Le bossu de Notre-Dame : Quelques informations

Le film est sorti en France le 27 novembre 1996, le 21 juin au Québec. Sept millions de spectateurs sont allés le voir. Le film possède un doublage québécois, de plus, Lara Fabian participe à ce doublage en faisant la voix (parlée et chantée) d'Esmeralda.

Il s'agit de la première co-production sur un Grand Classique entre l'équipe américaine et le regretté studios français de Montreuil disparu de l'empire Disney en 2003 (Pour information, il renaîtra en 2004 sous le nom de Noemis, et réalisera "Astérix et les Vikings"). C'est également la première co-production États-Unis / Europe sur un Grand Classique.

Les descendants de Victor Hugo ont intenté un procès contre la firme Disney (et l'ont gagné) car les auteurs du long-métrage animé n'avait fait aucune mention de l'origine de l'inspiration du roman "Notre-Dame de Paris". C'est pourquoi désormais "D'après le roman de Victor Hugo : Notre-Dame de Paris" figure sur tous les jaquettes françaises. Curieusement, cette mention n'existe pas sur les autres territoires, le nom de Victor Hugo n'est d'ailleurs pas mentionné en dehors du générique de fin.

Du 19 décembre 1996 au 16 mars 1997 s'est tenue dans la maison de l'écrivain à Paris une exposition intitulée "Walt Disney chez Victor Hugo". Elle tentait de démontrer combien l'oeuvre de l'auteur a inspiré les réalisateurs du film. Un wagon spécial de la SNCF s'est également promené de villes en villes cette année là, afin de montrer au public une comparaison entre l'oeuvre de Victor Hugo et le film.

En 1997, à l'occasion des 5 ans de Disneyland Paris, le château de La belle au bois dormant a revêtu les couleurs du festival des fous durant de longs mois, que vous pouvez admirer sur cette aujourd'hui très rare carte postale.

Insolite : Plusieurs personnages Disney font de rapides apparitions dans le film : Belle, le Tapis volant ou Pumbaa entre autres. Phoebus est le premier héros Disney qui porte une barbe !

Résumé

En l'an de grâce 1482 à Paris, Quasimodo, jeune orphelin contrefait, est le sonneur de Notre-Dame. Il vit reclus dans le clocher sous la férule du puissant juge Frollo, son maître. Ses seules amies sont les gargouilles la Rocaille, la Muraille et la Volière. Quasimodo rêve de vivre libre au milieu de tous ceux qu'il observe depuis longtemps. Ce moment tant attendu se présente le jour de la fête des fous et, désobéissant à Frollo, il se mêle au peuple venu célébrer la nouvelle année.

Analyse de l'oeuvre

En France, Le bossu de Notre-Dame est considéré à la fois comme la plus belle réussite des studios Disney durant les années 1990, et la pire adaptation d'une oeuvre classique et intouchable de la littérature française. Les partisans et opposants s'affrontent indéniablement autour de ce film. Est-ce peut-être là la raison de la non disponibilité d'une édition DVD collector pour ce film ?

Au delà de cet aspect, Le bossu de Notre-Dame est la meilleure production 2D jamais réalisée et encore aujourd'hui inégalée, tous supports, tous studios et toutes nationalités confondus. Fabuleuse animation, somptueux décors, et une transcription réaliste de l'ancien Paris. Le soucis du détail n'a jamais été égalé depuis. Le film est également une oeuvre ambitieuse par des plans et des séquences animées à couper le souffle jamais vu auparavant, même dans l'industrie cinématographique réelle (Seul "Matrix" réalisera de tels montages ambitieux 3 années plus tard en 1999). Lorsque Quasimodo parcours la cathédrale au début du film ou lors du sauvetage d'Esméralda, la caméra suit le déplacement de Quasimodo sans la moindre transition, comme s'il s'agissait réellement d'une seule prise de vue avec une caméra (ce système ayant fait ensuite le bonheur de séries télévisées comme "The X-Files : Aux frontières du réel", "24H Chronos" ou "Urgences" plusieurs années plus tard).

Le bossu de Notre-Dame est également l'oeuvre de la démesure, jamais décors n'avaient été aussi vastes et foule si nombreuse ! Les réalisateurs furent très inspirés de confier une partie du travail aux studios de Montreuil, personne d'autre que les français ne pouvait inviter les spectateurs à une visite du vieux Paris et de la cathédrale Notre-Dame à tous ceux qui n'y ont jamais mis les pieds. Chaque plan ou séquence regorge de détails infimes et extrêmement nombreux. Visuellement il s'agit donc incontestablement de la meilleure réussite du studio.

Scénaristiquement parlant, Le bossu de Notre-Dame transgresse une fois encore toute la logique Disneyenne habituelle. Gary Trousdale et Kirk Wise sont décidément les deux réalisateurs qui s'illustrent dans les thèmes universels et adultes, comme ils l'ont fait avec La belle et la bête, et Atlantide, l'empire perdu quelques années plus tard. Mais il s'agit ici tout de même du seul et unique scénario d'un animé reposant presque exclusivement sur le désir charnel. "Ma Passion" de Frollo est l'interprétation française par excellence : remplie de doubles sens que nos chères têtes blondes ne remarqueront pas, mais qui interpelleront leurs parents. La violence est également très présente dans ce film, sans pourtant être réellement montrée. Tout un jeu de suggestions où pas une seule goûte de sang n'apparait à l'écran (même lorsque Phoebus est blessé avec une flèche).

Le film offre une aventure fantastique et sans le moindre temps mort. Il s'agit sans doute également du film le plus noir et donc le plus réaliste jamais réalisé par les studios. La cruauté de Frollo en devient donc bien plus crédible et réelle. La bande sonore offre quand à elle un somptueux accompagnement musical, narrant judicieusement l'aventure, et offrant tout de même un peu de lumière bienvenue dans toute cette noirceur. La séquence d'ouverture, et quasiment toutes les séquences chantées sont à couper le souffle. La bande sonore est donc exemplaire. La version française quand à elle est également la plus belle interprétation jamais réalisée, jetant aux oubliettes la "fade" version originale. Jamais telle qualité n'avait été atteinte depuis la version originale française de La petite sirène.

Dans ce tableau idyllique, Le bossu de Notre-Dame paraît donc aller vers le sans faute. Malheureusement, quelques grains de sable font grincer les rouages magiques du film. La chanson "Un gars comme toi" est réellement en trop, l'interprétation musicale, vocale et visuelle de ce passage ne sont pas du tout intégré au film. Et la faute n'en revient pas à la version française puisqu'il en est de même sur l'originale. Deuxièmement, Le bossu de Notre-Dame est une pure comédie musicale, les réfractaires aux personnages poussant la chansonnette à tout bout de chant peuvent donc passer leur chemin. Reste ensuite le problème de la fin du film qui dénature complètement l'oeuvre de Victor Hugo.

Le film est quasiment unanimement déconseillé aux plus jeunes spectateurs. Cette décision me semble bien déplacée, car elle montre pour la première fois chez Disney la réalité historique, et la cruauté dont peut être capable la nature humaine. J'en arrive donc à une conclusion sans appel, Le bossu de Notre-Dame est un habile mixage du respect Disney et du respect de l'oeuvre dont elle est inspirée. Une incontestable réussite artistique sur tous les points.

5 mars 2007 par Olikos