(Ré)Génération The X-Files – 1ère Partie

15 février 2013 à 8 h 01 par Olikos

X-Files – Aux frontières du réel, c’est pour moi l’histoire d’une série qui a trop durée et à fini par se perdre à cause de la trop grosse insistance de la 20th Century Fox de vouloir exploiter constamment sa poule aux oeufs d’or. C’est aussi pour moi le plus gros regret télévisuel, car dès que Glen Morgan et James Wong ont quitté le navire, la série s’est complètement perdue en conjectures et n’a jamais retrouvé un fil conducteur cohérent (sachant que ce duo aura créé la plupart des personnages emblématiques et les éléments indissociables de la série). C’est aussi l’histoire de la dénaturation d’une oeuvre lorsque la production a été délocalisée à Los Angeles au lieu de rester à Vancouver. Malgré cela, j’en suis resté fan jusqu’au bout. Je vous propose donc de revenir au tout début de la série jusqu’à sa conclusion sur grand écran.

Nous sommes en 2007, la 20th Century Fox officialise enfin ce que des millions de fans attendaient depuis 2002, le second film tiré de la franchise X-Files – Aux frontières du réel allait enfin voir le jour. Un peu plus d’un an et demi plus tard, en juillet 2008, The X-Files – Régénération partait à la conquête des salles obscures du monde entier. Alors que j’applaudissais presque en larmes le retour aux valeurs initiales et à l’essence même de la série à ses origines, je découvrais avec stupeur (et tremblement) que j’étais bien le seul à l’apprécier. Ce qui marqua en moi une incrédulité inimaginable ! Évidemment, je n’étais pas tout à fait le seul, je faisais simplement parti de la minorité qui appréciait sincèrement ce nouveau long métrage. Car autant le dire tout net, The X-Files – Régénération est bel et bien le mal aimé de la famille The X-Files. Mais alors, comment expliquer pourquoi j’aime ce film à ceux qui – nombreux – le renient ouvertement ? Et bien pour cela, il faut remonter à 1994, année durant laquelle un nouveau phénomène allait naître à la télévision et dont M6 fut la première à donner sa chance sous le nom de X-Files – Aux frontières du réel.

Le 12 juin 1994 donc, je découvre pour la toute première fois la série sur M6. En un seul épisode seulement (Nous ne sommes pas seuls), j’accroche immédiatement au concept. La série remet aux goûts du jour le fantastique, en complète désuétude depuis plusieurs années, saupoudré d’un soupçons de science fiction et surtout mettant en avant la célèbre théorie du complot extra-terrestre qui fera au début son succès planétaire mais qui, trop vite, causera aussi sa déchéance. La saison 1 se démarque en quelques épisodes de tout ce qu’on trouvait à l’écran durant la même période. Prenante dès le pilote, la série adopte ainsi un style éclectique très ingénieux, en abandonnant le thème des extra-terrestres dès le 3e épisode. La force de la série est de confronter à l’écran deux personnalités que tout oppose : Fox William Mulder le croyant, et Dana Catherine Scully la non-croyante, ajoutant par la même une dynamique intéressante, largement reprise aujourd’hui dans les séries contemporaines. La série s’offre un énorme terrain de jeu consacré à tous les thèmes du paranormal, et apporte avec elle de gros moments d’angoisses : les deux épisodes sur Eugene Victor Tooms, Quand vient la nuit, Projet Artique, L’incendiaire… autant d’épisodes réellement captivants qu’effrayants ! La qualité d’écriture des scénarios va crescendo, couplé à l’ambiance humide et sordide des prises de vues tournées aux alentours de Vancouver au Canada.

Dès le début de la saison 2, X-Files – Aux frontières du réel monte clairement d’un cran et commence à complexifier sa trame narrative. Quelques problèmes au niveau de la grossesse de Gillian Anderson conduisent les scénaristes à habilement construire un remarquable démarrage de l’arc narratif principal de la série, malheureusement quelques épisodes en milieu de saison manque vraiment de pêche. Ironie de l’histoire Chris Carter, pourtant à l’origine du concept, se fait rafler la vedette par le duo Glen Morgan et James Wong, qui apportent sans aucune doute les meilleurs épisodes à la série (Mauvais Sang, Les vampires, Coma, La Main de l’enfer), et qui sont seuls à même de dévoiler les prémices d’une mythologie tout bonnement fantastique. Le début de la saison 2 camoufle ainsi habilement la grossesse de la comédienne, et la situation permet à la série de poser les bases de sa mythologie dans le double épisode Duane Barry. A partir de là, la saison 2 prend immédiatement son envol pour atteindre un rythme de croisière franchement palpitant. Enchaînant de superbes épisodes autonomes, la saison se conclut sur un final dantesque (Anasazi) qu’aucune autre série actuelle ne peut désormais atteindre à l’ère d’Internet et du tout immédiat, où le spectateur est incapable de patienter préférant télécharger à tout va. X-Files – Aux frontières du réel fait à ce moment de sa vie un buzz monstre à travers le monde, et lance par la même occasion un système marketing imparable en France : la vente des épisodes inédits en VHS, longtemps avant leur diffusion à la télévision. Une stratégie qui serait désormais suicidaire pour n’importe quel éditeur de nos jours.

En 1996, X-Files – Aux frontières du réel connaît à mon avis son apothéose cathodique avec la saison 3, le véritable sommet de son art. Superbement écrite, et sans l’apport de Morgan et Wong d’ailleurs, chaque épisode est magnifiquement joué. La série change légèrement son approche, en s’amusant et remettant en cause ses propres codes au point de sortir l’épisode jubilatoire Le seigneur du magma. La série prend également un aspect plus feuilleton, dans la mesure où certaines choses souvent anodines peuvent prendre de l’importance quelques épisodes plus loin, à l’image de l’irrésistible nouveau compagnon de Scully : le chien Queequeg, qui fera malheureusement le bonheur de plus gros prédateur que lui (Voyance par procuration, Les Dents du lac). L’humour devient beaucoup plus présent, tout comme la psychologie des protagonistes y est beaucoup plus développée. La mythologie de la série s’intensifie par de brillants épisodes tels Monstres d’utilité publique et surtout L’épave. C’est à partir de cette période de la série que Chris Carter et Frank Spotnitz vont être au sommet de leur talent. On notera au passage que la saison 3 fera longtemps fulminer les fans français, quand M6 décida de censurer l’un des épisodes (Souvenirs d’oubliette) en raison d’un lugubre fait divers belge rappelant trop fortement le scénario de cet épisode. Il ne sera diffusé qu’un an et demi plus tard, au cours de la diffusion de la saison 4.

En 1997, la saison 4 de la série maintient parfaitement le rythme de croisière de la saison 3. Elle marque le retour du duo Morgan et Wong, et la forte implication de Vince Gilligan, ce qui conduit aux meilleurs épisodes horrifiques jamais tournés dans la série, mais aussi les plus sanglants. La Meute pour les deux premiers réalisateurs, et Sanginarium pour le troisième, en sont de parfaits exemples. Pour leurs ultimes collaborations à la série, Glen Morgan et James Wong proposent également trois inoubliables épisodes : L’homme à la cigarette d’abord, qui livre un portrait sur mesure à l’un des plus grands méchants de la série, Plus jamais ensuite, qui met en scène une Scully différente affectée par une nouvelle sur sa santé qu’elle refuse pour l’instant de croire ; et enfin Le pré où je suis mort, véritable introspection pour Mulder et au final affreusement pessimiste. Pendant la saison 4, Carter et Spotnitz rivalisent d’ingéniosité pour maintenir un suspense haletant à la série. Ils apportent à la mythologie un souffle épique bienvenue (Tunguska, Tempus Fugis). Mulder est obnubilé par ses convictions de dénoncer le complot, tandis que de son côté Scully lutte pour sa propre survie. Et l’on découvre peu à peu que les extra-terrestres sont déjà en marche depuis longtemps pour conquérir le monde. Malheureusement, c’est à partir de la fin de la saison 4 que la série connaît ses premières affres scénaristiques, même si cela est camouflé par l’affinité que l’on ressent avec l’état de santé de Scully, et qui nous fait oublier les premières maladresses commises par X-Files – Aux frontières du réel.

C’est en 1997 que la série connaît son pic d’audience maximum, et s’assoit sur sa notoriété mondiale. Galvanisé par les audiences, la Fox donne d’ailleurs son feu vert au tournage d’un long métrage, réalisé peu avant le tournage de la saison 5, mais projeté en salle ultérieurement puisque se situant chronologiquement juste après celle-ci. La saison 5 a donc, en toute logique, la lourde tâche d’amener toutes les pièces du complexe puzzle pour mieux apprécier le long métrage. Malheureusement, Chris Carter et Frank Spotnitz s’y prennent comme des manches, polluant peu à peu la mythologie de leur propre série (et surtout les codes de Morgan et Wong), l’histoire est devenue à ce stade tout bonnement indigeste. Mulder renonce à croire et part complètement à la dérive, nous avec lui. A force de vouloir préserver le mystère des extra-terrestres, le soufflet finit par retomber durement avant d’avoir pu être dégusté à temps. Le summum de l’invraisemblable étant atteint par le mauvais double épisode Patient X qui n’apporte en fin de compte rien du tout à la compréhension du film, en intégrant la notion confuse de factions extra-terrestres rivales. Comme si une seule n’était déjà pas suffisante ! Paradoxalement, la saison 5 compte plusieurs épisodes autonomes intéressants comme Prométhée post-moderne, revisitant l’histoire des monstres de foires tout en noir et blanc, Kitsunegari qui fait suite à un épisode terrifiant de la saison 3, La Poupée écrit en collaboration avec le maître du fantastique Stephen King ou encore le succulent Le shérif a les dents longues. En fin de compte, la saison 5 est à la fois l’un des plus mauvaises (sur sa mythologie partie en vrille) et l’une des meilleures de la série (sur ses excellents épisodes autonomes), mais c’est surtout la saison la plus suivie dans le monde de toute la série. En voulant préparer l’arrivée du film, Carter et Spotnitz en ont donc trop fait, la série s’étant désormais perdue dans les illogismes conduisant la mythologie de X-Files – Aux frontières du réel vers la dégringolade.

Il faut dire que la tâche de la saison 5 est immense en comparaison de l’attente tout aussi impressionnante des fans pour le long métrage. Chris Carter crée en effet un précédent jamais vu de mémoire de spectateur télévisuel passé et même présent. Le futur long métrage se doit en effet de remplir pas moins de trois objectifs différents : il doit se situer dans la parfaite continuité des 5 saisons qui l’ont précédé, il doit également parvenir à être accessible et compréhensible aux personnes n’ayant jamais entendu parler de Mulder et Scully avant d’aller voir le film en salle, mais il doit également poser les bases de la saison 6 plus d’un an à l’avance tout en ralliant à lui anciens et nouveaux fans. Une tâche tout simplement colossale que The X-Files – Combattre le futur ne parviendra pas à remplir totalement à mon grand regret. Alors que je l’avais attendu des mois et des mois durant, le film fut à mes yeux la plus grosse déception de toute la série à cet instant précis. Entre son changement radical d’atmosphère ne permettant pas de retrouver la touche habituelle de la série, sa délocalisation au milieu d’un désert aride à milles lieux de l’humidité et de l’oppression qu’offrait la région de Vancouver où était tournée la série, et plus gênant encore ses interminables scènes beaucoup trop lourdes (mais essentielles, tout le paradoxe du film) destinées à présenter les divers personnages aux non connaisseurs de l’univers de X-Files – Aux frontières du réel, tout cela combiné rendait The X-Files – Combattre le futur bien trop boiteux à mon goût.

Au final, le premier film dérivée de la série n’aura été qu’un long épisode télévisée transposé au cinéma, qui aura simplement oublié de mettre en avant la suggestion au profit de l’action pure et dure. En fin de compte, hormis la démesure appréciable apporté au récit par le format cinéma, le film ne fait pas peur une seule seconde, il ne fait que complexifier une mythologie qui était déjà avant lui beaucoup trop dense (la saison 5 l’avait déjà mis à mal) et surtout il n’apporte absolument aucune réponse aux spectateurs qui ont suivit la série pendant cinq ans. Malgré cela, The X-Files – Combattre le futur reste quand même culte à mes yeux car il est le seul exemple du genre connu à ce jour : un long métrage faisant partie intégrante d’une série télévisée en tant que transition obligatoire entre deux saisons. Non, ce que je lui reproche le plus, c’est principalement que le film a apporté un vent de changement à la série, qui amorça dès lors sa pénible et inévitable longue agonie…

A suivre… Cliquez ici pour la partie 2

15 février 2013 à 8 h 01 par Olikos

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