L’inoubliable chasseuse de cartes Sakura

19 octobre 2012 à 7 h 20 par Olikos

Il existe d’innombrables séries d’animation pour tous les goûts, pour tous les âges, particulièrement du côté de l’animation japonaise. Par contre, elles sont bien plus rares celles qui parviennent à dépasser le seul genre dans lequel on les enfermerait au premier abord. Sakura, chasseuse de cartes est bien de celles-là ! Réalisée entre 1998 et 2000, la série est une adaptation à la fois libre et beaucoup plus étoffée du manga en 12 volumes Card Captor Sakura créé par le quatuor de dessinatrices et scénaristes de talent : Clamp. Diffusé dès septembre 1999 sous le titre de Sakura, chasseuse de cartes sur Fox Kids, ce n’est véritablement qu’à partir de janvier 2001 que la série fait une entrée triomphale sur une chaine gratuite en première partie de l’émission M6 Kids, sous le titre raccourci à Sakura tout court, chaque mercredi en début d’après midi. C’est le véritable carton pour la chaîne M6, et Clamp se fait réellement connaître du grand public en France grâce à cette série. Sakura, chasseuse de cartes compte 70 épisodes ainsi que 2 longs métrages d’animation qui feront l’objet d’une fiche dédiée ultérieurement.

A première vue, Sakura, chasseuse de cartes semble s’adresser à un jeune public féminin (c’est un manga orienté shojo pour les connaisseurs du terme), mais ce serait remettre en cause le génie de Clamp de s’arrêter à cette seule fausse idée sans avoir pris la peine de visionner la série dans son entier. Évidemment, on ne peut clairement pas passer au travers des clichés traditionnels de la « Magical Girl » typique, Sakura, chasseuse de cartes en détient tous les ingrédients ! Du sceptre magique, à l’animal de compagnie, en passant par la menace mondiale à combattre, sans oublier les innombrables quiproquos pour cacher son secret aux yeux des autres et les sentiments amoureux non réciproques. Ici, Clamp établit une mythologie relativement profonde à cet univers. Dans les très grandes lignes, retenez simplement qu’autrefois un grand sorcier du nom de Clow Read a décidé d’enfermer sa magie dans des cartes, afin que celle-ci puisse un jour lui survivre après sa mort. Au tout début de la série, la jeune Sakura Gauthier, 12 ans (Dans la version originale, elle se nomme Sakura Kinomoto et n’a que 10 ans), libère par mégarde l’ensemble de ces cartes. Elle est donc contrainte, bien malgré elle, à les réunir toutes par un étrange gardien ressemblant vaguement à une peluche et se prénommant Kérobéro. L’action de la série démarre donc vite, et ce, dès le premier épisode.

Assez tôt dans la série, Sakura, chasseuse de cartes bouscule les habitudes des spectateurs. Clamp a en effet cette étonnante faculté de relancer une intrigue qui semblait tourner en rond en ajoutant au moment propice un nouvel ingrédient totalement énigmatique permettant d’éviter que la série ne s’essouffle. Le scénario se complexifie d’épisode en épisode et parvient à tenir réellement en haleine le spectateur. La série peut ainsi se décomposer en de nombreux « paliers », permettant d’innombrables rebondissements à chaque étape. Si les 7 premiers épisodes restent de conception classique dans le genre « Magical Girls », dès le 8e épisode, Lionel Li (Shaolan Li en vo) fait une entrée tonitruante dans la série. Venu tout droit de Chine et descendant direct du sorcier Clow Read, il se met en confrontation directe avec Sakura. C’est également à cette occasion que les rôles secondaires commencent à prendre du galon dans l’intrigue globale. Apparemment anecdotiques, le plus souvent comiques, chacun des personnages de la série finit par avoir un rôle crucial plus tard dans la série. Rien ne permet pourtant de le deviner lorsque l’on découvre la série la toute première fois, ce n’est qu’au moment du revisionnage que l’on se rend compte à quel point toutes les pièces de l’impressionnant puzzle ont été dévoilées dès le début.

Alors que l’intrigue semble ensuite vouloir devenir un peu brouillonne et répétitive, Madhouse aidé par Clamp décide d’adjoindre à la série un personnage conçu de toute pièce et absent du manga, la cousine de Lionel : Stéphanie Li (Meiling Li). Véritable personnage comique réunissant tous les ingrédients du genre, Stéphanie réussit en quelques épisodes à être d’abord antipathique puis incroyablement attachante. Sa relation d’amour-passion avec Lionel est le théâtre de nombreux malentendus croustillants dignes des épisodes de Desperate Housewives. Mais Sakura, chasseuse de cartes ne se contente pas de se reposer sur ses lauriers, la série développe également sa mythologie en intégrant l’énigmatique professeur Kathia Moreau (Kaho Mizuki). Personnage sans nul doute le plus éphémère de la série, Kathia Moreau marque les esprits d’une marque indélébile. Probablement parce que c’est elle qui a la personnalité la plus complexe et la plus énigmatique de toute la série. Durant la saison 2, la tension de la série atteint ainsi un véritable sommet narratif où toutes les énigmes distillées au compte goutte durant 40 épisodes prennent enfin un sens.

S’il y a bien une chose qui marque les deux premières saisons de Sakura, chasseuse de cartes, c’est la place considérable accordé aux sentiments de ses personnages. L’amour par exemple y tient la place la plus importante. A commencer par l’amour familial qui est présent tel un fil rouge tout au long de la série. La vie passée de Dominique Gauthier et de sa jeune épouse Nathalie disparue bien trop tôt apporte un éclairage passionnant à la série. Les choix fait dans le passé ont ainsi des répercutions surprenantes dans le présent. Quelque chose que l’adaptation française a réussit avec brio à conserver, tout comme les relations homosexuelles traitées avec une sincérité et une justesse insolite dans une série d’animation destinée a priori à un très jeune public féminin. Le thème de la mort y est également très présent, aussi bien par la présence en filigrane de Clow Read que de celle de Nathalie.

Au sortir des cinq derniers épisodes de la saison 2, le spectateur est considérablement rassasié et heureux de découvrir un bouquet final aussi grandiose. On se demande alors ce qu’allait bien pouvoir aborder la saison 3. Évidemment, Clamp possède bien plus d’un tour dans son sac ! La saison 3 prend ainsi un tournant plus posé, plus calme, et beaucoup moins orienté action. Là où la tension dramatique de la saison 2 empêchait littéralement de décrocher de la série, la saison 3 prend vraiment un tournant introspectif qu’il est difficile d’aborder si l’on est pas attaché à l’univers de Sakura, chasseuse de cartes et de ses personnages. La chasse aux cartes n’y est plus que secondaire, celles-ci ne servent désormais plus que de prétexte à résoudre les intrigues laissées en suspend jusque là. La saison 3 s’évertue surtout à résoudre petit à petit tous les nœuds amoureux, dont certains remontent au tout début de la série. La saison 3 est également celle qui enrichit le plus la mythologie de Clow Read, puisqu’il est extrêmement présent dans tous les épisodes de cette saison. Elle fait également une place de choix au nouvel élève Anthony (Eriol Hiiragizawa) dont le destin est lié à celui de Sakura. Bien que la saison 3 puisse être appréciée de manière autonome, celle-ci ne trouve véritablement sa conclusion qu’avec le second long métrage La carte scellée auquel je consacrerai un article ultérieurement, et n’en dirais donc pas plus à son sujet pour l’instant.

Pour sa commercialisation, Sakura, chasseuse de cartes connu une destinée un petit peu chaotique à ses débuts. Dans un premier temps, seulement 24 épisodes de la première saison furent ainsi distribué par M6 en 2003. De conception assez classique, ce premier coffret DVD clochait dans son contenu : les épisodes étaient proposés dans un désordre complet, plusieurs séquences furent supprimées sans aucune raison (l’ouverture du premier épisode où Sakura fait un rêve y est absent par exemple), la qualité vidéo était moyennement agréable (à peine mieux qu’un enregistrement VHS amélioré), et on devait se contenter que de la seule version française bien entendu. C’est ensuite en 2004 que l’éditeur aujourd’hui disparu IDP Vidéo proposa un coffret intégrale de la saison 3 en version française, zappant au passage les épisodes manquant de la saison 1 et toute la saison 2.

Mais les choses ont véritablement changé lorsque IDP Vidéo a élaboré pour la toute première fois sa gamme de DVD Prenium, justement inauguré en février 2005 avec la saison 2 de Sakura, chasseuse de cartes. Pas moins de 5 somptueux digipack extrêmement soignés ont été réalisé pour la série entre 2005 et 2006, comprenant fourreaux dorés avec effet de relief, une superbe sérigraphie sur chacun des DVD, le choix de la version française et de la version originale sous-titrée (notons d’ailleurs au passage que certaines scènes dépourvue de VF ne sont visibles qu’en choisissant la VOST), et surtout des livrets très détaillés de 40 pages agrémentés des résumés, de diverses infos en tout genre et de magnifiques dessins réalisés par Clamp. Ces coffrets Prenium constituent à mon sens le summum pour tous les fans de la série, une véritable édition de luxe très soignée. Malheureusement, cette version a disparu du commerce lorsque IDP Vidéo a sombré, devenu depuis un simple label de Declic Image. Ce sont désormais 2 uniques coffrets, certes jolis, mais nettement moins inspirés que l’on peut trouver à la place.

Madhouse a réellement offert un spectacle visuel de qualité en adaptant cette œuvre de Clamp. Bénéficiant du character design inimitable de la touche Clamp, Sakura, chasseuse de cartes est l’une des rares séries à bénéficier d’un vrai travail en 24i/s, rendant l’animation très fluide. La série offre aussi un environnement visuel détaillé qui fourmille de vie. A quelques petites redites près, Sakura, chasseuse de cartes évite également de reprendre certaines séquences d’un épisode à l’autre. Ce qui permet de rendre chaque épisode vraiment unique. Et je n’allais pas faire l’impasse sur un détail que j’avais passé sous silence jusqu’à présent, la bande originale est également inoubliable. Certains morceaux resteront gravés dans votre mémoire bien longtemps après avoir regardé le dernier épisode !

Au final, Sakura, chasseuse de cartes offre un tout cohérent et passionnant, et qui s’offre le mérite d’avoir un début, un développement intelligent et une véritable conclusion. Ce qui est très rare dans l’univers des séries d’animation pour le souligner. Indépendamment de son intrigue passionnante, la série offre régulièrement de grands épisodes aussi bien dramatiques qu’humoristiques prouvant que Clamp n’a pas traité son sujet à la légère. Sans aller jusqu’à vous mettre la larme à l’oeil (quoi que), certaines problématiques soulevées par la série vous pousseront à vous poser nombres de questions, ou à vous rappeler certaines situations que vous auriez vous-même vécues (le côté magique en moins bien sûr).

Sakura, chasseuse de cartes mérite sans détour d’être le plus gros succès des studios Clamp à ce jour. C’est d’ailleurs pour cette raison que les protagonistes principaux de Tsubasa Reservoir Chronicles sont des versions « alternatives » plus adultes de Sakura et Shaolan, ils sont devenus le couple emblématique et incontournable de Clamp aux yeux du public. La série a d’ailleurs eu droit à un succès considérable en France, couplé à un casting vocal tout simplement fabuleux (et ce malgré les bévues commises lors de l’adaptation). Patricia Legrand est tout simplement parfaite en Sakura, son plus beau rôle vocal que je lui connaisse à ce jour, tout comme les excellents Suzanne Sindberg (Lionel), Yann Pichon (Thomas), Nathalie Bleynie (Katia), Phillipe Roullier (Dominique), Constantin Pappas (Matthieu), Léa Gabrielle (Tiffany) et Christine Paris (Stéphanie). Notons aussi que M6 fut à l’origine de la conception d’un générique EuroDance (No Nagging) en collaboration avec le groupe Froggy Mix dès sa première diffusion. Que l’on soit ou non fan de ce type de composition musicale, force est de reconnaître que le single fut un gros succès et contribua à populariser d’autant plus la série en 2001. A tel point que M6 et Froggy Mix renouvelèrent l’expérience en proposant un second générique à partir de la saison 3 (Razzmatazz), qui connu le même destin !

Parce que c’est l’œuvre la plus accessible de Clamp (les autres sont souvent trop alambiquées pour le commun des mortels), Sakura, chasseuse de cartes est une série emblématique de l’animation japonaise. Elle est donc certainement la meilleure réalisation de ces dames à ce jour qu’il faut découvrir et savourer sans aucune modération !

19 octobre 2012 à 7 h 20 par Olikos

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