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Studio Dada Show
The Fake

The Fake est un long métrage d'animation sud-coréen présenté en avant-première mondiale lors du festival international du film de Toronto 2013, mais qui n'a été distribué en France en vidéo qu'à partir du 09 mai 2018, en version originale sous-titrée. Il y est interdit aux moins de 12 ans. Le film n'est pas distribué au Québec, ni sur le reste du continent américain.

L'intrigue

Les habitants d'un village voué à disparaître en raison de la construction d'un barrage, s'apprêtent à partir avec une compensation offerte pour leur délocalisation. Se faisant passer pour un prophète, Choi, un homme d'affaires charismatique et Sung le nouveau pasteur, parviennent à convaincre les villageois de verser leurs indemnités de relogement à la construction d'une chapelle. De retour, Min-chul, un bon à rien violent et agressif vole les économies de sa fille et part s'offrir une soirée de vices qui le mène rapidement à une confrontation avec Choi, puis au poste de police. Sur une affiche illustrant des individus recherchés pour fraudes, il croit reconnaître l'homme d'affaires...

Analyse de l'oeuvre

Cela va faire bientôt deux années que je me suis laissé séduire par la vague de fictions sud-coréennes. D'une part parce que j'avais vraiment envie de changement, j'estime avoir fait le tour de la fiction américaine au point de m'en lasser complètement, d'autre part parce que le peu découvert de la fiction coréenne au départ m'a laissé une très agréable impression, notamment pour les dramas dont le format court évite énormément la lassitude contrairement à une série américaine qui n'en finit jamais et se perd en chemin. Les récits coréens ont également une approche très différente du modèle occidental, sans que l'on s'y perde cependant, avec une narration plus poussée généralement tournée vers l'émotion, un aspect plus folklorique dans sa relecture de mythes et légendes contemporaines (Asiatiques principalement, mais pas seulement), des acteurs souvent décomplexés dont le plaisir de jouer est souvent communicatif et, paradoxalement, des histoires parfois noires, violentes et sans aucune concession généralement contrebalancées par un humour bon enfant que certains n'apprécient pas toujours. Si j'en suis arrivé à m'intéresser à The Fake, c'est d'abord parce que j'ai récemment vu Save Me qui s'inspire de la même base narrative.

Ainsi ce drama raconte la descente aux enfers d'une famille ordinaire qui, grugée par un placement douteux, se retrouve embrigadée dans une communauté sectaire. Tour à tour, chacun des membres de la famille tombe dans le piège de la bonté apparente de cette communauté, à l'exception de la fille aînée qui flaire dès le début l'embrouille. Mais elles n'osent s'opposer à ses parents, d'autant que rien ne permet de prouver les machinations du pasteur. Quand un drame survient, elle appelle alors à l'aide (d'où le titre de la fiction) mais la seule personne capable de l'aider lui tourne finalement le dos et, malheureusement, personne dans le village ne va croire à ses allégations, y compris la police locale. Elle va alors devoir lutter par elle-même, éviter de sombrer dans la folie et manigancer un plan qu'elle mettra en oeuvre avec la première personne qui lui tendra finalement la main. Ensuite, si je me suis également intéressé à The Fake, c'est également parce que son réalisateur n'est autre que Yeon Sang-Ho dont son premier long métrage fut exploité en salle en France, doublé en français qui plus est, Dernier train pour Busan où une cohorte de zombis se trouvent confinés dans un train à grande vitesse. L'approche du genre n'est certe pas nouvelle, puisque cela fleure bon la série B, mais l'expérience s'avère très amusante à voir. The Fake est ainsi son second long métrage d'animation, le premier étant King of Pigs en 2011, et le troisième Seoul Station en 2016 qui constitue une préquelle à son film live.

Autant le dire tout de suite, The Fake n'est certainement pas la meilleure approche pour entrer dans le cinéma d'animation sud-coréen à moins d'avoir déjà un minimum de connaissance sur la façon dont ils racontent une histoire. Or, The Fake n'est clairement pas un film d'animation à mettre entre toutes les mains, il est même plutôt réservé à un public averti de par la noirceur et la violence qui s'en dégagent. Si j'ai jeté mon dévolu sur ce film, c'est vraiment par pur hasard, ne sachant pas par quel bout le prendre avant de le découvrir. Le problème étant que le monde du cinéma d'animation sud-coréen est un genre plutôt fermé et quasi-inexistant dans le monde. Cela semble particulièrement contradictoire quand on sait que les animateurs coréens sont omniprésents dans la fiction occidentale (Disney sous-traite par exemple depuis des décennies ses séries animées en Corée du sud, le remake de La bande à Picsou est son plus récent représentant), pourtant, c'est un fait, contrairement à ses voisins asiatiques, notamment l'écrasant voisin japonais, mais aussi le réveil chinois et thaïlandais, les films d'animations purement coréens sont presque inexistants. J'ai passé cinq semaines à contacter tout un tas de sites spécialisés dans la culture coréenne. Sur le petit nombre qui a eu au moins la politesse de me répondre, aucun n'a pu me renseigner, ma question les ayant même surpris. L'animation purement coréenne ne semble donc pas inscrit dans leur ADN.

Pour en revenir à The Fake, je savais plus ou moins dans quoi je mettais les pieds. Le synopsis ne laissait que peu de doute sur son contenu. Il n'empêche, j'ai été particulièrement troublé par son contenu. En premier lieu, parce que l'histoire ne présente absolument aucun personnage positif. Le protagoniste principal du récit, celui qui tente par tous les moyens de faire prendre conscience à ses semblables du piège dans lequel ils sont tombés est lui-même rien de moins qu'un salopard de la pire espèce. De par sa nature même, il attire autour de lui exclusivement que du mépris. Ce dernier a beau crier au loup, absolument personne n'est capable de le croire. Aussi réagit-il de la seule façon qu'il connaisse, par la violence. Et plus celui-ci veut faire éclater la vérité, plus celui-ci détruit totalement sa famille. En face de lui se dresse Sung, le jeune nouveau pasteur, dont l'ambivalence fait naître un immense trouble aux spectateurs que nous sommes. Alors qu'il semble prendre conscience assez tôt que le prophète Choi le manipule, petit à petit, celui-ci se laisse séduire et finit par se convaincre lui-même que la cause est juste. Là encore, The Fake traite sans concession du destin d'un homme qui plonge progressivement dans la douce folie pure.

Si The Fake s'avère finalement très choquant dans ce qu'il raconte, Yeon Sang-Ho choisit également une approche animée quelque peu dérangeante elle aussi. Je ne saurais dire s'il s'agit d'un choix volontaire ou non, mais il faut reconnaître que ce choix artistique crée un profond malaise. Car le design général du film est décomposé en deux. En arrière plan, les décors de The Fake s'avèrent hyperréalistes, mais représentés à la manière d'une nature urbaine morte. Comme dans une vrai peinture, où la représentation d'objets inanimés cachent une intention symbolique voulue par son artiste, tout ce que l'on voit dans le film est sinistre, froid, sans la moindre chaleur humaine, ce qui ne fait qu'accentuer encore plus le malaise. Au premier plan, les personnages sont tout au contraire traités sans finesse. Chacun d'eux semble avoir été dessiné à l'aide d'un papier calque où seules les animations clés ont été recopiées sans avoir jamais recours au moindre intervalliste. Il en résulte une animation hachée, extrêmement saccadée qui, si elle fait totalement illusion lors d'un arrêt sur image, rend l'expérience très pénible à suivre du regard. Un regard d'autant plus troublé que, à quelques rares reprises, le film joue la carte de la complète dérision, notamment lors de cette surréaliste scène où les ouailles se mettent à chanter en coeur les louanges du seigneur comme des automates de foire. The Fake recours également à des éléments d'animation 3D qui semblent, cette fois par contre, plutôt mal maîtrisés. Bref, dans tous les cas, ce mélange de genre animé ne fait qu'accentuer encore plus la sensation d'étouffement à la vue de The Fake.

Noir, violent, presque sans finesse, The Fake propose rien de moins que la dégénérescence humaine. Enfermés dans leurs convictions, incapables de changer leurs comportements, sans aucun amour propre, ni envers eux-même ni envers les autres, absolument tous les personnages du film s'autodétruisent à petit feu et, cela, sans même en avoir conscience. Même si on veut croire que tout se terminera bien à la fin, The Fake prouve qu'il n'est rien d'autre qu'une grande illusion.

Olivier J.H. Kosinski - 04 avril 2020

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