L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties : Quelques informations

L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties est le premier long métrage d'animation entièrement tourné en capture de mouvement en Chine. Il est co-produit par dix compagnies de production chinoises, plus l'américain Lionsgate pour la distribution internationale.

Il sort initialement en salles le 30 septembre 2016 en Chine et simultanément aux Etats-Unis, Royaume-Uni, Irlande, Australie, Canada anglophone et Nouvelle Zélande. Il est ensuite proposé mondialement sur les plateformes de vidéo à la demande, dont la France, en version originale sous titrée exclusivement dès le 20 septembre 2017.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

Dans une époque lointaine, Chiling est un jeune homme sans histoire qui travaille dans une auberge. Alors qu'une troublante jeune magicienne s'installe à une table, un vent glacial congèle son village et ses occupants. Fuyant devant cette menace implacable à travers la forêt, une impressionnante créature ailée finit pourtant par s'emparer de lui. Il est cependant sauvé par Silver, un Lord magicien à qui des prophètes ont confié pour mission de le sauver et le former en tant que nouveau disciple. Malheureusement, l'un des Lords tombe soudain en disgrace, certains d'entre eux entrevoient une opportunité pour assoir leurs positions au dessus de celles des autres...

Analyse de l'oeuvre 5
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Prenez une dose de médiéval fantastique inspiré par Le seigneur des anneaux, ajoutez-y une mise en scène virevoltante propre à Tigre et Dragons, accommodez les deux en mêlant la culture occidentale et les mythes orientaux, parsemez par dessus l'ambition numérique démesurée d'un Final Fantasy - Les créatures de l'esprit, peaufinez le tout avec un récit héroïque un peu cliché mais typiquement chinois, vous obtenez alors un concept fabuleusement déconcertant : L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties, un long métrage d'animation chinois extrêmement ambitieux qui fascine tout autant qu'il rebute ! Paru en salle en septembre 2016 en Chine, le long métrage se montre très discret en France. Tout au plus le trouve-t-on si l'on sait ce que l'on cherche sur pratiquement toutes les plateformes de vidéos à la demande en version originale sous-titrée exclusivement, mais dans un transfert vidéo compressé qui ne lui rend pas vraiment honneur.

L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties est réalisé par le jeune chinois Guo Jingming qui est, à la base, principalement un auteur écrivain populaire en Chine en ayant publié des romans fantastiques, notamment The City of Fantasy en 2003 alors qu'il était encore étudiant, qui connaît un gros succès dans le pays, lui permettant d'entrer, à 23 ans seulement, comme plus jeune membre de l'association des auteurs chinois. Rapidement devenu une figure populaire, malgré certaines controverses relatives à des affaires de plagiats dans ses livres, Guo Jingming se diversifie très vite, il devient un véritable touche à tout, notamment dans la chanson et la réalisation, le transformant en un homme d'affaire important dans le pays.

L'origine de L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties prend sa source dans un roman en deux parties écrit par l'auteur : Ages Below Critical, publié en 2011, dont les grandes lignes avaient été imaginées quand Guo Jingming avait 17 ans. Il y est question d'un monde imaginaire fantastique, le Royaume d'Odin, découpé en quatre territoires plus ou moins relatifs aux quatre éléments, dans lesquels de puissants magiciens, les Nobles Lords, sont les garants de l'équilibre. Chacun d'eux bénéficie d'un talent magique unique associé, d'un Horcruxe, sorte d'arme légendaire qui choisit son maître et non l'inverse (l'idée et le nom étant vraisemblablement puisés dans Harry Potter soit dit en passant) et d'un animal totem que le magicien peut invoquer à sa guise pour mener à bien sa mission. L'histoire débute dans le pays d'Ashlan, la contrée de l'eau, où un jeune homme ordinaire parvient involontairement à apprivoiser un animal totem ce qui lui octroie ses pouvoirs. Il se retrouve alors très vite embarqué dans une sombre lutte de pouvoir entre les différents Lords, dont chacun est pourtant de force équivalente, afin de faire pencher la balance en leur faveur. Dans les grandes lignes, pour ceux qui sont familiers du genre, on se retrouve donc face à un scénario d'un jeu vidéo de rôle typiquement asiatique.

Terminé en 2011, l'histoire de Ages Below Critical est finalement laissée de côté par Guo Jingming durant plusieurs années, jusqu'à ce qu'un projet de long métrage adaptant sa propre intrigue ne lui soit proposé et qu'il soit chargé de le réaliser lui-même. A partir de là, il m'est malheureusement impossible de retracer plus avant les origines conceptuelles qui ont amené à la version entièrement remaniée par l'auteur de sa propre histoire qui va désormais porter comme titre L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties. Les sources françaises et anglophones étant inexistantes, et les traducteurs en ligne du chinois ayant leur limite, je suis incapable de dire pourquoi L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties s'est mué en un concept cinématographique extrêmement ambitieux, où la technologie de capture de mouvement a été employée à un degré encore jamais vu dans un film d'animation chinois. Une chose est sûre, le long métrage a nécessité une levée de fonds particulièrement importante, rien qu'à voir les onze compagnies de productions et distributeurs, les sept studios impliqués et les dix partenaires associés, ce qui nécessite près de deux minutes pour voir figurer leurs logos respectifs avant même que le film ne commence !

Contrairement à ce que l'on a l'habitude en occident, L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties ne prend pas un seul instant pour poser les bases de son univers. Nous sommes embarqués dans une action quasiment frénétique durant deux heures, ceci dès les premières minutes, sans que l'on puisse vraiment décrocher les yeux de l'écran. Il faut d'ailleurs accepter que le scénario du film ne dévoile ses informations importantes qu'au compte goutte, au point de laisser sur le banc de touche ceux qui auraient détournés le regard ne serait-ce qu'un tout petit instant. L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties ne laisse pratiquement aucun instant pour souffler, ni d'intégrer ce que le scénario veut bien nous expliquer, à tel point qu'à un moment donné, on finit presque par ne plus rien y comprendre. Pourtant, L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties est une oeuvre étonnamment captivante, qui réussit à se faire apprécier sur la durée, principalement grâce à la qualité de ses interprètes virtuels, dont Chen Xuedong et son caractère désinvolte font mouche, mais aussi parce qu'elle résonne comme une oeuvre aux fortes influences occidentales, ce qui a déstabilisé le public chinois qui lui a réservé un accueil un peu froid. Car oui, il n'est pas rare de se croire plongé au milieu d'un récit fantastique à la fois européen médiéval dans son approche et résonnant visuellement comme une étrange époque victorienne, s'il n'y avait bien sûr pas l'ensemble du casting chinois pour nous rappeler à l'ordre.

Dans les grandes lignes, L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties reprend quasiment la même trame que celle proposée dans Ages Below Critical. Elle y ajoute cependant une guilde de prophètes, sortes d'être intangibles, qui transmettent leurs visions à des Lords (traduit en Ducs pour la VOST du film, laissant du coup de côté l'astuce cachée derrière le titre du film), eux-mêmes hiérarchisés en sept niveaux de pouvoirs, à qui ils confient certaines missions. Mais ces prophètes sont lassés de leur condition, visionnaires mais condamnés à rester figés éternellement dans l'espace-temps. Ils prédisent donc la venue d'un jeune homme qui pourrait bousculer cet état de fait, en l'occurrence Chiling (Cheney Chen), un banal employé d'auberge. Ils dépêchent alors Silver (Kris Wu), Lord du 7e niveau, de partir à sa rencontre et le former en conséquence. Malheureusement, Chiling est un garçon désinvolte et insouciant, qui ne voit ici qu'une aubaine de s'affranchir de sa condition, sans réaliser une seconde la portée du conflit sanglant auquel se livrent les différents Lords. Evidemment, son initiation va se révéler des plus chaotiques, le jeune homme se retrouvant impliqué malgré lui systématiquement dans des situations ubuesques, devant alors compter sur la rencontre fortuite de ses semblables pour l'aider à se dépatouiller, prouvant surtout que Chiling est une vrai catastrophe ambulante, mais sympathique malgré tout.

Même si j'ignore pourquoi L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties a prit le chemin d'une approche intégralement numérique qui frôle presque le photoréalisme, une chose est certaine à son encontre, l'intrigue même du long métrage obligeait à avoir recours à l'animation devant la démesure des paysages fantasmagoriques traversés par les protagonistes. Le long métrage ne fait jamais ni dans la dentelle, ni dans la finesse, et ose au contraire constamment jouer avec la démesure. Le cinéma asiatique a aussi cela de particulier que leurs acteurs ont toujours eu propension à avoir une gestuelle exagérée, propre à l'académie d'étude du théâtre chinois, mais également aux spectacles d'ombres et de marionnettes où il est nécessaire de faire de grands gestes pour retranscrire des situations ou des émotions. Bien qu'ils soient tous "clonés" en être numériques, la capture de mouvement retranscrit avec une fidélité sidérante - consternante dirons les spectateurs occidentaux - la plupart des mimiques de leurs versions charnelles. Il y a très peu de chances que nous ayons un acteur du calibre de Cheney Chen jouer dans un film occidental, tant son style, sans aucune finesse, semble donner envie de lui donner des baffes pour sa bonne humeur franchement crétine. Il faut d'ailleurs voir comment il invoque son animal totem, comme si sa digestion ne se passait pas très bien (sans compter le merveilleux "plop" drolatique qui accompagne la scène) ! Paradoxalement, on s'attache incontestablement à son personnage, seul protagoniste aussi perdu par les évènements que nous autres spectateurs.

Le cinéma asiatique a aussi comme habitude de proposer une mise en scène un peu folle, où la caméra virevolte dans tous les sens, donnant souvent la nausée à ceux qui n'ont pas le coeur accroché. L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties va encore plus loin, si ce n'est d'être carrément plus fou encore dans sa manière de présenter ses images, que Final Fantasy VII Advent Children il y a dix ans. C'est un véritable grand huit auquel ne manque finalement que le simulateur de vol, type Star Tours, pour nous bousculer dans tous les sens continuellement. Tout du moins si nous arrivions à tenir deux heures, le mal au coeur arriverait sans doute bien avant ! Toutefois, ce long métrage s'avère beaucoup moins bien fignolé que l'oeuvre très léchée de Square-Enix, prouvant régulièrement que sa réalisation a été faite à deux vitesses. Si la mise en scène de ses scènes d'actions sont parfaitement millimétrées, la plupart des scènes plus secondaires accusent une réelle baisse de niveau de qualité, tout comme certains personnages d'arrière plan. Quand bien même ce constat est sans appel, L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties compense systématiquement ses faiblesses en ajoutant des scènes cocasses ou des dialogues amusants, ce qui permet de se laisser porter par l'intrigue qui se veut surtout très visuelle, bien plus qu'auditive ou narrative.

La technologie de capture de mouvement a cependant ses limites, d'autant plus que le plus gros du travail des animateurs s'est surtout concentré sur l'expression et les visages des comédiens, un peu à la manière de La légende de Beowulf sorti en 2007, mais en moins robotique, sans pour autant totalement gommer l'aspect plastique. Une travail de précision relativement exemplaire qui permet de reconnaître tout de suite les comédiens qui incarnent chacun des personnages. La précision des traits du visage, leurs expressions, même leurs yeux se révèlent particulièrement convaincants. Cela compense du coup le travail effectué sur leur corps, très fortement fantasmés aussi bien chez ses dames que ces messieurs, ne semblent plus vraiment liés à la gravité, tout en étant capables de contorsions limites surréalistes dans certaines scènes de combats effrénées. On retrouve aussi cette dichotomie sur les décors, que ce soit en milieu urbain comme rural, sans oublier la grande île isolée et rocailleuse où se déroule une grande partie du film. Si quelques scènes prêtent effectivement à la contemplation, avec un degré de réalisme parfois sidérant, une partie du temps L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties doit faire dans la simplicité, à l'image donc de la toute dernière partie du film dont le charme forestier des débuts laisse place à un endroit aride et sans aucune vie. Le récit avant tout après tout.

En dehors de la mise en scène, ne nous leurrons pas, limite schizophrène et du capital sympathie pour plusieurs acteurs/personnages (Fan Bingbing et Cheney Chen en tête) , L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties comporte aussi une exubérante bande originale, là encore qui va puiser ses inspirations hors de Chine du côté du pays du soleil levant. La bande originale fait intervenir des chants lyriques impressionnants qui résonneront comme des substituts de la bande originale de Tsubasa Reservoir Chronicles composée par la même Yuki Kajiura en 2005. Les deux oeuvres se partagent des airs très énergiques et percutants, fortement similaires dans leurs styles respectifs, puisque de la même compisitrice japonaise (j'ai reconnu tout de suite son style avant même de savoir que c'était elle sur les deux oeuvres), dans lesquels on entend des chants dans une langue imaginaire proche du latin médiéval mêlé de consonances asiatiques. Le choix, osé pour une oeuvre chinoise, rehausse grandement l'action à l'écran. On regrettera d'ailleurs de ne jamais avoir le temps de bien s'imprégner de ses titres musicaux, d'autant qu'il n'existe visiblement aucun album dans le commerce, car chaque nouveau titre chasse immédiatement l'autre pour les besoins du récit. Seule exception, le titre "Human Sand" interprété par Chen Xuedong, qui rappelle fortement "Suteki Da Ne" de Final Fantasy X (surtout son remix pop interprétée par Dong Wei), qui sert de fil rouge auditif tout au long du film, d'abord fredonné par Chiling, puis en instrumental sur certaines scènes clés, avant d'être révélé en entier dans le générique de fin.

Peu à peu, pour peu que l'on adhère à ses choix radicaux, on se laisse finalement complètement absorber par L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties qui a cette étonnante particularité de nous emmener continuellement vers diverses destinations de manière complètement imprévisible. A aucun moment il n'est ainsi possible d'anticiper l'action des personnages, justement parce que le récit de Guo Jingming fait tout pour ménager ses surprises. On ignore donc complètement vers où l'intrigue veut bien nous emmener. Or, lorsque une information capitale vient enfin à être proposée à l'écran, on réalise soudain que déjà deux heures se sont écoulées et que l'histoire doit être poursuivie dans un second opus, représentant sans nul doute là le moment le plus frustrant proposé par L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties ! Le second, et a priori dernier, opus devait normalement sortir en salle en juillet 2018 mais, à quelques jours de son avant-première, a été reportée sine die suite à de gros problèmes rencontré dans la production du film. Au vue de la bande annonce parue l'hivers dernier, il parait flagrant que Guo Jingming a voulu aller encore plus loin dans ses ambitions numériques, mais que cela incite à un travail nettement plus important pour en fignoler les détails. Je pense qu'un tel récit le mérite et, dans tous les cas, je reste extrêmement impatient de connaître le dénouement de cet étrange récit fantastique.

Ma rencontre insoupçonnable avec L.O.R.D - Legend of Ravaging Dynasties était totalement fortuite, j'admets pourtant m'être complètement laissé absorber par l'expérience au point d'en occulter ses défauts pour en louer ses qualités jusqu'à en faire un vrai coup de coeur même si j'ai conscience qu'il ne plaira vraisemblablement pas à tous car le film se montre parfois absurde. Si le premier visionnage m'a d'abord laissé perplexe, le revoir en gardant son dénouement en tête m'a réellement permis d'encore mieux l'apprécier, ceci même s'il manque la suite et fin de l'intrigue. Espérons juste que ce deuxième opus ne sera pas trop attendre et, surtout, qu'un éditeur français, si ce n'est le même, ose en proposer au minimum une VOST dans la foulée, ce qui ne semble pas du tout évident vu que le premier opus semble aujourd'hui cantonné à un vrai marché de niche.

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28 juin 2019 par Olikos