Profiler – Une série angoissante

5 janvier 2009 à 9 h 00 par Olikos

Profiler

Profiler est une série télévisée américaine créée par Cynthia Saunders en 1996 pour la chaine NBC. Elle arriva en France un an plus tard sur M6 au sein de la Trilogie du Samedi, en dernière partie de soirée. Profiler fut à tort rapidement catalogué parmi les séries fantastiques, alors qu’elle n’en fut jamais une. Les spectateurs français firent simplement la confusion avec Millennium, créée par Chris Carter (auteur de The X-Files : Aux frontières du réel) qui arriva sur les écrans au même moment de l’année. Là où Frank Black est animé par des visions d’horreurs, Samantha Waters n’a jamais eu le moindre don de voyance ni de prémonition ! Ce que nous voyons à l’écran, sous forme de flashs, sont simplement ses pensées et son raisonnement par rapport à son expérience et sa logique de déduction pour appréhender les tueurs en série. Certes, les propos des épisodes sont assez noirs et glauques, pour autant, la série aura su vivre quatre années exceptionnelles, par une distribution de très grande qualité et un suspens très élaboré. Car à cette époque, l’ADSL n’existait pas, le téléchargement sauvage d’épisodes et le spoiler n’était pas accessible au commun des français. En dehors des magazines – qui avait un grand succès -, rien ne permettait de savoir à l’avance ce qu’il allait advenir de la suite de la série, mais surtout de ses personnages où la mort les attendaient à chaque seconde.

La force de Profiler vaut tant pour la qualité de ses scénarii, que par la diversité des histoires secondaires qui parsèment l’ensemble des épisodes de la série. Bien entendu, l’arc principal de la série reste la passion malsaine que porte un psychopathe surnommé « Jack de tous les coups » (en français) à Samantha Waters. Cette dernière se voit en effet, dès le début de la série, harcelée par cet individu dont on ignorera le nom et le visage tout au long des trois premières années du show. Jack n’hésite devant aucun meurtre pour éliminer toutes les personnes qui sont chères à Samantha, de façon souvent atroces. Exploitant pour la première fois à l’écran une technique de « filtre bleu » sur l’objectif de la caméra, additionné à la maîtrise des plans, le spectateur n’arrive jamais à distinguer clairement le visage de cet être abject, augmentant alors souvent la tension de chacun des épisodes où il apparait. Il attaque là où on l’attend le moins, et toujours de façon brutale. Pour autant, la série reste accessible à tous les publics, même si évidemment je déconseille les enfants. Malgré son thème, la série est très accessible, facile à suivre et au final jamais gore. Elle fait plus preuve de suggestion sur les spectateurs, qui se laisse embarquer par les histoires.

Bien que l’arc principal repose sur la relation entre Sam et Jack, chaque épisode se concentre sur une enquête propre, et se conclut donc à chaque fois. Le schéma narratif est pratiquement le même à chaque fois : une personne meurt, la section spéciale du FBI nommé le VCTF intervient. Elle est constituée de manière classique également : un chef bourru (Bailey Malone), le profiler (Samantha Waters), le médecin légiste (Grace Alvarez), le flic reconverti (John Grant) et le férru d’informatique (Georges Fraley). Une constitution solide, parfaitement rodée et reprises par toutes les séries antérieures et postérieures (NCIS enquêtes spéciales, Les Experts…). Elle échappe cependant à la monotonie par la richesse incroyable des intrigues secondaires qui tissent une toile de fond entre plusieurs épisodes. Cette équipe « de base », si je puis dire, est complété par des personnages de passage dont certains font une brève apparition, puis disparaissent sans la moindre explication, sans que cela ne choque le spectateur.

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Certains fans affirment sans remords que seulement deux arcs narratifs existent (Saison 1 à 3, puis saison 4), Profiler développe une intrigue propre à chaque saison. La première est avant tout la saison de l’introduction de l’intrigue autour de Jack. Très impliqué du début à la fin, Jack en fait voir de toutes les couleurs à la VCTF. On accroche donc immédiatement à la série, dont on espère qu’il sera arrêté par la VCTF. La seconde saison amorce un virage plus intéressant en consacrant plus de place aux membres de l’équipe. Jack ne s’en prend plus directement à la VCTF, mais à leurs proches, confinant alors un sentiment d’angoisse et où chaque membre de l’équipe du FBI peut disparaitre d’une seconde à l’autre. Jack, offusqué par le refus de Sam d’entrer dans son jeu se tourne alors vers Sharon Lester qu’il essaie de former à son image. Mais celle-ci devient trop rapidement à son goût un électron libre bien loin de son idéal : Samantha Waters. Il commet alors ses premières erreurs conduisant à un final de saison particulièrement palpitant. Jack ne peut plus s’échapper, il est pris au piège. Un cliffhanger de grande qualité.

Durant la pose estivale, Ally Walker décide de ne plus continuer à jouer dans la série. Etant à ce moment là marié avec l’un des grands chefs de la chaine NBC, son départ ne fait pas beaucoup de vague. Cependant, elle rempile une saison supplémentaire afin de conclure dignement l’arc narratif autour de Jack. La troisième saison fut contestée par une grande majorité de fans. Le début de saison marque ainsi un tournant assez significatif pour la série.

Plusieurs comédiens sont remerciés, Chloé Waters (sa fille) passe d’une jeune fille de 8 ans interprété par Caitlin Wachs en adolescente de 11 ans joué par Evan Rachel Wood. La métamorphose est d’autant plus spectaculaire que les deux derniers épisodes de la saison 2 et le premier de la saison 3 se suivent chronologiquement. Mais ce changement n’est pas du tout anodin, il fait suite à un évènement majeur : Jack est démasqué, on découvre alors son vrai visage sous le nom de Donald Lucas. Aboutissement de deux années d’enquête aussi engoissantes que passionnantes, le spectateur n’est pas dupe une seule seconde. Ce Lucas n’a aucun charisme, et ne semble pas être responsable des horreurs commises en son nom. L’intrigue autour de Jack semble alors perdue, les personnages retrouvent une vie plus saine et plus normale. Sans doute la raison pour laquelle certains fans ont été déçus par cette saison. Mais il fallait bien s’attendre à un revirement ! Jack, depuis sa cellule, recommence à torturer Samantha Waters et lorsqu’il implique dans son jeu malsain Chloé, nous saisissons alors très vite qu’il ne fallait surtout pas le sous estimer. Nouveau cliffhanger de saison : Jack parvient à capturer Sam. Il l’a veut sienne pour toujours.

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La quatrième saison, qui en plus d’être l’ultime de la série, marque un second tournant, plus fatal pour les fans : Ally Walker ne reviendra plus comme personnage régulier. L’intrigue autour de Jack est donc résolu durant les deux premiers épisodes. Bien qu’Ally Walker est décidé de partir, le succès de Profiler a incité NBC a renouveller la série une année supplémentaire. Le casting eu donc besoin d’engager un nouveau profiler : Rachel Burke. En dehors de son nom qui se prête facilement à tous les jeux de mots foireux, l’introduction de son personnage vaut tout de même le coup d’oeil. Rachel s’intègre donc très vite à l’intrigue sans dénaturer le récit. Tourné sous la forme d’une conclusion, les deux premiers épisodes de la saison 4 aurait pu, sans prétention aucune, servir de fin digne à la série. L’affrontement final entre Sam et Jack de ce début de saison récompense tous les spectateurs qui l’on suivi jusque là.

Ensuite, Profiler perd beaucoup de sa superbe. L’arc narratif de Jack éliminé, les scénaristes ont beaucoup de mal à redorer le blason de la série. La première moitié de saison se cherche beaucoup, et ne parvient pas à trouver un nouveau souffle. Heureusement les enquêtes restent toujours d’une qualité exemplaire. Rachel Burke parvient à s’imposer naturellement dans le rôle de nouvelle profiler au sein de la VCF, mais on regrette énormémement la richesse des récits secondaires des années précédentes. Pourtant, dès la seconde moitié de la saison, les scénaristes parviennent à relever le défi en opposant à Rachel un ancien collègue ripoux : le redoutable agent Marks. Dès lors, les épisodes retrouvent une dynamique plus constructive, et la saison enchaine des épisodes marquants. Dans un ultime revirement des scénaristes, qui conscient du potentiel énorme de leur nouvel arc, propose une nouvelle fois un cliffhanger de saison palpitant. Mais tout s’écroule alors pour Profiler. NBC, déçu par les audiences en chute libre de la série, décide de ne pas la reconduire. D’autant plus que la saison ne remporte pas non plus les suffrages dans le reste du monde (M6 ne diffusera d’ailleurs ces épisodes que deux ans et demi après la fin de la série). Contrairement à sa concurrente Millennium qui fut sauvée par les bonnes audiences en Europe, Profiler se termine malheureusement en queue de poisson. Le cliffhanger ne sera jamais résolu : le VCTF est dissout et Rachel Burke comdamné pour un crime qu’elle n’a pas commis.

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Avant de conclure, il est intéressant de noter également que Profiler a été l’occasion de trois magnifiques crossover avec la série Le Caméléon, série « confrère » (car diffusée par la même chaine) et dont son destin sera exactement le même (née la même année, annulée par les producteurs au même moment et se terminant également sur une intrigue non résolue). Si l’univers du Caméléon peut parfois sembler non adapté à l’intrigue de Profiler, leur rencontre est d’envergure. Jarod s’intègre d’ailleurs si bien dans l’univers de Profiler qu’il deviendra un personnage secondaire récurrent, et où toutes ses apparitions sont de qualité. Il y fera ainsi trois apparitions : dans l’épisode 19 de la saison 3, et dans les épisodes 11 et 18 de la saison 4.

Profiler fut personnellement une très grande série qui a su se renouveler à chaque saison. Le départ – volontaire – d’Ally Walkers fut ouvertement constesté par les fans, le remplacement d’un comédien est souvent mal vécu dans toutes les séries. Mais la richesse des scénarii, combiné à l’extraordinaire et passionnant développement de ses intrigues secondaires, ont assuré une pérénité à la série. Profiler a été, et reste encore, un grand moment de télévision. L’intégrale de la série est désormais disponible à la vente dans deux éditions différentes : un intégrale dans un coffret métalisée (et une faute d’orthographe dessus !) ou un coffret par saison. Seul regret, seule la version française y est incluse sans le moindre bonus.

5 janvier 2009 à 9 h 00 par Olikos

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