En avant : Quelques informations

En avant sort le 04 mars 2020 en France et deux jours plus tard au Québec. Sa carrière cinématographique se trouve cependant compromise à peine dix jours plus tard par la pandémie mondiale Covid-19 et la fermeture de toutes les salles de cinéma à travers le monde. L'état français et le CNC ayant prévu une dérogation réglementaire de parution vidéo anticipée exceptionnelle pour les films se trouvant dans cette situation délicate, Disney a obtenu une sortie locative et commerciale pour le 26 juin 2020. Le principe de chronologie des médias n'existant pas outre-Atlantique, le film est rendu disponible au Québec dès le 3 avril 2020 sur Disney+. Le long métrage dispose d'une version francophone sur les deux territoires.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

Deux jeunes frères elfes, Ian et Barley Lightfoot, ont l'occasion inespérée de passer une dernière journée avec leur père décédé plusieurs années auparavant. Mais pour cela, ils doivent réussir une quête fantastique à bord de Guinevere, l'héroïque van de Barley, apprendre des sorts magiques, résoudre une carte codée, franchir des obstacles insurmontables et faire des découvertes incroyables. De son côté, constatant la disparition de ses fils, Laurel, leur intrépide maman, doit faire équipe avec la Manticore, une ancienne guerrière, afin de les retrouver sains et saufs. Pour chacun d'eux, malgré tous les dangers, cette journée pourrait être la plus importante de leur vie...

Analyse de l'oeuvre 4
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Un sentiment indescriptible s'impose dès qu'il est question de En avant. Ce même sentiment particulier explique aussi pourquoi la mise en ligne de l'analyse de ce long métrage a été si longtemps été retardée : il s'agit du tout dernier film que j'ai vu en salle, quelques jours à peine avant la fermeture de tous les cinémas français. D'une certaine façon, c'était une manière de garder aussi longtemps que possible cette dernière expérience encore vivace avant de revenir à la réalité. Pour autant, même avec ce sentiment en tête, En avant m'a tout de même laissé une impression de laisser aller de la part du studio Pixar. Si le long métrage s'avère très efficace dans sa construction narrative, il est cependant incapable de dissimuler l'aspect très convenu de son scénario. D'ordinaire, les productions du studio s'efforcent un tant soit peu d'offrir un scénario aux ramifications décalées, mais dont le propos, ou même le traitement, sont suffisamment originaux pour sortir la tête du lot. Or, si l'on débarrasse En avant de sa mythologie de fantaisie-héroïque, somme toute très peu exploitée par le récit, on se retrouve malheureusement très vite devant une histoire tout sauf originale, traitée des milliers de fois dans la fiction américaine. Famille recomposée, quête du père, fratrie désolidarisée, "road movie teenager" des plus classiques, presque rien - et je dis bien presque - ne permet au film de se démarquer des milliers de productions américaines qui ont épuisées jusqu'à l'os ce type d'histoire mainte fois recyclé. Reste heureusement des personnages hauts en couleurs et une mise en scène sans aucun temps mort vraiment efficace qui parviennent à tenir en haleine le spectateur.

La quête d'identité et des origines d'une fratrie, on l'a déjà vu plusieurs chez Disney, pas plus tard qu'avec les deux volets de La reine des neiges ou Les nouveaux héros. En avant est pratiquement la version masculine de la même quête existentielle des soeurs d'Arendelle, puisqu'on se retrouve cette fois avec deux frères qui tiennent aussi l'un à l'autre, mais qui sont également incapables de réellement s'entendre. Chacun cherche à se rapprocher de l'autre sans savoir comment s'y prendre. Même chose aussi concernant la "magie" dans l'univers des deux films, l'un des frères semble ainsi naturellement plus apte à y avoir recours que l'autre. La seule réelle différence majeure des deux univers, c'est que qu'une certaine reine fait tout son possible pour cacher ses pouvoirs, tandis que l'adolescent n'y croit tout simplement pas, ou du moins, se refuse catégoriquement d'y croire. De fait, ce sempiternel ressort dramatique se rapproche inexorable de la ribambelle d'intrigues qu'on retrouve typiquement dans les téléfilms de Noël produit par les Etats-Unis, où les protagonistes finissent obligatoirement par voir leur vie complètement métamorphosée par l'intervention d'un élément magique perturbateur, en l'occurrence un nain, un elfe, un animal fantasmagorique, voire plus généralement le Père Noël. En avant propose la même chose, mais avec un demi-personnage dépourvu de langage verbal, ce qui ne change finalement pas grand chose par rapport aux téléfilms de Noël. Les blessures de l'enfance étant aussi l'apanage de ce genre de productions américaines de fin d'année.

L'environnement héroïque fantastique déçoit aussi en partie, principalement parce que le long métrage ne l'exploite pas du tout. Tout au plus sert-il de prétexte pour poser les bases narratives, pour expliquer l'incongruité d'un personnage et, enfin, pour amener au climax final. Mais entre les deux, tout cet enrobage graphique est entièrement mis de côté. Alors oui, sans nul doute, les innombrables références sont un vrai régal pour ceux qui maîtrisent un tant soit peu le genre, que ce soit à travers certaines littératures de style fantasy (certaines idées m'ont d'ailleurs fait penser à la trilogie d'Axis écrite par Sara Douglass), les jeux de rôles et les jeux-vidéos, voire plus largement toute production culturelle en rapport avec le médiéval-fantastique de type Donjons&Dragons. Mais dans les faits, cet emballage visuel réjouissant n'apporte finalement pas grand chose au déroulement du récit, qui se contente de proposer une aventure extrêmement classique dans son déroulé reprenant, trait pour trait, le cheminement traditionnel de ce genre de personnage envoyé malgré lui dans une quête à laquelle il ne peut pas échapper. Le style héroic-fantasy n'est qu'accessoire, noyé dans un improbable contexte contemporain où véhicules motorisés, smartphones et petite vie de banlieu font cruellement tâche, là où un style rétro-futuriste plus décalé, façon Désenchantée de Matt Groening, est un vrai délice satirique en comparaison.

Contre toutes attentes cependant, En avant traite l'ensemble de ses personnages avec une très grande finesse. Le ton adopté par le film est particulièrement juste. Chaque personnage a un caractère défini très réaliste, des comportements tout à fait crédibles et tout une panoplie de sentiments extrêmement communicatifs. Dès lors, quand bien même En avant s'avère, par certains côté, extrêmement convenu, la richesse émotionnelle des personnages fait inexorablement mouche. On apprécie tellement leur états émotionnels, leur cheminement qui les emmènent vers le dénouement, qu'on en laisse de côté tous les défauts désagréables du récit. Il faut aussi reconnaître que En avant profite d'une mise en scène extrêmement fouillée, sans la moindre faille de parcours, tout en étant très énergique. C'est bien simple, le long métrage ne souffre d'aucun problème de rythme. L'enchaînement des diverses scènes du film est fluide, les intrigues parallèles entre les deux garçons d'un côté et leur mère de l'autre sont même parfaitement interconnectées entre elles. Quelques moments se révèlent même drôles comme d'autres sont attendrissants. D'une certaine façon, tous les personnages croisés dans le film par les deux jeunes hommes voient irrémédiablement leur destin chamboulé, chacun découvrant une force intérieure dont il ne soupçonnait pas l'existence jusque là.

Comme l'aspect visuel, la bande originale de En avant est globalement aussi en retrait. Les frères Mychael et Jeff Danna, déjà à l'oeuvre sur La famille Addams dernièrement, propose des compositions musicales relativement discrètes mais qui se révèlent assez pertinentes dans leur approche. Contrairement à la majorité des intrigues de fantaisie-médiévale, le duo de compositeurs échappe à l'écueil de la traditionnelle musique d'inspiration celtique. Par contre, assez curieusement, le recours assez fréquent à des instruments à cordes fait irrémédiablement penser à quelques airs de Vice-Versa, notamment le thème associé à Ian. J'ignore s'il s'agit d'un clin d'oeil volontaire ou d'une simple coïncidence, mais il est inévitable de ne pas penser aux tourments de la jeune Riley lorsque Ian s'interroge sur ce qu'il veut faire du reste de sa vie. L'un comme l'autre, les deux thèmes se prêtent d'ailleurs bien aux deux personnages des deux films Pixar. Il est d'ailleurs amusant d'entendre le thème de Ian décliné de deux manières différentes, une première fois, au tout début, montrant le personnage s'interrogeant sur sa vie, tandis que l'autre, à la toute fin, se montre plus joyeuse, alors que rien n'est vraiment différent dans la sonorité, si ce n'est les images associées. On notera d'ailleurs qu'un grand travail collaboratif se ressent entre les animateurs et les compositeurs, capables d'associer harmonieusement image et son, en particulier sur une certaine scène qui évoque, non sans une certaine malice, le climax traditionnel des films de Western.

Convenu, En avant l'est assurément. Banal, par contre, peut-être pas totalement. Si la réalisation reste brillante, il est assez difficile d'être transporté par l'idée de base du scénario vraiment très commune. On regrettera aussi l'exploitation presque inexistante de l'univers onirique du film qui ne se contente d'en faire uniquement des clins d'oeils de luxe aux amoureux du genre héroic-fantasy. Heureusement, grâce à sa réalisation soignée et ses personnages charismatiques, le studio d'animation Pixar parvient quand même à offrir un spectacle efficace et rondement mené. Ce qui n'est déjà pas si mal en vérité !

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