Gris, le (pas si) grand méchant loup / Gare aux loups / Moutons et loups

Quelques informations

Selon le territoire et le support sur lequel il est distribué, ce long métrage dispose aujourd'hui de trois titres francophones. On peut le reconnaître sous les appellations Gris, le (pas si) grand méchant loup (Diffusion télévisée française), Gare aux loups (DVD et VOD français) et Moutons et loups (au Québec). Pour simplifier, je retiens son premier titre dans cette fiche car c'est sur Gulli, le 30 avril 2017, qu'il fut proposé pour la toute première fois en version française.

Résumé


UN EXTRAIT À DÉCOUVRIR SUR

Dans un pays magique lointain, au sein d'un petit village pittoresque niché dans des prairies verdoyantes et des collines, vit un troupeau de moutons insouciants. Mais leur vie pastorale est interrompue quand une meute de loups monte le camp dans le ravin voisin. Gris, le favori de la meute, un idiot désespéré, relève le défi de devenir le chef, afin de reconquérir sa bien-aimée, Bianca. Mais il va faire face à un léger contretemps en buvant une potion magique qui le métamorphose... en bélier.

Analyse de l'oeuvre 4
45

Il y a déjà six ans, Wizart Animation portait à l'écran La Reine des neiges - The Snow Queen, film qui semblait principalement jouer l'opportun en usant à son avantage de la campagne médiatique autour de la version Disney qui allait paraître quelque temps plus tard. Pour autant, le jeune studio russe proposait à l'écran une relecture soignée et relativement très fidèle du conte de Hans Christian Andersen. La jeune équipe d'artistes, pour la plupart issue du milieu des effets numériques et des jeux-vidéo, fut même dépassée par le succès rencontré par leur film à l'international, faisant de lui le plus gros succès animé du territoire russe. Un enthousiasme général pour un film d'animation que la Russie n'avait plus connue depuis l'ère soviétique et son prolifique studio d'animation Soyuzmultfilm. Surfant sur la vague, Wizart Animation a rapidement mis en chantier un second volet qui avait le mérite de sortir des sentiers battus, ainsi qu'un troisième follement épique à défaut d'être original. Mais entre les deux opus, le studio russe a quand même eu la bonne idée de laisser souffler ses spectateurs avec une intrigue inédite mettant en scène des loups et des moutons.

Gris le (pas si) grand méchant loup s'inspire vaguement du conte des frères Grimm, Le loup et les sept chevreaux, dans lequel il est question de laisser entrer un loup dans la bergerie. Mais Wizart Animation ajoute tout de même deux éléments perturbateurs qui vont donner une autre dimension au récit. D'abord, le fameux loup a évidemment un bon fond contrairement à ses comparses et, surtout, celui-ci va se retrouver délibérément prisonnier dans le corps d'un ovin. Pour cela, le long métrage va donner une dimension magique au récit, de la même façon que le faisait déjà Disney avec Frère des ours en 2003, en transformant Gris, le héros du film, en bélier tout en l'obligeant à puiser en son fort intérieur afin d'évoluer dans ses relations avec les autres. Vous l'aurez compris, Gris le (pas si) grand méchant loup fait bel et bien dans le très classique, avec l'éternelle quête spirituelle d'un héros taciturne qui aspire à faire de grandes choses. Il n'empêche, la formule fonctionne car les personnages sont bien définis et relativement attachants, même si on en oublie souvent leurs noms.

Après deux opus hivernaux, Gris le (pas si) grand méchant loup a le mérite d'offrir à l'écran un univers printanier franchement réussi, extrêmement coloré qui plus est. Je n'en attendais pas moins de Wizart Animation qui a toujours réussi à offrir des environnements visuels de haute qualité jusqu'ici, tout en s'efforçant de se hisser qualitativement toujours plus haut de film en film. Sans que le studio russe n'ai les mêmes épaules, ni les mêmes moyens financiers, que l'américain Pixar, il est tout de même flagrant de constater que Wizart Animation suit véritablement la même progression qualitative d'un film à l'autre. Le studio russe s'est toujours efforcé d'améliorer chaque menu détail et, en seulement trois films, a réussi à prouver qu'il était un studio à surveiller de près. Par exemple, les décors du film sont ici riches, détaillés et très fouillés, tandis que l'animation des personnages est soignée. Malgré tout, Wizart Animation n'a pas eu le même génie que le studio Pixar qui, lui, a toujours fait en sorte que toutes leurs oeuvres soient satisfaisantes vis-à-vis de n'importe quel public. Wizart Animation n'a malheureusement toujours pas trouvé la formule idéale, mais Gris le (pas si) grand méchant loup est un premier pas vers cette bonne direction.

Contrairement à ses deux prédécesseurs, Gris le (pas si) grand méchant loup ne cache plus du tout l'ambition de Wizart Animation de concevoir une oeuvre spécialement ouverte à l'international, plus particulièrement au public américain. Si le long métrage ne perd pas totalement son identité russe, il fait clairement de l'oeil aux anglo-saxons. On fait surtout ce constat quand on prête attention à sa bande originale. Encore que, il faut vraiment prêter l'oreille tant celle-ci s'avère discrète. Tantôt elle utilise le didgeridoo dans une danse tribale qui rappelle fortement l'Australie, tantôt une fête énergique rappelle les airs celtiques d'Irlande, tantôt elle joue sur de la guitare électrique dans un style propre aux films teenager américain, tantôt est entendu sur un instrument à corde une musique qui fleure bon la romance fleur bleu typiquement britannique. Mais dans l'ensemble, cette bande originale bariolée s'accommode bien avec le récit. Le seul raté, anecdotique vous allez voir, provient exclusivement de la version internationale (sur laquelle est basée le doublage français) qui n'a pas correctement suivi le côté décomplexé de la toute dernière chanson du film.

Dans la version originale, Wizart Animation introduit le tube de Yuri Shatunov, The Gray-Haired Night, dans sa version remixée façon eurodance en 2012, histoire d'être plus en accord avec le public contemporain qui découvre le film (le titre dans sa version originale de 1988, bien qu'étant déjà un gros hit en Russie à l'époque, est plus mélancolique que son remix est plus jovial). Les paroles de la chanson font ainsi écho à la relation amoureuse incertaine entre Gris et Bianca, mais parle également des regrets et les désillusions du personnage tout au long d'une seule nuit, comme c'est effectivement le cas dans le film. Les américains (et la version française par extension) la substitue à Never Gonna Give You Up que chantait Rick Astley en 1986. Malheureusement, cela rend la chanson vieillotte dans le contexte du film et les paroles ne collent pas non plus à la personnalité de Gris. Il aurait été autrement plus amusant d'y entendre You're My Heart, You're My Soul, version 1998, interprété par Modern Talking qui se serait avéré plus en accord avec le thème du film, aurait suivi la logique d'un titre populaire remixé et redonné ce côté rythmique que Never Gonna Give You Up n'a pas dans cette ultime scène festive finale. Bref, il s'agit là d'une bête occasion manquée.

Alors que les deux premiers opus de La Reine des neiges - The Snow Queen n'ont jamais vraiment su sur quel pied danser, car ils essaient systématiquement de concevoir un univers à la fois accessibles aux enfants et aux adultes sans réellement y parvenir, Gris le (pas si) grand méchant loup s'affranchit complètement de cette particularité en proposant un long métrage résolument destiné au jeune public. Une constatation qui n'a rien de péjorative, c'est même tout le contraire. En s'affranchissant de cette dichotomie propre à la saga hivernale de Wizart Animation, le long métrage offre un univers cohérent et constant qui sied parfaitement à l'histoire racontée. Gris le (pas si) grand méchant loup prend même le temps de définir correctement la plupart de ses protagonistes, même s'ils restent tous effectivement très stéréotypés (pour ne pas dire américanisés), mais sans que l'on ne retienne finalement leurs noms, constituant le seul défaut flagrant du film.

Social eXpérience

9 novembre 2018 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (2017)

Gris : Grégory Quidel 1

Malo : Emmanuel Lemire 1

Bianca : Daria Levannier 1

Lyra : Barbara Delsol 1

Zico : Cyril Monge 1

Moz : Franck Sportis 1

Cliff : Lionel Henry 1

Fury : Frédéric Souterelle 1

Voix additionnnelles : Adrien Solis 1 , Achille Orsini 1 , Jessie Lambotte 1 , Brigitte Virtudes 1

Sources : 1Carton TV Gulli