Les 12 travaux d'Astérix : Quelques informations

Les 12 travaux d'Astérix, également orthographié Les XII travaux d'Astérix sur les rééditions de l'album depuis 2016, est le troisième long métrage animé inspiré de la bande dessinée écrite par René Goscinny et dessinée par Albert Uderzo parue dès 1963. Il sort en salle en France le 20 octobre 1976. Sa première diffusion au Québec est actuellement inconnue.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

Quelque part en Armorique, un petit village entouré de camps retranchés romains résiste victorieusement au puissant envahisseur romain. Pour prouver à tout Rome que ces Gaulois prétendument invincibles ne sont que des hommes vulnérables, César en personne propose à Abraracourcix, le chef du village, une série de 12 épreuves que seuls les Dieux pourraient réussir...

Analyse de l'oeuvre 5
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La traditionnelle thématique estivale de 2019 fut portée sur deux personnages issus de la bande dessinée francophone et transposés en films d'animation : Tintin et Astérix. Un choix naturel qui découlait de l'actualité des deux personnages puisque le premier fêtait le 90e anniversaire de sa création tandis que l'autre, de trente ans son cadet, fêtait son 60e anniversaire. Bien que les analyses n'étaient pas publiées dans un ordre strictement chronologique, Les 12 travaux d'Astérix fut volontairement omis et son analyse renvoyée aux calendes gauloises. Il y avait évidemment une raison cachée derrière ce choix. J'aurais bien sûr pu m'étendre longuement sur la création du studio d'animation Idefix, évoquer tout le burlesque de certains des travaux, ou encore parler sans détour de son charme qui ne s'étiole pas avec les années. En vérité, tout cela, la majorité des fans du héros à moustaches savent déjà tout de ce classique du cinéma d'animation, les plus pointilleux sachant même que le long métrage fut distribué par Disney en 1985 aux Etats-Unis. Alors pourquoi un tel retard ? Principalement parce que je voulais aborder Les 12 travaux d'Astérix de manière plus inhabituelle, notamment vis-à-vis de l'esprit d'analyse du site, en évoquant non pas seulement le film d'animation à proprement parler, mais ses adaptations au format papier ! Car oui, contrairement aux idées reçues, il y en a eu plusieurs dont une intégralement sous la forme d'une bande dessinée classique. Bref, il a fallu tout ce temps pour réussir à mettre la main sur ces différentes versions de l'album ! Mais revenons à nos moutons.


Trois propositions différentes pour une même scène du film selon l'album.
Détail amusant, les positions des personnages sont toutes inversées par rapport à celle du film.

Fort du succès public de Astérix et Cléopâtre, mais contrairement à Hergé en son temps qui avait tenté de contacter directement Walt Disney en personne pour adapter son Tintin, René Goscinny et Albert Uderzo rêvent d'ouvrir leur propre studio d'animation pour concurrencer l'américain, afin d'avoir le contrôle total sur leur création et, surtout, pour garantir enfin une qualité d'animation irréprochable. Que ce soit pour Astérix le gaulois et Astérix et Cléopâtre, les deux auteurs avaient en effet été très déçus du rendu visuel des deux oeuvres que, pourtant, une large partie du public avait vraiment appréciées. Dès 1973, René Goscinny et Albert Uderzo rencontrent leur éditeur Georges Dargaud pour discuter de cette création. Les trois hommes s'associent à parts égales, le studio Idéfix naît donc le 1er avril 1974. Son premier travail consiste à réaliser le troisième long métrage animé d'Astérix.


Comparatif version BD et film.

Contrairement aux deux précédents films d'animation, René Goscinny décide cette fois de partir d'un scénario complètement original qui ne cherchera donc plus à adapter une intrigue préexistante, mais au contraire d'adapter ce récit inédit aux besoins du genre cinématographique. Pour les besoins de l'écriture, le scénariste convie d'ailleurs à nouveau Pierre Tchernia avec lequel il avait déjà travaillé auparavant notamment pour Astérix et Cléopâtre, mais aussi pour le film de 1972 Le Viager. La production s'avère finalement compliquée, d'abord parce que les talents se font rares, principalement parce que cela fait déjà vingt ans que le dernier grand studio d'animation français, Les Gémeaux, a fermé ses portes. Pour autant, René Goscinny et Pierre Tchernia réalisent un scénario très riche, au découpage très méticuleux, qui facilite le travail d'Albert Uderzo chargé du storyboard, alors même que deux albums sont également réalisés en parallèle du film (La Grande Traversée et Obélix et Compagnie). Quand au scénario, René Goscinny détourne les célèbres travaux d'Hercule pour les croquer en version satirique de la culture française comme il le faisait auparavant.


Quelques visuels du hors série en 12 volumes.

Lors de sa sortie en salle, Les 12 travaux d'Astérix est un énorme succès, il se décline alors naturellement au format papier. Etonnamment, le long métrage va faire l'objet, non pas d'une, ni de deux, mais de trois déclinaisons différentes ! La première, est tout bonnement un album illustré de 60 pages, celui-là même que l'on a longtemps trouvé dans le commerce jusqu'en 2013, avant que celui-ci ne soit finalement entièrement révisé à son tour en 2016. A l'intérieur, le contenu de la bande dessinée diffère grandement de la saga principale dans la mesure où il n'y a pas de découpage en cases et en dialogues. En lieu et place, de grandes illustrations accompagnent une narration en partie inédite reprenant l'intrigue du film. La seconde déclinaison du film découle directement de l'existence de la première. Une série de douze mini-livres illustrés de 16 pages chacun étaient offert par le quotidien régional. A l'intérieur, on y retrouvait quasiment le même texte que dans l'album, mais il était accompagné d'illustrations complètement inédites. La troisième déclinaison enfin, la plus rare de toutes, fut d'adord publiée en Noir et Blanc en exclusivité dans le quotidien français Sud Ouest, du numéro 9965 (08/10/1976) au numéro 9995 (13/11/1976) à raison de 3 à 6 strips par jour, puis distribué en un seul volume couleurs exclusivement en Belgique en 1976. Pour 50L d'essence acheté dans le réseau Chevron, le consommateur repartait avec, au choix, un album parmi les sept disponibles : Gaston en action !, Lucky Luke et le piano !, Les plus grandes peurs de Tintin !, Plein feux sur Michel Vaillant et Steve Warson !, Les meilleurs gags de Boule et Bill !, Spirou et les petits formats ! et enfin, Les 12 travaux d'Astérix !.


La collection complète Chevron.
Crédits image : catawiki.eu

En emportant chez eux le dernier du lot, les petits chanceux belges ne savaient pas en 1976 qu'ils avaient mis la main sur l'une des plus grandes raretés de toute collection Astérix digne de ce nom ! Car, contrairement aux six autres volumes de la collection Chevron qui ne fait que reprendre des scènes d'albums déjà existants, cette version de Les 12 travaux d'Astérix propose rien de moins qu'une version entièrement dessinée du film, découpage en cases, bulles, dialogues compris et en couleurs s'ils vous plait contrairement à la publication de Ouest France ! Plus courte que ses grands frères, puisque réduite à seulement une trentaine de pages en tout, cette version au format "classique" de Les 12 travaux d'Astérix est particulièrement intéressante à découvrir. Il faut dire que par rapport à l'album commercialisé, la différence de présentation est marquante. Une vrai bande dessinée d'une côté face à juste un banal livre illustré pour enfants de l'autre. Mais c'est surtout le découpage de l'intrigue qui interpelle le plus. A plusieurs reprises, on a l'impression d'être devant un storyboard qui reprend, fidèlement, chacune des scènes du film, jusqu'à la moindre ligne de dialogue ! Beaucoup se questionnent d'ailleurs aujourd'hui sur la raison de la mystérieuse et totale disparition de cette vrai bande dessinée au profit de l'album illustré dans le commerce.


Extrait version BD du film.

Dans le milieu, il se murmure que cette version de Les 12 travaux d'Astérix fut réalisée en 1976 par Marcel Uderzo, principalement chargé à l'époque de l'encrage et la colorisation des albums classiques. Il est vrai qu'à la lecture de cette adaptation, l'oeil un peu avisé remarque de très nombreuses erreurs et approximations dans le dessin qu'Albert Uderzo n'aurait effectivement jamais faites. Ce qui prouve qu'il n'est effectivement pas l'auteur d'une partie, si ce n'est même de l'intrégalité, des 27 planches. Ce qui aurait donc précipité la disparition volontaire de cette bande dessinée. La brouille entre les deux frères au début des années 1980 expliquant aussi peut-être cela. Ceci mis à part, il est toutefois intéressant de constater que cette version de Les 12 travaux d'Astérix s'avère très fidèle au film et qu'elle comporte, probablement, les dialogues originaux des personnages avant que ceux-ci soient finalement adaptés lors du montage final.

Ceci étant dit, revenons à présent au long métrage. Incontestablement, Les 12 travaux d'Astérix est une oeuvre particulièrement inhabituelle dans la saga cinématographique du personnage, aujourd'hui encore. Le scénario du film est surtout l'occasion de proposer, sans véritable structure narrative si ce n'est d'accomplir les travaux, un ensemble d'épreuves toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Fidèle à ses thématiques, René Goscinny croque simplement l'actualité de son époque pour la précipiter dans la Gaule antique. L'année 1976 est en effet marquée par les Jeux Olympiques à Montréal, il est donc naturel de retrouver le thème du sport représenté dans plusieurs des épreuves du film. Ainsi, la toute première épreuve d'Astérix est d'affronter Mérinos, l'athlète grec champion de Marathon. Il est tout à fait vraisemblable que le scénariste ai eu également vent de l'organisation du tout premier marathon de Paris qui eu lieu la même année que la sortie du film en salle. Le seconde épreuve est le lancer de javelot, dont c'est l'une des disciplines traditionnelles des épreuves olympiques, comme c'est aussi le cas de l'épreuve de lutte avec le germain miniature. Pour le reste, René Goscinny laisse libre court à son imagination pour proposer autant d'épreuves loufoques que pleines de bons sens. On retrouve notamment l'allusion à la haute gastronomie francophone, mais avec une touche belge inégalable. L'épreuve hypnotique est certainement une caricature amusante de la programmation neuro-linguistique, alors à la mode durant les années 1970, développée par les américains John Grinder et Richard Bandler.

L'épreuve de lessive découle sans nul doute de la bataille publicitaire que se livrent les marques Bonux et Omo, dont le célèbre slogan qui lave plus blanc que blanc, même avec un noeud, inspirera aussi un sketch à Coluche quelques années plus tard. La célèbre île du plaisir est certainement puisée de l'Odyssée d'Ulysse, avec des sirènes ici représentées de manière bien plus frivole et moins mythologique, mais ne perdant pas pour autant leur faculté d'éteindre la conscience de leurs visiteurs masculins, à l'exception de l'estomac d'Obélix. Même si cela était bien moins remis en cause à cette époque contrairement à ajourd'hui, il est aussi possible que cette étrange île peuplée exclusivement de femmes soit aussi une réponse amusante aux critiques qui voulaient que Astérix et Obélix soient assexués, même si le second a déjà eu un coup de coeur pour Falbala, alors qu'ici ils succombent bel et bien tous les deux aux charmes des prêtresses de l'île.

Tout à la fin, Astérix et Obélix doivent affronter une armée de trépassés romains. René Goscinny se serait-il intéressé à la trilogie littéraire Le Seigneur des Anneaux de JRR Tolkien qui venait tout juste d'être commercialisé pour la première fois en France et qui compte justement une Armée des Morts maudite similaire ? Je dois reconnaître n'avoir aucune idée précise sur ce qui aurait pu inspirer l'épreuve du fil invisible, peut-être un rapport avec le projet de préservation américains des crocodiles en 1975 ou bien le film inachevé Le crocodile de Gérard Oury, qui sait. Plus facile à expliquer, car étant l'un des plus grands monuments romains encore debout trônant au milieu de Rome, le détournement des jeux du cirque romain pour une fête joyeuse et comique est bien évidemment une allusion au cirque moderne. L'épreuve de la bête est particulièrement amusante dans la mesure où celle-ci est une séquence sans queue ni tête (dont une apparition surprise de la vrai station de Métro Alésia), mais entièrement ancrée dans le psychédélisme des années 1970.

Mais celle qui retient évidemment le plus l'attention et qui marque encore de sa pertinence près de quarante ans après avoir été proposée en salle, c'est incontestablement l'épreuve du laisser-passer A38, une critique acide et hautement pertinente de l'invraisemblance de l'administration française. On y retrouve tout ce qui se fait de pire dans le milieu, avec une précision chirurgicale de tous ses travers que tout un chacun à au moins déjà connu, dont les inévitables clichés de certains fonctionnaires (laxistes, fainéants, lèches-botte, privilégiés, peu courtois...), mais aussi une parodie de la certification Cerfa créée en 1966 afin d'imposer une mise en forme unifiée de tous les documents administratifs français. Les 12 travaux d'Astérix maîtrise d'ailleurs très bien son sujet puisque la majorité des couleurs de formulaires évoquées par cette maison qui rend fou existent réellement : du formulaire bleu (Avis médical pour obtention du permis conduire), au formulaire violet (Accident du travail), en passant par le formulaire jaune (Déclaration de perte ou vol d'identité), le formulaire vert (Demande de passeport) et le formulaire marron (Certificat de douane), sans oublier le fameux papier rose qui correspondait à l'ancien Permis de conduire, disparu en 2013 !

Laissons à présent de côté sa qualité narrative pour s'intéresser à sa qualité artistique. Une chose est sûre, à chaque nouvel opus de la saga, la qualité d'animation fait un bond en avant. Les 12 travaux d'Astérix se place entièrement au dessus de ses deux aînés même si, admettons-le même à contrecoeur, tout n'y est pas encore parfait. Si la production de dessins est désormais passée à un minimum de 12 images par secondes (ce qui n'est pas un défaut, La belle et la bête de 1991 compte plusieurs séquences qui ne comptent pas plus d'images), il arrive encore que quelques gestes manquent de fluidité et apportent un côté un peu haché à l'animation donnant l'impression d'absence d'intervallistes sur le film, mais rien de vraiment rédhibitoire cependant. Comme ses deux aînés, et plusieurs de ses successeurs, Les 12 travaux d'Astérix compte rarement plus d'un seul personnage animé par scène. Quand ils se trouvent être plusieurs sur le premier plan, il est fréquent que l'un ou l'autre des personnages se trouve soudain figé dans l'espace temps, le temps que son comparse finisse de gesticuler pour reprendre ensuite vie. En contrepartie, Les 12 travaux d'Astérix propose un style graphique que je trouve personnellement très réussi. Le long métrage conserve tout du long un aspect crayonné du plus bel effet, que ce soit dans les arrières plans, comme sur les personnages, dont les contours nets n'ont pas été finalisés (volontairement ou par manque de temps, je l'ignore). On a ainsi régulièrement l'impression de voir l'histoire sortir tout droit de la bande dessinée.

Sur l'aspect sonore, Les 12 travaux d'Astérix repose presque exclusivement sur ses dialogues. Heureusement qu'ils sont excellents d'ailleurs, parce que les bruitages et la bande originale composée par Gérard Calvi sont finalement assez limités quand on se penche sur leur cas. Heureusement, la plupart des airs entendus dans le film apparaissent systématiquement au bon moment et la plupart font mouche. La séance d'hypnose par exemple est un excellent mélange entre la voix d'Iris semblant venir d'outre-tombe et le côté au contraire très décalé de la musique. On retient aussi avec joie la joyeuse farandole des prêtresses de l'île du plaisir, qui fait d'ailleurs penser à la séquence costumée de Fantomas avec Louis de Funès et Jean Marais, mais avec un air de Samba bien plus entraînant. Quand à la qualité du doublage, franchement, rien à dire ! Tous les comédiens s'investissent à fond dans leurs rôles respectifs, on y prend beaucoup de plaisir à les entendre.

Avec le temps, Les 12 travaux d'Astérix n'a finalement pas vraiment pris une ride. Toujours aussi amusant, toujours aussi intelligent, toujours aussi prenant. Il n'est donc pas vraiment étonnant de le retrouver régulièrement rediffusé à la télévision. Mais le film prend également un autre dimension quand on se penche sur ces diverses adaptations en bandes dessinées, notamment celle qui fut distribuée par la compagnie Chevron en Belgique, escamotée du regard de tous depuis plus de 40 ans maintenant, uniquement connus de certains connaisseurs et maintenant même de vous, sans qu'aucune raison logique ne soit connue.

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Netflix - 15 décembre 2018
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21 février 2020 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1976)

Astérix : Roger Carel 1

Caius Puppus : Roger Carel 1

Idéfix : Roger Carel 1

Vulcain : Roger Carel 1

Obélix : Jacques Morel 1

Abraracourcix : Pierre Tornade 1

César : Jean Martinelli 1

Jupiter : Jean Martinelli 1

La grande prêtresse : Micheline Dax 1

Cléopatre : Micheline Dax 1

Panoramix : Henri Virlogeux 1

Iris : Henri Virlogeux 1

Bonemine : Nicole Nervil 1

Cylindric : Roger Lumont 1

Un légionnaire : Roger Lumont 1

Manneken Pis : Stéphane Steeman 1

Cetautomatix : Georges Atlas 1

Le centurion fantôme : Georges Atlas 1

Mars : Georges Atlas 1

Le vénérable du sommet : Gérard Hernandez 1

Le décurion : Jacques Hilling 1

Le gardien du cirque : Jacques Hilling 1

Le centurion : Henri Poirier 1

Le préfet : Bernard Lavalette 1

L'huissier de la maison qui rend fou : Henri Labussière 1

La guichetière bavarde : Odette Laure 1

Le chef indien : Claude Dasset 1

Le fonctionnaire sur la balançoire : Claude Dasset 1

Premier conseiller : Pascal Mazzotti 1

Deuxième conseiller : Claude Bertrand 1

Un conseiller : Roger Carel 1

Un conseiller : Gérard Hernandez 1

Vénus : Monique Thubert 1

Le perroquet : Jean Stout 1

Le narrateur : Pierre Tchernia 1

Voix additionnnelles : Caroline Clerc 1 , Gisèle Grimm 1 , Nicole Jonesco 1 , Mary Mongourdin 1