Mélodie cocktail / Le temps d'une mélodie / La foire aux chansons : Quelques informations

Nous sommes en 1947. Contenant 7 séquences, Mélodie cocktail a longtemps été inédit en France en vidéo. Une nouvelle fois la logique de la collection numérotée française est brisée, car le film est sorti le 28 février 1951 en France, alors que Cendrillon l'a précédé le 1er décembre 1950 !

Le film a fait l'objet de deux doublages français différents, mais il ne possède aucun doublage québécois. A noter que le film est intitulé là-bas Le temps d'une mélodie, tandis qu'en Belgique il porta un temps le nom de La foire aux chansons. Enfin, en France, il se nommait autrefois Mélody cocktail avant que son titre ne soit finalement francisé.

Sur les DVD aux États-Unis, ainsi que sur les VHS européennes, le film a été censuré. A plusieurs reprises dans la version originale, Pecos Bill fume ou tient une cigarette à la main. Toute présence du tabac a été supprimé du film, par la "magie" du nettoyage numérique, rendant certaines scènes totalement absurdes (Comme celle en photo, où Pecos Bill se roule une cigarette imaginaire dans la version censurée). La version européenne du DVD offre cependant le film dans sa version intégrale. Pourquoi ce film a-t-il été modifié ? Pourtant Pinocchio fume bien un cigare et la chenille fume également dans Alice au pays des merveilles. Seront-ils les prochaines cibles de la censure ?

Après avoir "dérangé" Donald dans Les trois caballeros, José Cariota revient s'amuser encore une fois dans l'une des séquences du film. Ce sera d'ailleurs loin d'être la dernière fois. La popularité du personnage incitera les animateurs à réintégrer le personnage dans des courts métrages, toujours avec Donald d'ailleurs, mais il aura aussi une grande carrière dans la bande dessinée.

Résumé

Voyagez à travers sept tableaux hétéroclytes, assistez à une expérience musicale exceptionnelle, revivez les grands épopées américaines, vibrez avec un charmant petit bourdon, succombez à la poésie et, surtout, laissez vous entrainer par Donald et José Cariota !

Avis personnel

Mélodie cocktail est l'oeuvre pivot de la décennie des années 1940. Avant-dernière compilation produite par les Walt Disney Animation Studios, le film regroupe sept séquences animées faisant en quelque sorte l'apologie de la propagande américaine, à travers leurs histoires et leurs légendes populaires. Sans aucune doute, c'est la compilation la plus homogène dans les grandes lignes et la plus agréable de toutes : à la fois simple et complète, amusante et fascinante, drôle et sérieuse, le film se laisse regarder sans trop de soucis. Son seul défaut ? Mélodie cocktail ne laisse pas un souvenir impérissable et s'oublie très vite une fois visionné.

Ce n'est pas vraiment la faute de l'animation, moins inspirée que les premiers longs métrages, ni même celle de la musique résolument entraînante. Non, ce qui cloche surtout dans Mélodie cocktail, c'est ce détachement qu'éprouve le spectateur avec le film. Rien ne lui permet de s'impliquer émotionnellement avec lui. Cela reste surtout une succession de « fresques » évoquant les grandes saisons dans une sorte d'exercice de style, afin d'occuper les artistes du studios en attendant la fin de la guerre.

Le film s'ouvre ainsi sur une belle carte postale hivernale intitulée C'est un Souvenir de Décembre. Depuis son vieux manoir, la vue d'une photographie fait resurgir les souvenirs d'un jeune couple parti faire une agréable balade en traîneau. Même si on ne les perçoit jamais, on se doute que c'est ce même couple alors plus âgé qui se remémore cet agréable souvenir où leur amour s'est renforcé alors qu'il a faillit se briser. A côté des tribulations de ce jeune couple, nous retrouvons également un duo improbable de lapins qui vont vivre étape par étape les mêmes mésaventures. Une manière comme un autre de toucher les spectateurs enfants que leurs parents. On notera que les personnages ont des traits caricaturaux, très loin de l'aspect réaliste des premiers longs métrages.

S'ensuit alors la séquence la plus surréaliste, mais la plus jouissive de l'oeuvre : Bumble Boogie. Ce segment du film, extrêmement court, se veut intense et inventif au possible. Nous suivons les mesaventures d'un pauvre bourdon, piégé par un environnement musical, sur la musique « réinventée » du Vol du bourdon de Nikolaï Rimski-Korsakov. Summum de la synchronisation musicale et visuelle, Bumble Boogie est un segment énergique, à la fois drôle et superbement réalisé. On notera avec étonnement que ce segment du film fut proposé dans sa première version française dépourvu de tout dialogue dans sa partie narrative au début. Ce sera toutefois corrigé lors du redoublage du film en 1998.

Pour son troisième conte, l'un des plus longs segments avec ces 16 minutes, Mélodie cocktail nous propose la légende de Johnny Pépin-de-Pomme - de son vrai nom John Chapman, qui aurait passé sa vie au 18e siècle à planter des pommiers partout où il allait - dans une vision très « biblique ». C'est en effet un ange qui va lui apparaître et lui insuffler l'inspiration. Il passe dès lors sa vie comme un missionnaire dévoué par tous les temps à prêcher la bonne parole écologique, pour finir canonisé à la fin. Hormis le caractère « divin » inévitable du segment, Johnny Pépin-de-Pomme reste avant tout une histoire profondément narrative qui ne touche pas, tout du moins très peu, le public européen du fait de l'absence de ce personnage dans le folklore local.

Mélodie cocktail revient à une narration plus enfantine avec son quatrième segment Petit Toot. Ce court métrage est l'occasion de revoir des objets inanimés prendre vie dans un long métrage des studios, à l'image de Casey Jr dans Dumbo, Pedro dans Saludos amigos ou encore des deux chapeaux de La boite à musique. L'histoire aborde une morale très, voire trop, simpliste qui ne parvient pas à accaparer l'attention du public, encore moins des enfants pourtant la cible prioritaire de ce segment. Petit Toot reste avant tout un court métrage conventionnel sans prétention aucune.

Le film s'adonne à la poésie pour son cinquième segment nommé A la gloire d'un arbre. Réponse indirecte à Johnny Pépin-de-Pomme, c'est un court métrage calme et contemplatif à l'image de Bayou bleu de La boite à musique. A la gloire d'un arbre ne révolutionne pas l'art des studios Disney, qui se contente d'exploiter ici des techniques déjà employées sur Bambi, jusqu'à y faire figurer quelques uns de ses personnages d'arrière plan.

C'est la faute de la samba, sixième et avant dernier segment du film, renoue avec le délire de Les trois caballeros, reprenant d'ailleurs plusieurs personnages emblématiques : Donald, José Carioca et surtout l'insupportable mais adorable Aracuan ! Bien que le segment sente le réchauffé à tous les niveaux, en employant la même logique, le même style et la même combinaison animé / prises de vue réelles que dans Les trois caballeros, C'est la faute de la samba reste un segment agréable à suivre tant il reste amusant à regarder.

Mélodie cocktail se conclut par un très long segment, à nouveau consacré à une figure américaine avec La légende Pecos Bill. Ce moyen-métrage tranche assurément avec le reste de la compilation de part son approche très « Tex Avery », proposant un aspect très cartoon rappelant Les Martin et les Blaise. Tourné telle une comédie, La légende Pecos Bill fait surtout sourire, plus qu'elle ne fait rire, de la caricature de ces personnages. L'héroïne de ce segment marque toutefois une vrai rupture dans les personnages féminins de Disney, en étant une femme forte, non soumise et à la carrure digne d'un homme. Ceci sans pour autant dénier sa féminité ! La légende Pecos Bill est cependant pénalisé par les intrusions de séquences de prises de vue réelles qui gâchent considérablement le segment, le rendant beaucoup trop infantilisant et en contradiction avec les allusions purement sexuelles dont regorge ce moyen métrage.

Au final, Mélodie cocktail reste une compilation à la fois intéressante et dispensable. Ni bon, ni mauvais, le film reste relativement homogène en peignant divers tableaux évoquant le printemps, l'été, l'automne et l'hivers, tout en étant hétérogène sur chacun de ses segments. S'il se laisse suivre sans trop de problème, ne vous attendez cependant pas à ressortir grandi après l'avoir visionné. Avant tout un divertissement visuel et auditif, Mélodie cocktail a bien du mal à tenir la dragée haute face aux longs métrages bien plus ambitieux et aboutis qui l'ont précédés, ni même face à nombres de films qui lui ont succédés. C'est donc surtout un film sympathique à garder dans sa collection et à ressortir de temps en temps afin de s'en remémorer son contenu.

31 août 2012 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1951)

Le temps d'une mélodie : Bob Jacqmain et ses voix du rythme 1 (Chant)

C'est un souvenir de décembre : Renée Lebas 1 (Chant)

? : Claude Robin 1

Chanteur : Jean Raphaël 1 (Johnny pépin de pomme)

Ange Gardien : Maurice Nasil 3 (Johnny-Pépin-de-Pomme)

Narrateur : René-Marc 3 (Johnny-Pépin-de-Pomme)

Chanteur : Jean Sablon 2 (La légende de Pecos Bill)

Seconde version française (1998)

Introduction

Le temps d'une mélodie : Michel Barouille 4 (Chant)

Narrateur : Renaud Marx 4

C'est un souvenir de décembre

Narrateur : Georges Caudron 4

Chanteuse principale : Marie Myriam 4

Solistes : Dominique Poulain5, Georges Costa5 et Jean Stout 5

Freddy Martin

Narrateur : Francois Berland 4

Johnny-Pépin-de-Pomme

Narrateur: Francois Berland 4

Vieux Pionnier: Pierre Dourlens 4

Johnny: Hervé Rey 4

Ange Gardien: Bernard Alane 4

Chanteur: Michel Costa 4

Petit Toot

Chanteuse : Graziella Madrigal 4

A la gloire d'un arbre

Narrateur : Pierre Laurent 4

C'est la faute de la samba

Narrateur: Francois Berland 4

La légende de Pecos Bill

Narrateur : Francois Berland 4

Chanteur: Olivier Constantin 4

Roger: Guy Chapelier 4

Cowboy 1: Bernard Métraux 4

Cowboy 2: Jean-Louis Faure 4

Cowboy 3: Pierre Laurent 4

Bobby Driscoll: Elliot Weill 4

Luana Patten: Manon Azem 4

Choeurs: Jean-Claude Briodin4, Francine Chantereau4, Olivier Constantin4, Georges Costa4, Michel Costa4, Martine Latorre4, Graziella Madrigal4, Dominique Poulain4 et Jean Stout4