Les aventures de Winnie l'ourson : Quelques informations

En se basant sur le registre d'immatriculation des oeuvres audiovisuelles recevant un visa d'exploitation en salle, il semble aujourd'hui évident que Les aventures de Winnie l'ourson n'a jamais été projeté au cinéma sous la forme d'un long métrage en France puisqu'il ne possède pas ce précieux sésame d'homologation indispensable à une projection sur le territoire français (hors festivals). J'ignore donc aujourd'hui d'où peut donc provenir cette date du 3 juin 1977 largement répandue sur de nombreux sites Internet. Concernant une sortie au Québec, il n'existe aujourd'hui aucune source la mentionnant. Seule certitude, le film y est nommé Les merveilles aventures de Winnie l'ourson.

A contrario, les trois moyens métrages ont bel et bien été diffusés séparément en France. Winnie l'ourson (ultérieurement rebaptisé Winnie l'ourson et l'arbre à miel) était projeté en avant programme de Quatre bassets pour un danois dès le 22 mars 1967, Winnie l'ourson dans le vent a été projeté le 20 mars 1970, sans doute en avant programme d'une oeuvre compilation typique de cette époque dont j'ignore aujourd'hui le titre, tandis que Winnie l'ourson et le tigre fou a lui été projeté en avant programme de la reprise de Les trois caballeros, le 29 mars 1978.

Techniquement, il n'existe donc pas de "véritable" premier doublage de Les aventures de Winnie l'ourson. Le film, en son complet, ne fut véritablement doublé intégralement qu'une seule fois, pour sa sortie en vidéo en 1997 en France. Le doublage "original" inclus dans toutes les éditions vidéos récentes résulte, en réalité, d'un assemblage des trois doublages français des courts métrages autonomes, complétés par des ajouts tardifs utilisés lors des diffusions télévisées et, plus étonnant, d'emprunts au doublage de 1997 pour certains petites transitions. Du coup, j'ai volontairement abandonné les notions de "premier doublage" et "second doublage" pour la voxographie proposée dans cette fiche même si, dans le principe, c'est tout à fait juste de s'en servir pour marquer la distinction.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

Découvrez les récits féeriques qui ont donné naissance à la tradition de Winnie l'ourson. Ces histoires magnifiques - L'Arbre à Miel, Dans le Vent et Le Tigre Fou - regorgent d'aventures mémorables de Winnie - la première rencontre de Tigrou et Winnie, Winnie qui se réfugie dans la maison de Lapin parce qu'il n'a pas mangé assez de miel ou encore une journée hilarante dans la tempête marquée par la folle effervescence de tous les personnages.

Analyse de l'oeuvre 4
4 5

Lorsque Walt Disney récupère les droits d'adaptation des personnages créés dans un classique de la littérature enfantine écrit par Alan Alexander Milne en 1924, sous prétexte que ses filles adoraient les aventures de l'ourson lues par leur mère et lui-même chaque soir avant de s'endormir, il est évident qu'il ne mesure pas l'immense franchise que Winnie l'ourson allait devenir par son intermédiaire. L'empire Disney étant immensément habile à se réapproprier avec brio l'aura des oeuvres qu'il adapte, au point de quasiment toujours parvenir à occulter les véritables origines des personnages et d'en réécrire, à son avantage, leurs nouvelles origines dans la conscience collective, Walt Disney tient là une véritable poule aux oeufs d'or sans qu'il ne puisse, sans nul doute, jamais imaginer la portée qu'aura son influence sur l'ourson et ses comparses de la Forêt des Rêves Bleus ! Mais Walt Disney est intuitif, il sait déjà que Winnie l'ourson fonctionnera au format long métrage. Il demande alors à ses équipes de plancher sur une adaptation pour en faire un film dans la même tradition que ses illustres ainés. Il n'empêche, Winnie l'ourson est à la base un personnage britannique. Alice au pays des merveilles, passé par là quelques années plus tôt, se rappelle aux mauvais souvenirs du groupe Disney. Le film fut assassiné par la presse britannique lors de sa sortie en salle, au point que Walt Disney finira par renier complètement son propre film. Il fallait absolument réserver un autre accueil à Winnie l'ourson.

Alors que ses équipes s'affairent de longs mois durant, imaginant notamment que l'histoire du long métrage devrait être scindée en trois parties distinctes afin de rendre celle-ci plus efficace, Walt Disney prend une décision pour le peu radicale. Il informe ses équipes d'animateurs qu'il serait finalement préférable de confiner, dans un premier temps tout du moins, les aventures de Winnie à un format moyen métrage. Une sorte de galop d'essai, destiné à tester les réactions du public américain. Malheureusement, par un mauvais coup du destin, cette décision scellera à jamais la possibilité de voir Les aventures de Winnie l'ourson tel qu'il avait imaginé enfin porté à l'écran. Walt Disney ne put malheureusement assister qu'au modeste succès d'estime du premier moyen métrage de son vivant, sobrement intitulé Winnie l'ourson tout court en France. Quand Walt Disney prend cette décision, seuls les deux tiers du long métrage en devenir sont déjà plus ou moins planifiés. Mais c'est bien évidemment la première des deux parties qui va faire l'objet de toutes les attentions. Et, comme à ses habitudes, le groupe Disney va s'efforcer de concilier une forme de fidélité à l'oeuvre d'Alan Alexander Milne, tout en débroussaillant le concept afin de le faire entrer dans le moule Disney.

Première étape, le futur Les aventures de Winnie l'ourson nécessite de redéfinir entièrement les personnages. Si leurs personnalités respectives semblent relativement proches de celles que l'on trouve dans les contes de Alan Alexander Milne, tous les personnages subissent une profonde refonte psychologique. Sans que je sois qualifié d'un diplôme dans l'enseignement médical et mental, si l'on creuse un petit peu sous la surface des choses, il m'est tout de même possible d'affirmer qu'il y a en eux une réalité cachée. Une réalité qui est dissimulée dans les personnages re-définis pour les besoins de la version Disney. Ainsi, tous les personnages de la Forêt des Rêves Bleus semblent tout droit sorti d'un trouble dissociatif d'identité de Jean-Christophe. Chacun d'eux n'est rien de plus qu'une facette spécifique du jeune garçon et, par extension, de celle de tous les enfants qui regardent le film. Winnie retient le côté naïf et gourmand, Porcinet évoque les troubles et les frayeurs enfantines, Coco Lapin propose les prémices d'une forme d'intellect et d'inventivité, Tigrou n'est rien d'autre que l'aspect aventureux et excentrique, Bourriquet symbolise l'introversion et la timidité, Maître Hibou caricature l'autorité parentale et ses règles assommantes, Maman Gourou est la figure attentionné et aimante, tandis que Petit Gourou n'est rien de plus que l'avatar de Jean-Christophe lui-même. Dans les grandes lignes, la version Disney n'a pas vraiment tort dans ses choix, puisque n'oublions pas que tout ce qui se passe dans la Forêt des Rêves Bleus n'a lieu que dans la tête du jeune garçon.

Deuxième étape, Les aventures de Winnie l'ourson subissent un reformatage graphique qui se veut à la fois proche d'un véritable livre illustré mais aussi typiquement caractéristique du savoir faire Disney. A commencer bien évidemment par la vedette principale, Winnie, qui prend un peu de poids (vu son addiction au miel, ça peut se comprendre) et se trouve désormais affublé d'un pullover rouge, qui fait évidemment scandale Outre-Manche ! Mais là encore, la machine commerciale Disney fonctionne parfaitement et il faut reconnaître que les choix opérés sont globalement tous très bons. A la rigueur, trouvons à redire sur ce regard éteint, dépourvus de pupille et donc d'un semblant d'âme, de Jean-Christophe et des deux membres de la famille Roo. Fort heureusement leurs rôles sont limités. Concernant les décors, Les aventures de Winnie l'ourson propose un entre-deux plutôt joli. Les décors et les personnages ont des contours crayonnés et des couleurs pastels qui sied à merveille à ce que l'on s'attend à voir de personnages issus de livres illustrés pour enfants. Par contre, je dois admettre ne pas du tout apprécier le choix des transitions narratives contenant du texte, exclusivement écrites en anglais par ailleurs, qui rendent l'enchaînement des scènes très mollasson.

Troisième et dernière étape, les studios Disney rajoute tout bonnement des chansons. Ce sont les Frères Sherman qui, ayant déjà longuement travaillé en collaboration étroite avec les films Disney, sont chargés de composer les principaux morceaux musicaux du film. Il ne s'agit donc pas d'illustres inconnus, au contrairement même. C'est notamment à eux que l'on doit de subir l'une des plus entêtantes, des plus obsédantes et des plus contagieuses chansons jamais enregistrées, le célèbre It's a small world ! Oui, je sais, je suis désolé, vous voilà maintenant piégé avec cet air dans la tête. Mais mon choix d'exemple n'est pas anodin ! Le titre It's a small world, créé spécialement pour l'exposition universelle de 1964, et les dix chansons que compte Les aventures de Winnie l'ourson sont finalement contemporaines. En écoutant plus attentivement, on y retrouve donc exactement les mêmes mécaniques et sonorités, chaque morceau et chansons parvenant, dès la première écoute, à rester inexorablement gravé à jamais dans notre mémoire (y compris ce morceau psychédélique placé au milieu et dont on se demande à quoi carburaient les Frères Sherman quand ils l'ont écrite !). Pour faire le test, si je me mets à fredonner "Winnie l'ourson, Winnie l'ourson, tout petit, tout doux, tout rond et tout mignon...", je suis prêt à parier que vous saurez tout de suite compléter la chanson ! C'est d'ailleurs là que cloche cette mauvaise idée d'avoir reprit le premier doublage du moyen métrage qui est, à ce jour, le seul à ne finalement pas être cohérent par rapport aux multiples déclinaisons qui ont existé de ce morceau ces trois dernières décennies.

Bien que les trois aventures de Les aventures de Winnie l'ourson soient nées en trois parties distinctes et proposées au public à plusieurs années d'intervalle, il faut admettre que les avoir rassemblées était une idée fort judicieuse. Il est indéniable qu'il est bien plus agréable de les découvrir ainsi, par ordre chronologique, que de les regarder séparément même si le défilement des pages et l'intervention omniprésente du narrateur pèsent sur l'ensemble. Cela permet d'introduire progressivement chacun des personnages de la Forêt des Rêves Bleus qui repartent ainsi, chacun leur tour, avec leur moment de gloire à l'écran. De plus, Les aventures de Winnie l'ourson est également l'une de ses rares oeuvres charmantes, reposantes et sans prise de tête qui ne comporte même pas d'antagoniste. Il n'est donc pas vraiment étonnant qu'après toutes ses années, la marque Disney a fait de Winnie un symbole marketing spécialement adressé aux tous petits. Un bien pour un mal cependant car, désormais, malgré leur immense sympathie, Winnie et ses comparses sont désormais définitivement associés à la petite enfance. Disney France ne sachant même plus comment promouvoir le mythe, n'imaginant même pas que Winnie pourrait aussi plaire... aux adultes. Car oui, il y en a beaucoup plus que l'on ne croit !

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Voxographie sélective

Winnie l'ourson / Winnie l'ourson et l'arbre à miel
Doublage français d'origine du moyen métrage (1967)

Winnie l'Ourson : Roger Carel 1

Jean-Christophe : Benjamin Boda 1

Coco Lapin : Roger Carel 1

Grignotin : Jo Charrier 2

Maître Hibou : Henry Djanik 1

Bourriquet : Pierre Marret 2

Narrateur : Michel Gudin 3

Choriste : Pierre Marret 2

Winnie l'ourson dans le vent
Doublage français d'origine du moyen métrage (1970)

Winnie l'Ourson : Roger Carel 1

Jean-Christophe : Gaston Guez 2

Tigre Dingo : Jacques Hilling 2

Coco Lapin : Roger Carel 1

Porcinet : Roger Carel 1

Grignotin : Jo Charrier 2

Maître Hibou : Henry Djanik 1

Bourriquet : Pierre Marret 2

Narrateur : Michel Gudin 3

Choristes : Anne Germain 2 , José Germain 2

Winnie l'ourson et le tigre fou
Doublage français d'origine du moyen métrage (1975)

Winnie l'Ourson : Roger Carel 1

Jean-Christophe : Christophe Bruno 1

Tigrou : Christian Marin 2 (Dialogues)

Tigrou : Jacques Hilling 2 (Chant, il s'agit d'un repiquage audio du moyen métrage précédent)

Coco Lapin : Roger Carel 1

Porcinet : Roger Carel 1

Narrateur : Michel Gudin 3

Les aventures de Winnie l'ourson
Doublage français intégral en tant que long métrage (1997)

Winnie l'Ourson : Roger Carel 1

Jean-Christophe : Jackie Berger 1

Tigrou : Patrick Préjean 1

Coco Lapin : Roger Carel 1

Porcinet : Roger Carel 1

Grignotin : Guy Piérauld 1

Maître Hibou : Henry Djanik 1

Bourriquet : Henry Djanik 1

Maman Gourou : Claude Chantal 1

Petit Gourou : Jackie Berger 1

Narrateur : Patrice Baudrier 1

Choristes : Georges Costa 2 , Michel Costa 2, Jean-Claude Briodin 2, Jean Stout 2, Dominique Poulain 2