Ronja, fille de brigand - Quelques informations

Ronja, fille de brigand est une coproduction japonaise entre Polygon Pictures et Studio Ghibli réalisé sous la supervision de Goro Miyazaki et diffusée en 2014 au Japon. Elle n'est cependant proposée que plusieurs années plus tard en Europe, dans un premier temps en exclusivité sur la chaîne de télévision belge RTBF à partir de fin décembre 2018 (la diffusion ayant cependant été interrompue à l'épisode 20 avant de reprendre du début en février 2019), puis en intégralité début février 2019 en France sur le service de vidéo à la demande TFou Max. Il est actuellement possible de la découvrir gratuitement pendant un mois si tant est que vous possédez une carte bancaire (pensez à annuler votre abonnement une fois la série visionnée pour éviter tout prélèvement). A l'heure actuelle, elle est inédite en version française au Québec.

A noter : Par commodité, j'ai volontairement fait un distingo entre le prénom Ronja, tel qu'il est orthographié dans le titre et dans le roman original en Suédois, en le réservant exclusivement à qualifier l'oeuvre dans cette analyse, et le prénom Ronya prononcé tel quel dans la version française et orthographié ainsi dans la traduction officielle du roman de 1984, pour bien distinguer le personnage. Techniquement, les deux orthographes sont cependant correctes en français, car la prononciation du nom suédois est la même dans les deux cas "Ro-Ni-A".

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

L'histoire épique d'une fillette de dix ans née d'une nuit d'orage dans un fort de montagne, entourée de ses parents et d'un groupe de sympathiques brigands. Elle grandit et devient une fille intrépide qui découvre que la forêt est à la fois un endroit magnifique et effrayant, habité par d'étranges créatures. Elle se lie d'amitié avec le fils du rival de son père et éprouve ainsi les difficultés de son amitié et de sa loyauté familiale...

Analyse de l'oeuvre 4.5
4.55

Il aura été nécessaire de patienter cinq longues années pour que parvienne enfin Ronja, fille de brigand légalement sur un territoire francophone, d'abord à la télévision en Belgique, puis en intégralité sur TFou Max en France. Au final, que retenir de cette étonnante série télévisée adaptée du roman suédois écrit par Astrid Lindgren en 1981 et publié en français dès 1984 ? Déjà, le point le plus important à retenir, c'est qu'il s'agit avant toute chose d'une série télévisée qui s'adresse presque exclusivement aux enfants. Il n'y a rien de péjoratif dans ce constat. Polygon Pictures et Studio Ghibli ne se sont jamais cachés dans leurs intentions vis-à-vis de cette série télévisée. Ce qui fait une grande différence avec la plupart des séries du même genre, c'est que Ronja, fille de brigand est certes une série enfantine mais avec une couche Ghibli évidente, ce qui fait une grande différence. Du coup, s'il on est familier de l'univers de Hayao Miyazaki dont son fils s'inspire pour forger l'univers de la série, on se sent tout de suite en terrain connu. Tandis que Ronja, fille de brigand semble quelquefois puérile dans son approche, il arrive régulièrement que le scénario fasse soudain preuve d'une étonnante maturité. Particulièrement aux deux-tiers de la saison où un double épisode va complètement chambouler la perspective des personnages que nous avions jusque là.

Ronja, fille de brigand, c'est l'histoire de deux bandes rivales de brigands dont leurs chefs respectifs se haïssent au plus haut point depuis plusieurs décennies, sans que l'on sache véritablement ce qui a provoqué cette fissure entre eux, si ce n'est de deviner qu'elle fut sans nul doute très futile. Mais lorsque l'armée de gardes envoyée par le châtelain du royaume multiplie les assauts à leur encontre, les deux bandes rivales vont devoir se réfugier dans un même lieu, en l'occurence un château délabré coupé en deux parties par la foudre quelques années auparavant. Une sorte de symbolique inversée vis-à-vis du mur de Berlin, mais matérialisé par un immense gouffre a priori infranchissable (mais pas tant que ça en réalité) qui sépare les deux clans. Chacun s'approprie donc une moitié de l'édifice, ce qui ne fait qu'amplifier davantage la rivalité des deux chefs respectifs. Bien évidemment, ce cycle infernal de haine va soudain s'effilocher quand la jeune Ronya va faire la rencontre de son homologue dans le camp adverse, le jeune Birk. Alors que tous les opposent, chacun va devoir découvrir l'autre afin de s'unir dans l'adversité. Car les deux enfants vont finalement vite se rendre compte que la rivalité de leurs pères leur bouffe jusqu'à leurs âmes, tous deux se retrouvant malgré eux jetés comme des pions dans une bataille qui semble perdue d'avance.

Une chose est certaine, Ronja, fille de brigand détonne tout comme elle étonne dans sa construction narrative. A l'image de ses grands frères parus en salle, la série télévisée est excessivement lente dans ce qu'elle veut raconter, tout en ayant cette extraordinaire capacité à capter son auditoire alors qu'il ne se passe pas grand chose à l'écran. C'est un détail que j'ai toujours trouvé fascinant dans les oeuvres du studio Ghibli et que je n'ai jamais réussi à retrouver n'importe où ailleurs : cette ingéniosité à rendre captivante la banalité du quotidien. Peut-être parce que tout ce qu'on y voit est d'un réalisme saisissant, à tel point d'ailleurs que l'on est tout à fait capable de les reproduire sans la moindre difficulté dans notre vie de tous les jours. Des faits, des situations, des gestes universels que le studio a toujours réussi à capter dans ses oeuvres et que l'on retrouve même dans Ronja, fille de brigand alors qu'elle ne s'adresse clairement pas au même public.

De fait, on a bel et bien ce sentiment qu'il ne se passe vraiment pas grand chose d'un épisode à l'autre, tout au plus Ronya se balade en forêt, va pêcher, se baigne dans un lac, se fait poursuivre par des harpies, voire se laisse envoûter par d'étranges créatures des brumes. En toute bonne foie, je peux tout à fait affirmer que Ronja, fille de brigand aurait tout à fait pu être proposée en un long métrage de deux heures sans que l'on n'y perde l'essentiel. Mais la série télévisée a l'énorme avantage d'imposer une atmosphère et une ambiance qui a tout le temps de se mettre en place, suffisamment pour imposer un retournement de situation superbement amené dans le double épisode de milieu de saison et qui change radicalement la donne. Après cela, il devient quasiment impossible de décrocher de Ronja, fille de brigand jusqu'à son dénouement. On se laisse facilement happer par l'intrigue qui, finalement, se dessinait derrière les apparences mollassonnes de chacun des épisodes précédents. Même s'il ne s'agit pas d'une série d'action, beaucoup de choses se mettent en place en arrière-plan et prennent vraiment sens quand la série amorce sa dernière ligne droite, qui nous emmène vers son dénouement, car oui, il y en a bien un.

Techniquement parlant, Ronja, fille de brigand est une copie calque de l'hérétique saison 2 franco-française de Les mystérieuses cités d'or réalisée par Blue Spirit et proposée à la télévision en 2012 . Les deux séries reposent exactement sur la même idée de design qui combine des arrières plans en 2D et des personnages en 3D rehaussés de contour noirs, façon cel-shading. Même si j'admets avoir en horreur la suite des aventures d'Estaban, Zia et Tao, je suis obligé d'admettre que visuellement, la combinaison 2D/3D fonctionnait parfaitement, notamment parce que les arrières plans étaient vraiment riches. Je n'en dirai pas autant de l'animation des personnages, ni de l'intrigue franchement gnagnan par contre. Ronja, fille de brigand fait exactement la même chose dans le principe (résumé et accroche de l'épisode suivant inclus, mais sans le mini-reportage), mais en beaucoup mieux. On retrouve ainsi cet univers onirique propre aux oeuvres Ghibli, comme une sorte de paysage médiéval fantastique tout à fait crédible. Mais l'animation et la psychologie des personnages sont hautement mieux travaillés que dans l'autre série française. C'est simple, chaque protagoniste présenté à l'écran est instantanément adopté par le spectateur alors même que leur animation est parfois survoltée.

A travers le premier épisode qui lui est entièrement consacré, la naissance et la jeunesse de Ronya permet à l'histoire et ses personnages de bénéficier d'une énorme mise en valeur. Chaque protagoniste est présenté de manière habile et, alors que la plupart d'entre eux sont dès le départ présentés comme des clichés sur pattes, chacun d'eux dévoile petit à petit une personnalité bien plus complexe qu'il n'y paraît au fil du temps. Si Ronya et Birk sont sans nul doute possible les deux personnages principaux de la série, c'est incontestablement Mattis, le père de Ronya, qui attire à lui tous les suffrages. Son attitude exubérante, tout comme son humeur changeante qui passe d'un extrême à l'autre en un tournemain, font de lui un personnage résolument attachant alors qu'il s'agit, totalement, d'un pur antihéros. Contre vent et marées, Mattis reste en son fort intérieur un brigand malgré tout. Mais un brigand dont le coeur se laisse facilement envahir par toutes sortes d'émotions, bien trop souvent négatives. L'alchimie avec le spectateur est telle que la blessure qu'il finit par éprouver dans le double épisode de milieu de saison finit par nous atteindre aussi. Dès lors, le choc est tellement rude, que l'on doit faire comme Ronya et Birk, attendre que Mattis se reconstruise affectivement, envers les deux enfants d'abord, mais aussi avec nous, ses simples spectateurs qui avons été tout aussi choqués qu'eux par son attitude.

Ronja, fille de brigand, c'est avant toute chose une intrigue qui oppose les générations, surtout celle qui décide de remettre en cause les acquis de leurs aînés. Jusqu'à la naissance de Ronya et de Birk, chaque clan campait sur sa position, l'autre clan était simplement l'ennemi à abattre, tout du moins à soumettre à la volonté du plus fort. Aucun ne remettait en question cette haine farouche qui gangrénait leurs relations depuis plusieurs décennies. Même Ronya et Birk n'hésiteront pas à s'affronter, verbalement dans un premier temps, convaincus que ce que leurs pères leur disaient était une vérité universelle. Puis, soudain, sans chercher à provoquer volontairement l'évènement, l'un des deux enfants va instinctivement sauver l'autre d'une situation périlleuse. L'acte, absolument non prédéterminé, va définitivement sceller leur alliance, chacun s'efforçant de plus en à plus à veiller aux besoins de l'autre, la plupart du temps au nez et à la barbe de leurs familles respectives. Et quand Mattis va oser s'en prendre à Birk, Ronya va commettre un acte surprenant, certes convenu pour tout adulte qui regarde la série, mais qui va déstabiliser absolument tous les adultes des deux clans.

Si Ronja, fille de brigand n'est pas dénué de qualité, elle compte aussi plusieurs défauts, sans qu'ils ne soient pour autant rédhibitoires. Si l'on exclut Ronya, la série ne compte en tout et pour tout que deux personnages féminins qui flottent un peu à la marge du récit : Lovis, la mère de Ronya, et Undis, la mère de Birk. Et encore, des deux personnages, Undis voit sa présence à l'écran des plus limitées car la série concentre quasi-intégralement son récit du point de vue de Ronya et du clan de Mattis. Du coup, Undis n'existe qu'en toile de fond, souvent parce que Birk parle d'elle, ou parce que certains flashback la mette en scène. Tout juste retient-on qu'elle est une femme de caractère, mais c'est à peu près tout. On a donc un peu de mal à s'attacher à elle.

De son côté, si Lovis ne manque pas de qualité, ni d'autorité, les fans du studio Ghibli auront tôt fait de voir en elle l'amalgame de la vieille Ma Dora, aperçue dans Le château dans le ciel, une femme forte qui impose rien que par sa prestance sa personne dans un clan composé uniquement d'hommes (sans compter ses nattes caractéristiques), et de la douce boulangère Osono vue dans Kiki, la petite sorcière qui influence peu le destin de sa fille, ni ne remet en cause les décisions de son mari. Souvent passive dans ses actions, Lovis reste cependant très alerte dans tout ce qui l'entoure et elle est souvent la plus perspicace de la famille, anticipant les réactions de sa fille. Quand bien même, on ne peut s'entêter de voir en elle un personnage passif qui ne cherche ni à remettre en cause le mouvement, ni à tenter de le dévier.

Parmi les autres griefs, la bande originale fait à la fois la force et la faiblesse de Ronja, fille de brigand. Aux oreilles, chaque nouveau morceau entendu est une petite merveille. Cela commence d'ailleurs dès le tout premier épisode qui comporte, de plus, ce qui s'apparente à une jolie berceuse. Toute la bande originale s'inspire de musiques à tendance celtique, mélangeant principalement des instruments à cordes (piano, harpe, guitare, violon), quelques uns à percussion (tambour) et des airs joués à la flûte. Le rendu global est vraiment très bon, car la bande originale embrasse de nombreux styles musicaux qui accompagne vraiment très bien ce qui se passe à l'écran. Ici il y a une musique mélancolique, là elle est festive, là-bas elle entraîne l'amertume.

Plusieurs moments de la bande originale vont d'ailleurs rester immédiatement en mémoire, à commencer par la chanson du loup et, surtout, le morceau "Mata Ashita" qui revient à chaque fois en introduction ou au sein même de l'épisode visionné. Or, là où le bas blesse, c'est précisément dans cette récurrence éprouvante des mêmes morceaux musicaux d'un épisode à l'autre. Si la première fois, la musique fait mouche, elle commence par gêner quand on l'entend pour la dixième fois, puis on a finit par complètement l'occulter la vingtième fois. C'est dommage, car cela donne l'impression que Ronja, fille de brigand est finalement une série à petit budget typiquement japonaise. En même temps, ce n'est pas tout à fait faux en soit, c'est juste que le cachet "Adoubé par le studio Ghibli" semblait dire qu'on en aurait un peu plus pour notre argent.

Quand en 2012, la fumeuse saison 2 de Les mystérieuses cités d'or innovait sur le plan visuel avec son univers mêlant habilement 2D et 3D en cel-shadding tout en laissant place à une immense amertume, voire un énorme sentiment de gros gâchis, Ronja, fille de brigand reprend la même formule en l'utilisant à bon escient, sans en faire trop, ni trop peu, tout en la mariant à un récit convaincant et des personnages vraiment charismatiques. Tout au plus faudra-t-il regretter cette bande originale qui semble recyclée à outrage d'un épisode à l'autre et, dans une moindre mesure, la version française qui est en réalité une adaptation de la version américaine et non issue directement de la version japonaise. Mais le doublage, effectué en Belgique, reste globalement de qualité même si l'on ne manquera pas de constater que les deux enfants choisis pour interpréter Ronya et Birk manquent clairement d'entrain et de conviction tout au long des épisodes, mais cela donne un cachet un peu plus authentique aux personnages que s'ils avaient été joués par des adultes utilisant une voix de fausset, ce qui aurait été bien pire.

Malgré tout, dans l'ensemble, Ronja, fille de brigand reste une très agréable découverte. Les 26 épisodes se dévorent avec une certaine passion, alors que la série ne s'adresse vraiment pas à un adulte à la base. Qu'on le veuille ou non, l'esprit Ghibli transpire par tous ses pores. Quand bien même la série s'adresse à un jeune public, elle se laisse quand même séduire parce que Polygon Pictures s'est vraiment bien débrouillé pour apporter un tant soit peu de profondeur à l'ensemble, que ce soit dans le sous-texte ou dans le comportement des personnages, ce qui rend l'expérience étonnamment positive en fin de compte. Du moment que l'on garde à l'esprit que Ronja, fille de brigand ne s'adresse pas aux plus grands, on se surprend même à se laisser duper par certaines situations qu'on voyait pourtant venir de loin. Goro Miyazaki a d'ailleurs la très bonne idée d'insérer deux excellents épisodes dont le contenu est inédit par rapport au roman d'Astrid Lindgren (Les épisodes 15 et 16 "Un conflit sans issue") qui ont le mérite de redistribuer les cartes du récit, particulièrement le traitement réservé à Mattis dont la réaction, fortement excessive à ce moment là, nous laisse complètement bouche-bée. Incontestablement le moment le plus fort de toute la série.

Social eXpérience

15 mars 2019 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (2018)

Ronya : Noa Lecot 1

Birk : Ethan Waku 1

Mattis (Adulte) : Franck Dacquin 1

Mattis (Enfant) : Kawan De Munnijck 1

Borka (Adulte) : Jean-Michel Vovk 1

Borka (Enfant) : Alessio Volante 1

Lovis : Marie-Line Landerwyjn 1

Tjegge : Jean-Michel Vovk 1

Undis : Marie-Noëlle Hébrant 1

Père le Chauve : Michel Gervais 1

Lill Kiplen : Sébastien Hébrant 1

Petit Malin : Sébastien Hébrant 1

Fjosok : Michel Hinderyckx 1

Knotas : Stany Mannaert 1

Joun : Stany Mannaert 1

Sturkis : Didier Colfs 1

Tjorm : Jean-Paul Clerbois 1

Pelje : Maxime Anciaux 1

Harpies : Fabienne Loriaux 1

Narratrice : Fabienne Loriaux 1

Brigands : Michel Hinderyckx 1 , Jean-Paul Clerbois 1 , Sébastien Hébrant 1 , Maxime Anciaux 1 , Didier Colfs 1 , Stany Mannaert 1

Voix additionnnelles : Eléonore Meeus 1 , Jonathan Simon 1 , Corentin Maucq 1

Sources : 1Générique de fin