La fin d’un cycle pour Angel et Buffy contre les vampires (Partie 3/3)

26 juin 2012 à 16 h 42 par Olikos

Cette troisième et dernière partie fait suite à L’univers de Buffy contre les vampires et Le double univers de Buffy et Angel que vous pouvez lire sur ce présent blog.

Pour son retour sur UPN, Buffy contre les vampires se devait de résoudre un immense problème constitué par le dernier épisode de la saison 5. Joss Whedon, toujours talentueux maître à la barre, réalise l’exploit de ressusciter son héroïne de la plus intelligente des manières. Avec ce double épisode d’ouverture de la saison 6, il distille les germes d’une immense tragédie amorcée dès le milieu de la saison précédente. La période de l’enfance est définitivement révolue pour les personnages et ils vont entrer de plein pied dans la vie réelle qui peut à la fois être sombre et cruelle. La saison 6 s’annonce ainsi comme la plus froide et la plus sombre de toutes, mais paradoxalement la plus réaliste et la plus sincère de la série.

Désormais série rivale avec son ancienne sœur Angel restée sur l’ancienne chaîne, Buffy contre les vampires est obligé de s’affranchir de ses intéressants crossovers (même si quelques petites intrusions discrètes sont encore de la partie). Les dirigeants de The WB sont en effet restés inflexibles sur ce point. Pour autant, la mythologie de la saison 6 va clairement s’inspirer de celle d’Angel. La saison 6 a toutefois un peu de mal à vraiment décoller. Ce n’est qu’après avoir visionné l’ensemble des épisodes que l’on comprend la place de chacun d’entre eux. Car il faut reconnaître que le trio infernal n’a – dans un premier temps tout du moins – pas le moindre charisme. Au mieux simples bouffons de service, Warren, Jonathan et « celui dont personne ne se rappelle le nom » ne semblent être que des gamins pas encore sortis de l’adolescence et qui jouent à se faire peur. Mais les évènements vont s’enchaîner à un rythme imprévisible si bien que tout bascule vite dans l’horreur.

Buffy est un personnage particulièrement intéressant dans cette saison. Totalement déboussolée, entièrement refermée sur elle-même, au bord de la dépression nerveuse, elle en arrive même à une tentative de suicide dans un épisode musical superbement écrit (6×07 – Que le spectacle commence !). Tourné façon comédie musicale, cet épisode est tout simplement somptueux (on notera cependant le fait que Alyson Hanigan ne sait vraiment pas chanter !!), chaque chanson bénéficie d’un texte riche, cohérent et qui fait avancer le récit de la saison jusqu’à son paroxysme.

Pendant ce temps, Angel vole aussi de ses propres ailes. Après beaucoup de tâtonnement, et pas vraiment de fil conducteur tangible au cours des deux années précédentes, la saison 3 se décide à établir un semblant de fil rouge à la série. Elle n’y parvient que très moyennement, s’empourprant dans des intrigues bien trop compliquées. Alors que la série accueille de nouveaux personnages, au détriment d’autres disparus sans aucune explication, l’équipe d’Angel se scinde en deux clans distincts. Contrairement à Buffy contre les vampires, on se rend assez vit compte que les scénaristes n’ont pas de but précis à faire atteindre à leurs personnages. Ils inventent au fur et à mesure, expérimentent, et raccrochent sans logique particulière ses intrigues à une mythologie qui ne cesse de changer. La saison 3 annonce clairement un gros tournant à la série Angel, qui commence à prendre l’eau de toute part. La sexualité y prend aussi une place considérable, mettant en avant les fantasmes les plus improbables de Joss Whedon qui n’épargne pas non plus la saison 6 de Buffy contre les vampires d’ailleurs. Toutes les combinaisons possibles et inimaginables y passent : humains de sexes opposés, de même sexe, tout comme les liaisons avec démons et monstres étrangement bizarres…

Mais on ne retient pas vraiment ses excentricités tant la saison 6 de Buffy contre les vampires que la saison 3 d’Angel se font un malin plaisir de torturer ses personnages. La dépendance, l’amour, la passion, la trahison, la haine ou la vengeance sont traités avec un soucis proche du réalisme que cela en devient foncièrement dérangeant.

Alors que la saison 3 d’Angel se conclut assez mollement, sur une intrigue laissée complètement en plan (le rapprochement sentimental entre Angel et Cordélia, qui semblait pourtant improbable) et qui n’aura jamais de conclusion, le double épisode final de la saison 6 de Buffy contre les vampires constitue le summum de la bravoure et du dévouement. Et ce n’est pourtant pas Joss Whedon qui les aura dirigé, ce qui est unique puisqu’il avait toujours ouvert et conclut chaque saison jusqu’à présent. Même si la saison 6 s’en sort avec des scores honorables, autant le public avait apprécié ses qualités, autant ils l’avaient trouvé beaucoup trop sombre à leur goût. Sans compter qu’à cette période Sarah Michelle Gellar s’était lassée de son personnage. Une dernière saison est donc programmée, afin de conclure l’histoire sur un an.

La saison 7 se veut donc très (voire trop) légère, ce qui lui fait perdre en intensité ce qu’elle gagne en comédie. On applaudit aussi le retour des crossovers avec Angel. Joss Whedon, tout comme David Boreanaz ayant vaillamment lutté dans un gros bras de fer contre les dirigeants de The WB. Ils ont finit par céder devant la détermination des deux hommes qui seraient de toute façon passé outre leur refus. Les dirigeants n’hésiteront d’ailleurs pas à se venger un an plus tard en refusant la contribution de Sarah Michelle Gellar pour la saison 5 d’Angel, empêchant Buffy de faire une ultime apparition à l’écran (elle prêtera cependant sa voix pour une unique réplique en voix off).

Bien que la saison 7 de Buffy contre les vampires parvienne à conclure une à une l’ensemble de ses énigmes qui passionnent le spectateur depuis plus de 6 ans, avouons que son déroulement est bien trop poussif. Alternant des épisodes moyens ou inutiles, la saison 7 se montre beaucoup moins subtile que les précédentes. Certes, on y côtoie aussi de la qualité (7×05 – Crise d’identité, 7×12 – La relève, 7×15 – Retour aux sources), mais ce n’est plus vraiment la même chose. La fin de règne est proche, et on la sent arriver à vive allure. Bien qu’en demi-teinte pendant plus de la moitié de la saison, Buffy contre les vampires retrouve heureusement un second souffle vers la fin lorsque Faith fait un retour fracassant à Sunnydale (7×18 – L’armée des ombres). Les cinq derniers épisodes de la série deviennent dès lors indissociables et particulièrement intenses, pour se finir dans un dantesque revirement de situation !

Pendant ce temps, le « syndrome saison 4 » de Buffy contre les vampires frappe à son tour Angel de plein fouet. A croire que le chiffe 4 est maudit dans l’univers de Buffy et Angel. Le début de la saison est tout d’abord lié à l’abracadabrante intrigue de la saison 3 qui était indigeste. Ensuite l’équipe est également confronté à un événement quelque peu imprévu : Charisma Carpenter est à cette période bientôt maman. Ne pouvant plus assurer son rôle de Cordélia (dernier personnage rescapé avec Angel des tous débuts de Buffy contre les vampires), les scénaristes l’écartent bien trop vite de l’intrigue globale de la série au point qu’elle n’y retrouvera plus jamais sa place. Devenu tarabiscoté et invraisemblable, le fil conducteur de la série est à ce stade de la série inexistant. Enfin, s’il n’y avait pas eu les heureux crossovers avec Buffy contre les vampires, la saison 4 aurait pu être qualifiée de véritable naufrage télévisuel.

Contre toute attente, Angel est pourtant renouvelée pour deux saisons supplémentaires. Buffy contre les vampires terminée, Joss Whedon a désormais les bras libres pour ne se consacrer qu’à une seule série. Et le changement est tout aussi radical que libérateur ! De plus, contraint d’abandonner le luxueux et véritable hôtel désaffecté (malheureusement soumis à la destruction cette année là) dans lequel l’équipe avait élu domicile ces quatre dernières années, les personnages sont délocalisés là où on ne les attendait pas : au cœur même des locaux de la source du mal. Joss Whedon n’hésite d’ailleurs pas à rapatrier un personnage emblématique pour relancer l’intérêt de la série : l’excellent Spike.

La dynamique entre Angel et Spike est superbement jouissive, les scénaristes n’hésitant pas à abuser de ce duo improbable au point de le rendre définitivement indissociable. Si l’on se doutait depuis la saison 2 de Buffy contre les vampires que les deux comparses avaient vécu mille et une aventures autrefois, Spike et Angel nous offre de bribes de leur passé superbement comiques, jusqu’à distiller le soupçon d’une liaison homosexuelle entre eux ! Un point de vue hautement discutable et soumis à controverse pour certains fans, mais que personnellement je trouve excellent. La saison 5 amorce la même volonté que la saison 7 de Buffy contre les vampires, elle se veut plus légère. A la différence près que cette légèreté réussi vraiment à la saison 5 d’Angel. On y croise les épisodes les plus drôles jamais tournés, à l’image de cette parodie du Muppet Show en version trash (5×14 – Les Marionnettes maléfiques) !

Mais le couperet tombe alors que personne ne s’y attendait vraiment. La saison 6 originellement prévue est tout bonnement annulée alors que la saison 5 est déjà dans un état largement avancée. Les scénaristes, tout comme Joss Whedon, modifient dare-dare le cours des événements de leur série et jouent le tout pour le tout. Sacrifiant sans ménagement les derniers personnages survivant au point d’en déstabiliser les spectateurs, la saison 5 fait un choix radical qui se voudra à l’opposé même de celui de Buffy contre les vampires : le mal triomphe toujours. Le final de la série, totalement ouvert se termine ainsi brutalement sans autre forme de procès. Angel est d’ailleurs à ce stade le seul et unique rescapé du début de la série. Ce final donne dès lors un caractère résolument pessimiste à l’ensemble des épisodes d’Angel.

Bien que les séries ont eu des hauts et des bas ou qu’elles se soient souvent perdues en conjectures, elles peuvent se targuer d’être aujourd’hui des références télévisuelles. Elles ont remit à la mode le fantastique tout comme les vampires, profité de l’incroyable talent de narrateur de Joss Whedon ainsi que sa inimitable mise en scène (dont on retrouve le même talent dans le récent Avengers produit par Disney) et réinventé le crossover au point d’en faire aujourd’hui le plus bel – et seul – exemple de la maîtrise parfaite de cet art délicat souvent mal utilisé par d’autres séries.

Un petit mot pour conclure. Après 8 années en compagnie de Buffy contre les vampires et d’Angel, Joss Whedon n’a pour autant pas abandonné ses deux bébés. Résolu à poursuivre son œuvre en l’absence de comédiens, il s’est en effet tourné vers les comics pour réaliser les saisons 8 et 9 de la première ainsi que la saison 6 de la seconde. Même si je suis plutôt amateur des comics américains, je dois avouer que je n’ai absolument pas retrouvé la patte de Joss Whedon dans ces derniers. Je passerai donc sous silence les évènements postérieurs aux deux séries (pourtant canoniques !) que je n’ai absolument pas aimé tout en préférant rester figé sur la période télévisuelle de ces deux séries que j’affectionne beaucoup.

26 juin 2012 à 16 h 42 par Olikos

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