Sliders – Les mondes parallèles : Quand un concept original s’est perdu avec les années

22 juin 2009 à 13 h 32 par Olikos

Après Profiler présenté sur ce blog, c’est au tour d’une autre série coup-de-coeur de faire l’objet d’une analyse. Également diffusée par M6 dès 1996, Sliders – Les mondes parallèles a fait la joie de la petite chaine qui montait et s’ancrait dans les programmes fantastiques de la chaine suite au succès incontournable de The X-Files – Aux frontières du réel. Créée à l’origine par Tracy Tormé et Robert K. Weiss, la série a vécu une existence troublée, parsemée de conflits internes et de bouleversements profonds tout au long de sa conception. Constamment renouvelée et modifiée, la série s’est perdue puis retrouvée si souvent qu’aujourd’hui encore les fans ont bien du mal à exprimer pour quelle raison ils sont restés attachés à cette série unique en son genre si malmenée par la Fox.

La série compte officiellement 5 saisons. Pour autant, en tenant compte de sa diffusion chaotique ne respectant pas l’ordre voulu par les producteurs et les scénarios des épisodes, on peut redécouper la série en 5 parties distinctes, mais ne correspondant alors plus à la liste officielle présenté dans les DVD. La première partie correspondrait ainsi aux deux premières saisons, la seconde au deux tiers de la saison 3, la troisième à dernière partie de la saison 3, enfin les saisons 4 et 5.

Sliders – Les mondes parallèles s’ouvre de façon magistrale par un somptueux pilote intitulé « Un monde selon Lénine ». Actuellement toujours aussi abouti, ce premier épisode pose les bases générales que la série aura au bien du mal à conserver. Bien que caricaturant légèrement la guerre froide, le scénario reste suffisamment crédible, avec une bonne dose d’humour et de lois de la physique que l’on ne décroche à aucun moment. Mené tambours battants, l’histoire est riche en rebondissements jusqu’au superbe dénouement final. Ensuite, il convient de visionner la série dans un ordre différent pour en ressentir tout le potentiel. Le meilleur ordre possible est de visionner « Un monde hippie », « Un monde très british » , « Un monde sans maladie », « La fin du monde », « Le monde de l’intellect », « Un monde au féminin », « Un monde pour Rembrant » et enfin « Un monde parfait ». Notons d’ailleurs avec un sourire l’étrange choix éditorial de l’adaptation française imposant que chaque titre de la série commence par « Un monde » ou « Le monde », alors que ce n’était absolument pas le cas des titres originaux. En regardant le début de la série dans cet ordre, vous comprendrez bien mieux les raisons qui poussent les glisseurs à passer de monde en monde à une heure bien précise, alors qu’ils pouvaient glisser n’importe quand dans le pilote. L’explication ne sera jamais donnée par la série, la diffusion dans le désordre poussa Tracy Tormé et Robert K. Weiss à couper une scène essentielle de l’épisode « Un monde hippie ». Dans celle-ci, Quinn et Arturo expliquait pourquoi ils ne pouvaient plus activer le minuteur à l’avance. Le résumé de « la scène perdue » peut être lue ici : http://leminuteur.free.fr/sceneperdue.htm

Très bien menée, la saison 1 se termine sur un autre excellent épisode nous présentant pour ainsi dire un monde parfait sous tous les points. Mais la réalité cachée derrière ce paradis terrestre pousse inévitablement le spectateur à se poser nombre de questions existentielles. La saison 1 se termine par un gros cliffhanger : Quinn est mortellement touché. Alors que les fans sont en émois, un premier coup de tonnerre éclate : la série ne sera pas reconduite ! Devant la levée de bouclier de ces derniers, la Fox renouvèle Sliders – Les mondes parallèles mais impose ses conditions : pas de Nicolas Léa, et aucun lien entre chaque épisode afin de pouvoir les diffuser à leur guise. En catimini, Tracy Tormé résout tout de même le cliffhanger en 45 secondes et l’insère dans le premier épisode diffusé par la Fox. Une fois la pilule passée, Sliders – Les mondes parallèles repart de plus belle dans une nouvelle saison riche en rebondissements. Point culminant avec « Un monde de renommé », un épisode qui aura fait couler beaucoup d’encre chez les fans ! Est-ce bien le véritable Arturo qui a glissé avec nos amis ? Nous ne le saurons finalement jamais, et nombre de fans considèrent aujourd’hui le vrai Arturo oublié dans ce monde. Contrairement à la saison 1, le final de la saison 2 n’est qu’une succession de péripéties peu agréables à suivre et n’est sauvé que par le traitement inédit du temps allant à reculons pour nos glisseurs. Toutefois, la seconde saison aura su offrir de grands moments de télévision.

Acclamé dans le monde, la série est reconduite une année supplémentaire par la Fox. Délocalisée de Vancouver (Canada) à Los Angeles (Etats-Unis), le tournage de la série amorce son premier des nombreux changements radicaux qui effriteront continuellement son esprit par la suite. L’arrivée de David Peckinpah y est sans nul doute pour quelque chose. Bien que démarrant sur de très bons épisodes, Sliders – Les mondes parallèles perd peu à peu de vue son objectif d’origine. Quelques épisodes valent le coup d’oeil, mais la sauce a bien du mal à prendre par la suite. La Fox s’impliquant apparemment bien trop dans le déroulement des scénarios, c’est la désertion : Tracy Tormé, Robert K. Weiss et jusqu’à John-Rhys Davies préfèrent jeter l’éponge en quittant la série ! La réputation de ce dernier – britannique jusqu’au bout des ongles – n’est plus à faire. John-Rhys Davies est connu pour ne jamais hésiter à critiquer ouvertement les scénarios mal écrits ou sans intérêts. Après le départ de Tracy Tormé et de Robert K. Weiss, résolument attachés au Professeur Arturo, plus rien ne le retient et ce dernier quitte à son tour le show dans un double épisode finalement bien mené. Dans une interview accordé à l’époque au magasine TéléStar, John-Rhys Davies indiquait ainsi avoir fait le tour du personnage et de la série. La perte est immense, incommensurable même ! La série est à un nouveau tournant, qui sera encore une fois radical. Pour autant, la première partie de la saison 3 n’est pas entièrement à jeter aux oubliettes. De nombreux épisodes sont vraiment intéressants, et la saison 3 est la seule à avoir bénéficié de moyens importants et de tournages en extérieur. A noter également que l’épisode « Un monde de nécrophage » doit être visionné entre « Un monde de jeunesse éternelle » et « Un monde d’Exode » pour plus de logique, suite à un choix de diffusion discutable de la Fox.

Les 7 derniers épisodes de la saison 3 s’enchainent alors sans aucun intérêt. La série s’enfonce dans l’invraisemblance en offrant des épisodes dignes des « Contes de la Crypte ». Où est donc passé la marque de fabrique de la série ? Les uchronies ont disparues au profit du morbide, chaque nouvel épisode ressemblant plus au film d’horreur à deux sous qu’à un épisode fantastique ou de science fiction ! La perte du Professeur Arturo laisse un immense vide à la série, et l’arrivée précipitée de Maggie Becket ne le comblera jamais. Antipathique au possible, celle-ci détruit à elle seule l’esprit Sliders – Les mondes parallèles. Sans cesse poussée par une agressivité incroyable, elle parvient à dissoudre les liens qui unissaient Quinn, Rembrant et Wade en quelques épisodes seulement. A partir de là, plus personne ne croit au potentiel de la série. M6 la première qui déprogramme carrément la série de son horaire habituel pour diffuser ces derniers épisodes aux alentours de 23h30 de façon occasionnelle après la Trilogie du Samedi. Bien heureux aura été celui qui aura vu en intégralité la saison 3 sur M6, puisque rare sont ceux qui connaissait la fin de celle-ci. Au final, aucun regret à avoir. Ces 7 derniers épisodes n’ont au final aucun intérêt et on les oublie bien assez vite après les avoir vus. Une seule chose compte désormais : nos glisseurs ont enfin retrouvé les coordonnées de leur Terre d’origine à la fin de la saison 3. Après un minuscule rebondissement, Rembrant et Wade glissent vers leur Terre mais sont séparés de Quinn et Maggie.

La Fox lâche alors définitivement la série, l’audience de cette dernière s’étant effondrée suite aux modifications radicales voulues par David Peckinpah, mais les fans américains sauront se faire entendre. Du 16 mai 1997 au 8 juin 1998, Sliders – Les mondes parallèles disparaît des écrans. On la retrouve alors sur la chaine Sci-Fi, pourtant le fan français va devoir attendre pour découvrir la quatrième saison. Attendre trois ans en fait ! M6 ne croyant absolument plus à la série, c’est surtout sous la pressions des fans que la chaine décidera finalement de diffuser la série à partir de février 2000. La série prend une fois encore une tournure radicale. La Terre est envahi par les Kromags (brièvement aperçus dans la saison 2) et Rembrant et Wade ont été kidnappés. Les scénaristes affichent ici leur volonté d’oublier tout ce qui s’est passé durant le final de la saison 3. A la seule exception de la mort de Arturo et l’arrivée Maggie Becket, la saison 4 fait directement suite à l’épisode « Un monde d’envahisseur » de la saison 2, ainsi qu’à l’épisode « Un monde de brume » de la saison 3. Pour résumer, le Quinn Alternatif ayant résolu l’équation dans l’épisode pilote de la série a involontairement donné la même chose aux Kromags. Ces derniers se sont empressés d’utiliser cette technologie pour assouvir les peuples des différents mondes et se nourrir d’eux. Lorsque nos glisseurs les rencontrent la première fois, Rembrant se fait implanter involontairement un traceur qui ne s’activera que lorsque ce dernier retournera sur sa Terre d’origine.

Relancer la série sur de nouvelles bases était une bonne idée, mais cette trame narrative sera mise à mal par l’arrivée de Colin Mallory. Sans aucun doute la plus grosse incohérence de la série. Pour expliquer son arrivée dans la série, les scénaristes nous apprennent alors que Quinn vient d’un autre monde, et que son frère et lui ont été cachés dans des mondes parallèles pour échapper aux Kromags. Inévitablement, le scénario n’a plus la moindre logique par rapport aux saison 2 et 3 !

La saison 4 arrive toutefois à trouver un certain équilibre aidant à s’attacher à nouveau à la série. Bien que l’intrusion des Kromags fut une erreur grotesque – ou du moins mal intégrée – quelques épisodes offrent des uchronies comme à son origine. L’humour se mêle à nouveau à la science et à la dérision. Maggie s’est considérablement assagie et on parvient enfin à se faire à sa présence. Quinn et Rembrant, fidèles à eux-mêmes, confortent d’ailleurs ce sentiment de retour aux sources. Mais la série a bien du mal à égaler ses débuts. A commencer par cette mauvaise impression de huit clos, où tous les épisodes se déroulent par soucis d’économies en intérieur aux célèbres studios Universal (dont les décors se retrouvent dans de nombreuses séries comme Lois & Clark – Les nouvelles aventures de Superman, Ally Mc Beal, Le Caméléon ou Dr Quinn, femme médecin). La disparition de Wade est éclipsée en quelques lignes de dialogues et rien ne permettra de savoir ce qu’il est advenue d’elle. Enfin, l’arrivée de Colin Mallory, bien qu’offrant de nombreux moments de burlesque, ne mettra en évidence qu’une seule chose : Charlie O’Connell n’est définitivement pas un bon comédien ! La saison 4 se termine comme elle a commencé, sans aucune saveur et de façon invraisemblable. Diffusée en à peine un mois sur M6, cette saison confirmera les craintes de la chaine. Cette dernière officialisera son désintérêt pour la franchise, et ne renouvèlera plus son contrat d’exclusivité. La saison 5 ne sera alors jamais diffusée.

Commence alors une longue attente pour le fan français. La saison 5 se fait résolument attendre. Malgré ses incohérences, malgré la présence inutile des Kromags, malgré le départ de Wade et d’Arturo, on réalise qu’on est quand même attaché à l’univers de Sliders – Les mondes parallèles. Un je-ne-sais-trop-quoi qui fait qu’on continue de suivre leurs pérégrinations. Car la force de Sliders – Les mondes parallèles est de répondre à une ritournelle bien ficelée commençant toujours par : Et si ? Et si le vrai Arturo était resté coincé dans une dimension parallèle dans la saison 2 ? Il ne pourrait donc pas être mort. Et si Quinn et Maggie ont échoués sur la mauvaise planète Terre ? La vrai Wade n’aurait jamais été enlevée et Quinn se serait pas né dans une autre dimension… A chaque épisode, on espère, on croit, on est déçu, mais on y revient encore et toujours.

Finalement, trois nouvelles années vont s’écouler. C’est finalement la chaine 13e Rue qui récupéra les droits de diffusion de la série (grâce à la ténacité des fans), et par la même adapta l’ultime saison. Pourtant, s’agissant d’une chaine câblée, bien peu furent les personnes qui eurent accès à cette saison 5. Pour ma part, c’est huit ans que je du attendre pour la découvrir pour la première fois. Une fois de plus, le choc est redoutable. Après Arturo et Wade, c’est au tour de Quinn et Colin de disparaître de la série. Si l’absence de Colin est une vrai bénédiction, il est beaucoup plus difficile d’ingérer la nouvelle trame narrative de la saison 5. Quinn est fusionné par le Dr Geiger dans le corps d’un de ces doubles qui – forcément – n’a pas la même apparence. Les deux premiers épisodes passés, on se raccroche à tout ce qu’on peut : Rembrant en l’occurence (ultime acteur d’origine), et dans une moindre mesure Maggie. Les erreurs de la saison 4 sont effacées, mais les incohérences se multiplient une fois de plus. La série retrouve quelques décors en extérieur, et quelques épisodes sont rondement menés. L’adjonction de Mallory et de Diana sont dignes d’intérêt, mais que reste-t-il vraiment à la série. Pas grand chose en fait. L’énigme autour de la disparition de Wade est levée au cours d’un ultime épisode, et la domination des Kromags vacille enfin dans le dernier épisode.

Au final, Sliders – Les mondes parallèles s’est l’histoire d’un brillant concept malmené, remanié, continuellement modifié et accumulant au cours de ses cinq années de vie les plus grosses invraisemblances jamais imaginées. On remarquera avec stupeur que chaque glisseur d’origine finira par disparaître petit à petit dans des circonstances toujours tragiques. Du professeur Arturo se sacrifiant pour sauver ses amis, à Wade et Rembrant qui en feront de même (l’énigme dans son cas n’est pas vraiment levée, mais la série ayant été annulée, on peut malheureusement le croire), tout comme Quinn s’évaporant de la conscience de Mallory afin de le laisser survivre jusqu’à Colin désintégré par un vortex. Tous les personnages forts que nous aimions n’auront pas su survivre à la glisse. En conséquence, Sliders – Les mondes parallèles devient inévitablement une série pessimiste où tout ce que nous croyons possible s’est évaporé en cinq ans. Sliders – Les mondes parallèles, c’est une série continuellement chamboulée, mais qui est pourtant parvenue à trouver son public. Bien que n’ayant pas aimé certains changements radicaux, je suis de ceux là, et conserve encore une place particulière à cette série.

22 juin 2009 à 13 h 32 par Olikos

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