Roswell : histoire d’un crash télévisuel

9 septembre 2011 à 6 h 50 par Olikos

La série Roswell a tenté de marier le thème du fantastique à celui de la conspiration extraterrestre alors que ce genre est déjà en plein déclin au début des années 2000. Il faut dire que si The X-Files : Aux frontières du réel l’avait remis au goût du jour en 1993, de trop nombreuses séries ont ensuite usé ce thème jusqu’à la corde pendant les années 1990 à l’image de la très poussive Dark Skies, l’impossible vérité. Roswell, réalisée par Jason Katims, a subit de plein fouet cette désaffection des spectateurs, principalement en raison des choix malheureux qui ont été fait autour de la série, et face à la concurrence impitoyable de Smallville qui remis les supers héros aux goûts du jour.

Pourtant, Roswell avait réellement tout pour être une superbe série de qualité. Elle est d’abord en partie basée sur la série de romans pour la jeunesse « Roswell Hight » (inédite en français) de Melinda Metz, et commence d’ailleurs par un long épisode d’une heure et demi remarquablement bien écrit. Le synopsis est simple mais efficace : Max Evans, Isabel Evans et Michael Guerin sont trois jeunes adolescents que rien ne semble distinguer des autres dans le lycée de la ville de Roswell au Nouveau Mexique. Comme chacun sait un vaisseau extraterrestre s’est écrasé là bas en 1947, et la ville vit depuis de l’énorme commerce parallèle d’objets basés sur les OVNI. Alors qu’ils s’apprêtent à fêter la commémoration annuelle du crash, Max Evans est témoin d’une fusillade dans le café Crash Down dans laquelle Elisabeth (surnommée Liz) Parker est touchée mortellement. Sans réfléchir, Max se précipite sur elle et lui sauve la vie. Cette action pour le moins anodine a dès lors des répercutions considérables dans sa vie et celle de ses amis, menaçant de dévoiler à jamais leurs véritables origines. Ils sont en effet tous les trois des personnes dont une partie de leur ADN est humaine et l’autre extraterrestre. Leur destin est, de plus, lié au crash de l’OVNI de 1947.

La saison 1 cultive une grande partie de mystère et de romance. La plus grande d’entre elles tournant évidemment entre Liz et Max dont le destin est désormais lié. Au fil des épisodes, on apprend peu à peu à apprécier ces trois extraterrestres dont on découvre tout au long de l’intrigue qu’ils sont surtout beaucoup plus humains qu’ils ne le croient eux-mêmes. En fin de compte, si l’on retire l’aspect alien, les épisodes tiennent vraiment la route. Max, Isabel et Michael sont en fin de compte des êtres humains légèrement plus évolués que les autres, et qui détiennent donc naturellement certains pouvoirs. Tout au long de la saison 1, le sauvetage initial de Liz connaît des répercutions de plus en plus importantes, impliquant plusieurs habitants de Roswell qui n’avaient pourtant rien demandé. Et chacun a des réactions plus ou moins différentes à la situation. Liz tout d’abord ne se pose dans un premier temps absolument aucune question, le fait d’être toujours en vie l’ayant marqué à jamais. Shiri Appleby, qui joue le rôle à l’écran, s’en sort admirablement bien.

A ses côtés, Maria DeLuca – interprétée par Majandra Delfino – est la bonne surprise de cette saison 1 (et même de la série complète). Emportée dans les tourments d’une conspiration à laquelle elle n’aurait jamais voulue être impliquée, elle s’impose finalement naturellement tout aux longs des 22 épisodes. A la fois sensible, hystérique, comique ou compréhensive, Maria DeLuca est incontournable dans la série. Beaucoup plus anecdotique, la saison 1 fait également intervenir Alex Whitman, dont le rôle se révèle assez limité. Interprété par Colin Hanks (le fils de Tom Hanks), Alex est assez inconsistant dans cette saison, poussant d’ailleurs le comédien à se retirer de l’aventure dès l’année suivante. A peine faire-valoir sans prétention aucune, Alex n’obtient ses galons qu’après avoir quitté la série… dans une histoire tout aussi abracadabrante que foncièrement stupide durant la saison 2 !

La tension de la série durant la saison 1 va crescendo à chaque nouvel épisode, le spectateur est ainsi happé par des intrigues très pertinentes. Pourtant, trop vite, les scénaristes commettent un premier dérapage qui va faire tache d’huile et entraîner le déclin de la série : le personnage de Tess (Emilie de Ravin, que l’on connaît de nos jours mieux dans la série Lost – Les disparus). Dès son intrusion dans la série, Tess se révèle un personnage antipathique, elle détruit peu à peu les relations entre les héros et finalement tout commence déjà à se gâter dans la série dès son arrivée. N’arrivant heureusement que tardivement, les dégâts ne sont cependant pas encore considérables, et Tess reste heureusement assez anecdotique pour ne pas ternir la qualité de cette saison 1. Surtout que le suspense est à son comble dans les derniers épisodes, où Max est kidnappé puis torturé de façon éprouvante. Certains personnages que l’on pensait être dangereux se révèlent même d’étonnant nouveaux alliés à l’image du Shérif James Valenti (William Sadler).

La saison 1 se termine alors en apothéose, et n’est finalement compromise que par son twist final, dans lequel l’intrigue se recentre malheureusement trop vite autour de Tess. La séparation extrêmement brutale entre les deux vedettes de la série Max et Liz déchire réellement le spectateur qui ne s’y attendait pas le moins du monde. La saison 1 bénéficie ainsi d’une sorte de fin ouverte au dénouement inattendu. Il était donc évident que la saison 2 allait répondre à nos questions. Pourtant, Warner Brothers Network n’est pas du tout satisfait par la série qui ne répond pas à l’attente des dirigeants. La chaine décide en effet en 2000 de mettre un terme à Roswell. Mais les fans désapprouvent cette idée. Une étonnante mobilisation va alors se produire, les fans américains se mobilisent massivement et font plier la chaine Warner Brothers Network qui accorde donc à Roswell une seconde saison.

Mais malheureusement, tout espoir est anéanti et ce dès le premier épisode de la nouvelle saison. Le ton de la série est radicalement modifié en quelques minutes (sans doute pour mieux respecter le cahier des charges des dirigeants de Warner Brothers Network), la plupart des personnages ont désormais une psychologie différente venue d’on ne sait où et la série balaye littéralement tout romantisme dans son intrigue. Assez vite, la saison 2 s’empourpre dans des invraisemblances et des énormités inexplicables. Là où la saison 1 jouait sur le registre humain, la saison 2 milite pour le côté extraterrestre et la théorie du complot extravagante, ce qui la décrédibilise au fur et à mesure des épisodes. Pire, Tess se retrouve au cœur même du fil rouge de la saison 2, qui accumule donc boulettes et énormitées en tout genre. Clairement, le public ne suit plus, s’est complètement perdu dans les histoires alambiquées, et préfère se réfugier dans la saison 1 de Smallville qui entre en concurrence directe avec Roswell en proposant le même type de personnages adolescents ayant des pouvoirs surnaturels. La saison 2 est une vrai bérézina, une vrai catastrophe télévisuelle. Colin Hanks est ainsi le premier à s’en rendre compte, et préfère quitter rapidement la série. Si on le comprend tout à fait, le départ d’Alex dans le scénario va alourdir encore plus une intrigue déjà inintéressante et non crédible. La saison 2 se crée peu à peu son propre tombeau, et le final de la saison tombe comme sur un cheveu sur la soupe. La série est tombée tellement bas qu’on a de fort doute qu’une suite puisse être lui être accordée. La décision de Warner Brother Network est sans appel : s’en est terminé de la série.

Pourtant, les fans veulent lui donner une dernière chance. Car malgré la qualité éprouvante de la saison 2, on finit par s’attacher à Liz, Max, Michael, Isabel, Maria, Jim et Kyle. Il faut dire que les acteurs restent convaincants, en dépit des mauvais scénarios qui ont été écrit autour d’eux. La chaine concurrente UPN y croit d’ailleurs elle aussi en rachetant les droits de la série (elle fera d’ailleurs de même pour Buffy contre les vampires qui a obtenu ses saisons 6 et 7 grâce à elle). La série est pourtant tombée déjà si bas qu’on se demande comment UPN a pu croire à une résurrection de Roswell. On ne pouvait se faire en fait qu’une raison : la saison 3 ne pouvait se permettre de tuer encore plus la série et garantissait donc obligatoirement de relever le niveau. Sans compter que la mobilisation des fans étaient toujours aussi forte en 2001 que l’année précédente.

Sauf que la série ne décolle pas vraiment, et rapidement UPN fait comprendre aux auteurs de Roswell que la saison 3 sera la dernière. Les scénaristes ayant désormais plusieurs mois devant eux pour conclure plus correctement leur intrigue globale, on remarque rapidement que le niveau s’élève de plus en plus au fil des épisodes. Déjà, nous nous recentrons enfin sur ce qui nous avait manqué depuis la saison 1 : la relation entre Max et Liz. Entre disputes et réconciliations, la saison 3 remonte dans l’estime des spectateurs. Elle se permet de prendre enfin ses distances avec la théorie du complot qui nous avait déjà durement éprouvé dans la saison 2. La saison 3 propose également des épisodes d’une grande justesse, et certains d’entre eux sont d’une sensibilité étonnante, à l’image de l’épisode de Noël où Max oublie enfin de centrer ses actions sur sa seule personne pour aider un jeune garçon autiste. On a même droit à une désopilante parodie de la série Ma sorcière bien aimée.

Toutefois, la saison 3 ne peut échapper aux énormités commises au cours de la saison 2. Et quand vient enfin le moment de conclure plusieurs de ses intrigues, on se rend compte que les scénaristes ont un mal fou à finaliser proprement des histoires qui s’était révélées abracadabrantes l’année précédente. La saison 3 retombe d’ailleurs quelquefois dans les excès en offrant par exemple un double épisode de milieu de saison très tiré par les cheveux. De la même façon, la saison 3 ne peut pas faire l’impasse sur le personnage de Tess, et lui consacre donc un ultime épisode dans lequel l’histoire se termine relativement bien, et en donnant enfin un semblant de consistance à Tess par un habile tour de passe-passe. Au fur et à mesure, chaque pièce du puzzle de la série est résolu une à une et la série se permet d’obtenir une véritable fin. Ce qui arrive rarement à certaines séries américaines mortes trop brutalement sans aucune conclusion.

Roswell c’est ainsi une idée de départ excellente qui a su se cultiver au cours d’une exceptionnelle saison 1 puis l’histoire d’un énorme crash télévisuel dans une éprouvante et incohérence saison 2. Sauvée in extremis par deux fois par les fans dévolus aux comédiens si attachants, Roswell s’est vu offrir ce qu’on aurait jamais cru possible : une ultime saison intéressante qui a su légèrement relever le niveau artistique même si elle n’a jamais pu atteindre celui de la saison 1. Aujourd’hui, Roswell reste une série à découvrir car elle est l’une des dernières représentantes d’un style fantastique et ufologique typique des années 1990 mais qui a subit de plein fouet le déclin de ce genre télévisuel tout en n’ayant pas su être exploitée correctement. Elle ne vaut que pour ses acteurs talentueux qui se démènent comme ils le peuvent pour sauver les histoires du naufrage, et qui se révèlent tous à tour de rôle extrêmement attachants (à la seule exception de Tess). Roswell c’est aussi un cas d’école à noter pour la surprenante mobilisation des fans qui ont contribué à ce que la série puisse avoir une vrai conclusion et ce malgré sa qualité décevante. Un luxe qui est rarement accordé à de nombreuses séries.

N.B. : Peu de personnes le savent, mais Roswell est l’une de ces séries américaines dont la version DVD est différente de celle qui fut diffusée à la télévision. En raison de problèmes de droits d’exploitation de plusieurs chansons, elles durent être retirées et remplacées par Jason Katims afin que la série puisse être commercialisée. En France, seule la première diffusion de la série sur M6 comportait les chansons d’origine, depuis seules les nouvelles les remplacent dans toutes les rediffusions.

9 septembre 2011 à 6 h 50 par Olikos

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