Les aventures de Tintin, d'après Hergé - L'Île Noire

Quelques informations

L'Île Noire est le cinquième et avant-dernier feuilleton télévisé diffusé en France dans le cadre de Les aventures de Tintin, d'après Hergé durant les années 1960.

A l'origine, L'Île Noire comptait 12 épisodes qui ont été réunis dans une compilation VHS de 40mn durant les années 1980. Depuis, cette aventure animée, comme l'ensemble de la série, n'ont plus été commercialisées.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

Tintin, en ballade avec Haddock, Tournesol et Milou, aperçoit un petit avion de tourisme dont une avarie mécanique le contraint à atterrir dans le champ voisin. Intrigué que celui-ci ne porte aucune immatriculation, le jeune reporter s'approche afin de proposer son aide, mais reçoit une balle pour seule réponse. Légèrement blessé, il reçoit la visite à l'hôpital des Dupondt qui lui apprennent qu'un avion de tourisme non immatriculé s'est écrasé dans le Sussex. Il n'en faut pas plus pour faire sortir Tintin de son lit et mener l'enquête...

Analyse de l'oeuvre 4
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L'Île Noire fait figure de grande exception dans l'univers d'Hergé puisque la septième aventure de Tintin existe, à ce jour, dans quatre versions différentes ! Lors de sa toute première apparition, cette nouvelle aventure du personnage à la houpette paraît sous la forme d'un feuilleton hebdomadaire dans Le Petit Vingtième à partir du 15 avril 1937. Suivant l'évolution technologique de la presse de l'époque, la première partie de l'aventure est d'abord proposée entièrement en noir et blanc, comme c'était déjà le cas des aventures précédentes du personnage. Pour autant, durant l'année 1937, les lecteurs ont ensuite le plaisir de découvrir les dessins enrichis de trames grises, apportant un peu plus de profondeur à l'aventure. Mais c'est à compter du numéro 48 de Le Petit Vingtième daté du 7 décembre 1937 que les lecteurs découvrent pour la toute première fois une aventure de Tintin entièrement en couleurs, en bichromie puis trichromie, jusqu'à la fin de la publication le 16 juin 1938. Pour autant, lorsque Casterman décide de commercialiser L'Île Noire sous la forme d'un album classique, l'éditeur n'est pas encore équipé pour le réaliser en couleurs. Il ne publie l'aventure qu'exclusivement en noir et blanc en novembre 1938. En a peine deux ans d'existence, L'Île Noire a donc déjà connu deux versions différentes. En 1941, la société Casterman achète une toute nouvelle machine offset capable de produire des albums en couleurs. Très vite, Louis Casterman demande à Hergé de considérer la mise en couleurs de toutes les aventures de Tintin publiées jusque là.

Après avoir longuement hésité devant l'ampleur de la tâche, Hergé se laisse convaincre, mais il doit mettre en place une équipe spécialisée dans la refonte de ces albums. Parmi eux, on trouve son épouse Germaine, mais également un certain Edgar P. Jacobs amené, quelques années plus tard, à créer la célèbre saga Blake et Mortimer. Sur une période de deux ans, de 1942 à 1943, L'Île Noire est le sixième album qui est entièrement colorisé, après Tintin au Congo, Tintin en Amérique, Les Cigares du pharaon, Le Lotus bleu et L'Oreille cassée, Hergé refusant de retravailler Tintin au pays des soviets qu'il considère désormais comme une erreur de jeunesse. Si la nouvelle version couleur de l'aventure suit presque scrupuleusement la version originale, Hergé modifie cependant quelques cases, soit pour fluidifier le récit, soit pour respecter le cahier des charges imposant qu'une aventure de Tintin ne pouvait dépasser 62 planches pour pouvoir être publiée par Casterman.

Avec cette troisième version de l'aventure, les choses auraient pu s'arrêter là. Tout du moins si l'éditeur anglais Methuen ne s'en était pas mêlé. Très tatillon sur le contenu des oeuvres de Hergé, l'éditeur impose notamment des changements sur L'Étoile mystérieuse et Le Crabe aux pinces d'or. Refusant de le publier tel quel, il va même jusqu'à recenser pas moins de 131 erreurs sur le peuple britannique pour L'Île Noire en 1965. En réponse, Hergé décide de confier à Bob de Moor de redessiner entièrement l'album qui paraît dans le commerce en 1966. C'est cette quatrième et ultime version qui a traversé les décennies et reste aujourd'hui toujours la seule trouvable dans le commerce, sauf rares exceptions (Par exemple, la version noir et blanc et la première version couleurs ont été proposées temporairement dans le cadre des Archives Tintin de la collection Atlas en 2010 et 2014, la version originelle de Le Petit Vingtième restant toujours inédite).

Dans l'intervalle, la série animée Les aventures de Tintin, d'après Hergé continue tout doucement son petit bonhomme de chemin sur les écrans de télévision. L'Île Noire n'échappe donc pas au petit jeu de l'adaptation. Pour autant, bien que la refonte complète de l'album sur les exigences de l'éditeur britannique sont encore loin d'être concrétisées, le réalisateur Ray Goossens est vraisemblablement le premier à avoir considérablement modernisée l'aventure, quelques années seulement avant la refonte complète de l'album. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la version animée de L'Île Noire s'avère être très sympathique dans son approche, probablement l'une des meilleures adaptations proposées jusque là. Car, cette fois, malgré les grosses variations habituelles concoctées par Ray Goossens, les diverses modifications du récit font sens, tout en faisant en sorte de conserver chaque élément clé de l'album dessiné par Hergé.

Parmi les changements majeurs opérés, l'action du récit se trouve désormais ancrée en plein dans les années 1960, là où l'album remontait à trois décennies plus tôt. L'Île Noire épouse la plupart des codes du cinéma d'espionnage de l'époque, sans pour autant complètement dénaturer l'aventure initiale. Mieux, Ray Goossens parvient pour la première fois à trouver un joli équilibre entre les phases d'action, l'humour (servis principalement par les Dupondt), les rebondissements et une enquête rondement menée. Pour une fois, aucune des quarantes minutes constituant le feuilleton télévisé ne sont même gaspillées, preuve en est que Les aventures de Tintin, d'après Hergé s'améliore petit à petit.

Il faut d'ailleurs reconnaître que cette version animée de L'Île Noire s'avère vraiment très cocasse. Certaines scènes, déjà plutôt absurdes dans l'album, se montrent tellement improbables à l'écran que l'on sourit inévitablement dès qu'on les voit apparaître. Les Dupondt qui se menottent eux-mêmes, ou qui glissent de manière bien peu gracieuse sur un savon, ça vaut vraiment son pesant de cacahuètes Dans son approche, le scénario de ce feuilleton télévisé est probablement celui qui se rapproche le plus de l'esprit Hergé, c'est à dire que l'histoire prend systématiquement diverses tournures imprévisibles, aboutissant finalement à la découverte d'un sombre complot. Dans le cas présent, il s'agit évidemment de l'arrestation d'une bande de faux monnayeurs, alors que rien ne le laissait penser au tout début quand un mystérieux avion s'était posé suite à une bête avarie de moteur.

C'est d'ailleurs la réaction disproportionnée des malfrats tirant sur Tintin sans véritable raison qui le conduise à les traquer ensuite inlassablement, Tintin étant évidemment atteint d'une curiosité insatiable, voire maladive, depuis toujours. Autre différence notable par rapport aux albums, Tintin est ici rejoint dans son aventure par Haddock, qui a tendance a parfois jouer les pitres dont une scène, qui relève de la pure pirouette narrative, permet de temporairement écarter le personnage de l'aventure, tout ça pour mieux le retrouver en Ecosse un peu plus tard, sans explication aucune. Mais qu'importe, plus c'est gros, plus ça passe. Les Dupondt, quand à eux, poursuivent quasiment Tintin durant tout le récit, se faisant évidemment berner par Tintin, mais surtout par leur légendaire bêtise. On relèvera aussi la courte apparition du professeur Tournesol, qui disparaît cependant totalement du paysage passé l'introduction.

En fin de compte, cette première version "modernisée" de L'Île Noire, parue juste avant la refonte complète de l'album, s'avère finalement très sympathique à regarder. Bien qu'elle soit très différence de ce que Hergé avait proposé, aussi bien en 1938, en 1943 qu'en 1966, elle en garde les grandes thématiques pour mieux se les approprier de manière cohérente. Evidemment, l'aventure s'avère aujourd'hui très fanée, car elle est totalement ancrée dans les années 1960, de forme comme de fond. Toutefois, elle s'avère rafraîchissante en proposant une relecture astucieuse de l'album dont elle s'inspire.

Social eXpérience

31 janvier 2020 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1963)

Tintin : Georges Poujouly 1

Capitaine Haddock : Jean Clarieux 1

Professeur Tournesol : Robert Vattier 1

Dupondt : Hubert Deschamps 1

Narrateur : Roland Ménard 1