Disneyland is your land : Une expérience magique pour tous ? (Rencontre avec Akibe Kone)

1 novembre 2015 à 10 h 00 par Olikos

Les Petites Rencontres, c’est explorer l’animation sous un angle inédit. Je vous propose ainsi d’aller à la rencontre de personnes qui sont simplement passionnées ou bien spécialisées dans un domaine, un métier ou une discipline. Dans quel but ? Qu’elles nous apportent leur expertise autour de leur passion ou de leur activité qui est retranscrite par les studios d’animation ! Pour cette seconde rencontre, j’ai proposé à Akibe Kone de partager son expérience et de nous présenter les dispositifs mis en place pour faciliter l’accès aux personnes en situation de handicap à Disneyland Paris.

Bonjour Akibe, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Akibe Kone, j’ai 25 ans et je suis étudiant en 2eme année de Licence Cinéma à l’Université Paris VIII Vincennes – Saint-Denis. Je suis en situation de handicap car, atteint de tétraplégie par manque de muscles, je ne peux pas utiliser mes mains. Je peux cependant effectuer quelques mouvements, en particulier bouger mes pieds avec lesquels je peux tout faire.

Comment est née ta passion pour Disney ?

C’est assez paradoxal. Bien que je sois né au même moment que le nouvel Âge d’Or de Disney au début des années 1990, j’ai surtout une certaine affinité avec certains des films d’animation de cette époque car beaucoup d’entre eux sont entrés durant une période précise de mon enfance. Mes parents m’avaient bien sûr offert des VHS, mais je garde par exemple un précieux souvenir de Mulan car il est le premier long métrage que j’ai vu au cinéma. Je me souviens aussi très bien de ma découverte de Tarzan car je l’ai vu lors de sa dernière séance de projection, un dimanche soir vers 23h alors que je reprenais l’école le lendemain.


La belle et la bête, le musical de Broadway
Crédits: labelleetlabete.fr

Et s’il te fallait choisir ?

Si je devais n’en retenir que trois, alors ce serait La petite sirène, Le roi lion et La belle et la bête. Le premier est particulier parce que c’est le tout premier film que j’ai vu dans ma vie. Le second m’avait marqué, du haut de mes 6 ans où je l’ai reçu en cadeau d’anniversaire, par son impressionnante introduction, ses personnages, ses musiques inoubliables et la mort tragique de Mufasa. Plus étonnant, pour le dernier, le coup de cœur n’est arrivé que sur le tard, car j’en avais gardé un souvenir un peu sinistre. Dans la VHS, La belle et la bête y était très sombre. Ce n’est donc qu’après avoir revu sa version restaurée de 2002 que j’ai pu redécouvrir complètement le film, de plus, à un moment important dans ma vie.

J’ai soudain reconnu dans la Bête les mêmes tourments qu’il y avait en moi à cette période, alors que la Bête m’effrayait tant quand j’étais plus jeune. Depuis, j’ai un lien affectif particulier avec La belle et la bête, y compris avec sa version spécialement réalisée pour Broadway dont j’ai vu la version française à trois reprises et où j’ai retenu l’excellente chanson non incluse dans le film « If I Can’t Love Her » (Si je ne sais pas l’aimer).

Que penses-tu de Disneyland Paris ?

Disneyland Paris est l’endroit le plus merveilleux qui existe à mon avis. Mon admiration pour le parc a démarré dès le 12 avril 1992 par l’émission spéciale présentée par Jean-Pierre Foucault et David Hallyday sur TF1. Mes parents avaient enregistré l’émission sur VHS, je l’ai tant revisionné par la suite qu’elle en était usée. J’ai toujours été émerveillé par cette publicité géante du parc, de chacun de ses lands et de ses projets qui se sont depuis concrétisés (Space Mountain et le second parc Disney Studios notamment).


Croiser aménagé dans Buzz Lightyear Laser Blast
Extrait du documentaire : L’accessibilité à Disneyland Paris
Crédits: Disneyland Paris

Quand t’y es-tu rendu pour la première fois ?

J’avais 5 ans la première fois que je me suis rendu à Disneyland Paris, c’était en 1995. Mon père avait tout filmé avec son caméscope. Je me rappelle que lors d’une des premières parades de l’époque avec tous les personnages j’avais eu peur du char de La belle au bois dormant où Maléfique, transformée en dragon, crachait des flammes ! Mais je me rappelle aussi avoir vu le cultissime Captain EO, l’attraction de DiscoveryLand avec Michael Jackson en 3D.

Tu as eu l’occasion d’y revenir ensuite ?

Je ne vais pas aussi souvent au parc que j’aimerai en raison de mon handicap. Ma famille ne peut m’y emmener que sur son temps libre. Le parc n’est pas non plus à côté de chez moi et cela reste coûteux. Cependant, quelquefois, j’ai pu profiter de l’offre Billet Ami grâce au passeport annuel d’un de mes amis ou d’un coup de pouce d’un cousin qui travaille aux Walt Disney Studios. Sur ces 20 dernières années, j’ai donc quand même pu m’y rendre à 6 reprises.


Parade aux Walt Disney Studios
Collection personnelle – 2006

Existe-t-il un guide spécial handicap pour pouvoir organiser son séjour en amont ?

Il y a un guide spécial pour personnes en situations de handicap sur le site du parc avec informations essentielles sur toutes les attractions accessibles et leurs conditions d’accès. Il est trouvable et consultable dans tous les guichets d’achats de billets, ainsi que dans les points d’information. Il existe également une version numérique à récupérer sur le site Internet de Disneyland Paris.

Comment es-tu accueilli par les Cast Members ?

Les Cast Members sont très agréables, ils m’aident systématiquement avec mes proches à accéder aux attractions. Ils prennent le temps de me poser des questions pour savoir si je suis en proie au vertige et aux nausées, avant de m’installer avec ou sans mon fauteuil. Je privilégie les attractions où je peux le garder car je ne peux pas faire des choses extrêmes comme Rock ‘n’ Roller Coaster avec Aerosmith ou Space Mountain – Mission 2. C’est notamment le cas de Buzz Lightyear Laser Blast que j’apprécie beaucoup car, dans mon cas, on doit m’aider systématiquement.

Cependant, certains des Cast Members ont parfois peur de me transférer malgré leur disponibilité et leur sympathie, probablement par peur de me blesser. Au final, ce sont mes proches qui effectuent alors mon transfert dans l’attraction. Il serait bien plus agréable que Disneyland Paris affectent des personnes habilitées, ou mieux formées, au transfert des personnes en situation de handicap dans les attractions accessibles.


Bateau aménagé dans It’s a Small World
Extrait du documentaire : L’accessibilité à Disneyland Paris
Crédits: Disneyland Paris

Que signifie la notion de « personne transférable » ?

Dans ce cas précis, être « transférable », c’est la possibilité d’accéder à une attraction, soit en étant capable de s’y installer par soi-même, soit avec l’aide d’une personne habilitée. Tout dépend donc du degré de l’handicap de chaque personne concernée. Dans mon cas, la situation se présente assez rarement, car je ne suis de toute façon pas très gourmand en matière attractions. Je me rends surtout à Disneyland Paris pour son ambiance, pour rencontrer ses personnages ou pour voir ses spectacles.

Une fois ton billet d’entrée en poche, tu vas en priorité au Disneyland Park ou aux Walt Disney Studios ?

A titre personnel je préfère le Disneyland Park, c’est un vrai bonheur à chaque fois de traverser Main Street USA où l’on aperçoit au bout le château mythique de La belle au bois dormant. J’y préfère aussi ses personnages et ses parades. Par contre, mes accompagnants préfèrent généralement les Walt Disney Studios, principalement pour The Twilight Zone Tower of Terror. Heureusement, je me console en sachant que je peux me rendre dans la zone Toy Story Playland.

Parles-moi un peu de quelques attractions accessibles que tu as faites.

Au Disneyland Park, l’attraction que j’apprécie le plus et que je refais donc le plus souvent est à Discoveryland. C’est Buzz Lightyear Laser Blast, où l’on doit tirer sur des cibles jaunes et rouges afin de marquer un maximum de point. Son point fort est que je peux monter avec mon fauteuil dans les croiseurs XP-40 pour ensuite être plongé dans l’univers de Buzz.

J’ai également essayé une fois Pirates of the Caribbean, ce qui n’était pas une très bonne idée. Le bateau est difficile d’accès, tandis que l’attraction en elle-même est plus sombre qu’il n’y paraît. De plus, il faut réellement s’accrocher solidement pour ne pas tomber. Heureusement que ma sœur et une amie m’ont tenu cette fois-là, car je ne pouvais pas le faire moi-même.

Du côté des Walt Disney Studios, je n’ai accédé qu’à Armaggedon. Mais je ne l’apprécie pas vraiment.


Phanton Manor depuis Rivers of the Far West
Collection personnelle – 2012

Y-a-t-il une attraction que tu aimerais découvrir ?

Il y en aurait bien une : Phantom Manor. Je n’y suis pas encore allé pour deux raisons : je ne sais pas exactement ce qu’elle contient d’où ma petite appréhension d’y avoir peur, et je ne sais pas non plus si elle est accessible pour moi. Mais comme cette attraction est culte à Frontierland, il est possible que je la découvre bientôt.

Qu’en est-il des divers spectacles ?

L’avantage indéniable des spectacles, c’est qu’ils sont absolument tous accessibles ! Je me souviens plus particulièrement de Tarzan la rencontre, de Winnie l’ourson et ses amis et d’un spectacle dont le thème était basé sur les princes et princesses que j’ai tous adorés.

Mais le meilleur d’entre eux reste sans aucun doute Disney Dreams que j’ai vu à deux reprises. J’étais ému à chaque fois de voir les couleurs et les chansons mêlés en rythme aux feux d’artifice. Je crois que c’est le meilleur spectacle de Disneyland Paris.


Rencontre avec Pluto
Extrait du documentaire : L’accessibilité à Disneyland Paris
Crédits: Disneyland Paris

En ce qui concerne les parades, est-ce difficile de trouver une place ?

En général je trouve de très bonnes places pour les parades, souvent grâce aux Cast Members qui m’installe devant la foule. C’est à chaque fois un grand bonheur de voir les chars s’avancer et certains personnages venir me voir. Par contre, lorsque la parade se termine, cela devient vite désordonné car la foule veut à la fois suivre la parade jusqu’au bout tout en s’éparpillant dans tous les sens.

Pour la restauration, recommanderais-tu un lieu précis ?

Pour manger je recommanderai à la fois Vidéopolis au Disneyland Park, le Disney Village et Blockbuster Café aux Walt Disney Studios. Ce sont trois styles et ambiances différentes, mais tout aussi agréables l’un que l’autre. Le Blockbuster Café a un petit avantage sur les autres car il bénéficie d’une terrasse en plein air depuis laquelle on peut voir défiler la parade.


Caisse et stand aménagés dans un restaurant
Extrait du documentaire : L’accessibilité à Disneyland Paris
Crédits: Disneyland Paris

As-tu déjà eu l’occasion de séjourner dans l’un des hôtels de Disneyland ?

Non je n’ai jamais eu l’occasion de séjourner à Disneyland Paris. Un jour peut-être.

D’un point de vue général, quelles sont les points forts et les points faibles à Disneyland pour les personnes en situation de handicap ?

Je trouve que l’accessibilité s’est améliorée pour nous personnes en situation de handicap. Nous avons des files prioritaires, nous pouvons déambuler partout malgré la foule et, comme je l’ai dis tout à l’heure, il y a des attractions accessibles en fauteuil roulant. C’est donc un point fort.

Du côté des défauts, sans en être totalement un, c’est la gêne que ressentent certains Cast Members qui leur empêche de nous transférer dans les attractions. Ce défaut est cependant contrebalancé par leur bonne humeur et leur sympathie. Il serait aussi plus sage de pouvoir connaître en détail le contenu des attractions avant d’y monter, pour éviter les mauvaises surprises comme Pirates of the Caribbean, indiqué comme accessible mais au final pas du tout confortable pour moi.

Pour conclure, de façon générale, penses-tu que Disneyland Paris est une expérience magique pour les personnes en situation de handicap ?

Je ne sais pas si on peut affirmer que Disneyland Paris est une expérience magique pour toutes les personnes en situation de handicap dans le sens où il y existe différent niveau de handicaps. Sans compter qu’il reste encore du travail à accomplir pour que les parcs soient totalement aux normes. Mais Disneyland Paris fait tout pour rendre l’endroit magique afin de permettre à tout un chacun d’oublier la réalité du quotidien le temps d’une merveilleuse journée. Cependant, il faut quand même garder à l’esprit que les deux parcs sont grands et qu’il y a toujours beaucoup de monde, il y a donc toujours un risque de fatigue. Malgré tout, cela reste pour moi le seul lieu où l’on peut garder son âme d’enfant.

De chaleureux remerciements à Akibe Kone pour avoir accepté de répondre à mes questions.

1 novembre 2015 à 10 h 00 par Olikos

Posté dans Blog, Les Petites Rencontres

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