se révéler heureux. Et quand bien même c'est effectivement le cas, le film s'efforce de ramener ses spectateurs dans la dureté des choix effectués par Beowulf. Sa brève passion hante constamment sa vie, qui reste perpétuellement douleur et souffrance. Alan Silvestri garde visiblement toujours cette idée en tête dans presque toute la bande originale qu'il compose. En guise de conclusion, Alan Silvestri fait appel à Idina Menzel (plus connue aujourd'hui pour avoir interprété Elsa pour Disney) pour la chanson de générique de fin, "A Hero Comes Home", dont les couleurs sonores, très années 1980, marquent le seul et unique chant d'espoir de la bande originale. Tout du moins si on fait l'impasse de replacer le chant dans un contexte d'après-vie, puisqu'il s'agit en réalité d'une chanson perpétuant surtout la mémoire d'un grand héros tombé au combat, comme Beowulf l'évoque lui-même à plusieurs reprises dans le film.

Si on lui retire son aspect technique, franchement catastrophique au niveau des humanoïdes (moins pour ce qui est du reste), déjà mauvais au moment de sa sortie et qui ne s'arrange pas du tout avec les années qui passent, ainsi que son côté sulfureux totalement gratuit, La légende de Beowulf n'est pas si mauvais que ça. Au contraire, ce qui le sauve, c'est justement son scénario qui tient parfaitement la route et en fait le plus mature parmi toutes les productions du studio ImageMovers. Couplé à une bande originale très soignée et un doublage de qualité, en français comme en anglais, on en vient au final à regretter amèrement le choix de la performance capture adopté par Robert Zemeckis. Si le film avait été retravaillé, avec de vrais animateurs talentueux pour corriger les effets disgracieux, La légende de Beowulf en serait probablement ressorti bien meilleur qu'il ne l'est.

Social eXpérience

10 juin 2022 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (2007)

Beowulf : Jean-Yves Berteloot 1

Roi Hrothgar : Jean-Pierre Moulin 1

La mère de Grendel : Marjorie Frantz 1

Unferth : Edgar Givry 1

Reine Wealtheow : Marianne Basler 1

Wiglaf : Patrick Béthune 1

Grendel : Jean-Philippe Puymartin 1

Ursula : Aurélie Billetdoux 1

Wulfgar : Luc Boulad 1

Sources : 1 planete-jeunesse.com