Pokemon Noir - Victini et Reshiram / Pokemon Blanc - Victini et Zekrom

Quelques informations

Pour la toute première fois de la saga, ce n'est pas un seul, mais deux variations d'une même histoire qui sont sorties simultanément au cinéma au Japon : Pokémon Noir - Victini et Reshiram d'un côté et Pokémon Blanc - Victini et Zekrom de l'autre. Seul Pokémon Noir - Victini et Reshiram eu l'honneur d'une diffusion télévisée, d'abord sur Disney XD, puis Gulli avant que les deux films soient proposés simultanément en DVD et Blu-ray le 6 juin 2012 en France.

De nombreux fans se sont toujours déchirés pour savoir si les films Pokémons doivent être considérés comme canoniques ou non par rapport à la série. J'ai toujours considéré que c'était le cas personnellement, les films font partis intégrante de la série. Toutefois, une question demeure avec ce dyptique : lequel des deux films est-il canonique et quel est celui qui doit être considéré comme une version alternative ? Si l'on se base sur la diffusion de la série télévisée (Zekrom apparait dès le premier épisode de la saison 14, il ne peut donc pas être endormi au moment du film), il ne fait aucun doute que Pokémon Noir - Victini et Reshiram est le film canonique.

Résumé

Sacha, Iris et Rachid participent à un tournoi à Eindoak. Ils font la rencontre de Carlita, de sa mère Juanita et de son frère Damon. Ce dernier a été convié par le Maire pour participer à la restauration du château médiéval qui surplomble le village. Mais ce dernier a un autre projet beaucoup plus grandiose en tête : il veut restituer dans ses terres l'ancien Royaume du Val. Malheureusement, en voulant mener à terme son projet, il vole les pouvoirs du puissant pokémon Victini. Sacha va donc devoir s'opposer à Damon pour sauver son nouvel ami mais, pour cela, il va devoir s'allier avec Reshiram, le héros de la réalité, ou avec Zekrom, le héros de l'idéal !

Analyse de l'oeuvre

L'aventure Pokémon nous a énormément fait voyager durant quatre générations. La quatrième était cependant celle qui s'était légèrement embourbée dans sa mythologie, remettant en cause des choses que l'on tenait pour acquises et qui s'empourprait dans des considérations métaphysiques assez irréalistes. Avec la cinquième génération, Game Freak choisit de remettre complètement à plat la licence Pokémon. Le studio de développement fait évoluer l'âge principal des protagonistes, qui sont désormais de jeunes adolescents dans les jeux Noir et Blanc, fait quasiment table rase de tous les pokémons créés jusqu'alors et oriente désormais la saga dans une nouvelle direction. Ainsi débarrassée des théories pseudo-scientifiques, la saga adopte un point de vue beaucoup plus spirituel en s'inspirant du taoïsme mais aussi philosophique en confrontant le réalisme et l'idéalisme.

Partant du principe que la science ne peut tout expliquer, la cinquième génération flirte plutôt avec le fantastique, tout en remettant au centre de l'intrigue ses personnages. Les idées de bases du Tao, comme le Yin et le Yang, les cinq éléments constituant la vie ou encore l'énergie cosmo-tellurique se retrouvent dès lors intégrés au coeur du nouveau départ de la franchise Pokémon. Quelque chose qui a visiblement imprégné les scénaristes car on retrouve cette idée successivement au début de la saison 14 de la série télévisée, mais également dans ce quatorzième long métrage. Malheureusement, coupé court dans son audace par le séisme du 11 mars 2011, la licence animée ne s'en remettra jamais réellement et ce cycle prometteur fut sabordé avant même de se mettre en place. Ce long métrage est donc actuellement le seul et unique représentant de l'esprit cinématographique originel voulu pour cette génération  !

Pour cela, Pikachu the Movie voit les choses en grand ! Non content de proposer un unique film en salle, comme cela était une tradition jusque là, le studio d'animation en propose deux : Pokémon Noir - Victini et Reshiram et Pokémon Blanc - Victini et Zekrom. Nous serons d'accord pour dire qu'il s'agit ici visiblement d'une pure stratégie mercantile destinée à doubler le nombre d'entrées en salles. Ce n'est pas tout à fait faux dans le principe, même si finalement le nombre d'entrées combinées pour les deux films sur le territoire japonais a été légèrement en dessous de la moyenne des films précédents. L'existence de ce duo de films doit probablement avoir une autre explication. Il s'agit peut-être de rendre hommage aux traditionnels diptyques sur la console portable de Nintendo. Après tout, depuis ses origines, Pokémon a toujours été commercialisé en deux jeux distincts qui proposent chacun de légères variations. Cette fois effectivement, le raisonnement est effectivement beaucoup plus probant : les deux longs métrages proposent ainsi bel et bien la même histoire, avec de légères variations au niveau des personnages, des lieux, des circonstances et surtout des espèces de pokémons apparaissant dans l'un et dans l'autre. Mais là encore, l'hypothèse ne s'avère pas totalement satisfaisante non plus. Pourquoi diable avoir voulu créer deux films au cinéma ? Vous séchez ?

Arrêtons de tourner autour du pot, les artistes de Pikachu the Movie ont simplement voulu combiner les notions de Yin et de Yang avec les disciplines philosophiques du réalisme et de l'idéalisme. Toutefois, ne voulant pas trancher entre l'une et l'autre de ces théories - considérées par les philosophes comme inconciliables entre elles - ils ont simplement décidé de laisser libre choix au spectateur d'aller vers le film qu'il préfère : Pokémon Noir - Victini et Reshiram (Réalisme) et Pokémon Blanc - Victini et Zekrom (Idéalisme). Car avouons-le, ces concepts aussi intéressants soient-ils sont beaucoup trop nébuleux, particulièrement pour le jeune public à qui s'adresse en premier ces longs métrages ! De fait, les scénaristes préfèrent noyer le poisson en brossant l'histoire d'un homme, Damon, qui souhaite réaliser le voeux de sa mère : à savoir faire renaître l'ancien royaume de Val dont les descendants sont éparpillés aux quatre coins du monde. Pour cela, il a besoin d'utiliser Victini, le pokémon légendaire de la ville d'Eindoak, car celui-ci est capable de canaliser une énergie considérable. Une intrigue très classique en somme pour Pokémon qui recèle quand même quelques subtilités bienvenues. Par exemple, Damon a été conçu en tant que personnage central de l'intrigue de manière à ce qu'il s'oppose aux deux courants philosophiques véhiculés dans les deux versions du film. De fait, c'est un matérialiste, puisqu'il veut reconstruire quelque chose qui n'existe plus que dans la mémoire de son peuple.

Tout au long du film, Damon s'évertue à mener à terme son projet, légitime mais insensé, faisant fi de toutes considérations extérieures. Il ne cherche pas à comprendre pourquoi l'ancien royaume du Val a été détruit, n'en comprend même pas les causes. Il ne prend pas non plus garde des conséquences que son projet implique. Il ne veut qu'une chose, parvenir à ressusciter son ancien peuple et le ramener dans sa terre d'origine. Si pour cela il doit sacrifier une vie, alors il accepte ce sacrifice. Après tout qu'est-ce qu'une seule vie face au renouveau de tout un peuple ? Il est particulièrement intéressant de voir Victini, le pokémon normalement surpuissant, se serviliser par la douce folie d'un seul homme qui n'avait au départ que les meilleures intentions du monde. Pour les besoins du scénario Sacha est donc exploité, aussi bien dans l'une et l'autre des deux versions du film, que pour ramener Damon à la raison. Il n'a pas d'avis sur le projet de Damon, il ne fait que constater que ce dernier va trop loin, oubliant le désastre qu'il provoque dans son entreprise. N'importe quel autre personnage aurait donc très bien pu jouer ce rôle dans le long métrage, Sacha n'étant au final choisi que parce qu'il est le héros de la franchise animée. Il était donc tout bonnement impensable de ne pas le voir se lier au pokémon légendaire opposé à celui que possède Damon, Reshiram ou Zekrom. Et tant pis pour le cliché !

Alors que Pokémon Noir - Victini et Reshiram et Pokémon Blanc - Victini et Zekrom semblent conçu pour s'opposer, il est cependant étonnant de constater que les deux oeuvres se combinent parfaitement l'une avec l'autre pour se rejoindre même totalement à la fin. Certaines scènes inédites présentées dans la première se trouvent ainsi prolongées dans l'autre et inversement. Ce n'est qu'après avoir visionné les deux versions du film l'un à la suite de l'autre que l'on se rend compte des subtiles détails prouvant que le taoïsme est bien de centre de la mythologie de ce long métrage (Le Yin et le Yang sont des forces opposées mais dont la combinaison est harmonieuse) ! A contrario, spécialement à l'attention des fans des jeux-vidéos, les deux films proposent aussi d'innombrables divergences dans les décors, les costumes et surtout les espèces de pokémons visibles à l'écran. A la manière des jeux-vidéos dont ils s'inspirent, certaines espèces propres à Pokémon Noir et Pokémon Blanc font des apparitions surprises dans leurs versions cinématographiques respectives notamment pour Noir : Siderella, Bargantua Rouge, Vaututrice... Et pour Blanc : Symbios, Bargantua Bleu, Gueriaigle... Du véritable fan-service !

Sur leurs aspects techniques Pokémon Noir - Victini et Reshiram et Pokémon Blanc - Victini et Zekrom sont de confection classique pour la licence. Le changement de génération n'offre pas de réel renouveau visuel à la franchise sur grand écran. Les longs métrages renouent avec l'aspect médiéval, comme au temps de Lucario et le mystère de Mew, en s'inspirant de cités médiévales de la Côte d'Azur française. Cela donne visuellement aux longs métrages un cachet chevaleresque qui se marie relativement bien avec le scénario, tout en justifiant le rôle essentiel de Victini, prisonnier malgré lui de la forteresse d'Eindoak. Seul bémol, si la forme « en épée » de ce château se justifie dans l'histoire, son explication est franchement tirée par les cheveux. En ce qui concerne la bande originale, on remarquera de flagrantes différences de partition entre les deux films. L'explication est simple, puisque ce sont deux compositeurs différents qui se sont chargés de chacun des deux films. Pokémon Noir - Victini et Reshiram comporte des sonorités musicales relativement proches de celles que l'on retrouve dans la série télévisée (confirmant indirectement que c'est bien cette version du film qui doit être considérée comme canonique). Pokémon Blanc - Victini et Zekrom au contraire propose quelque chose de nouveau, d'un peu plus symphonique et de plus poétique. Cette spécificité auditive se retrouve d'ailleurs aussi dans la version internationale (et française), même si la musique est plutôt reléguée à un léger bruit de fond car elle écrasée par le volume étonnamment élevé des dialogues.

Pour en conclure, le premier niveau de lecture de ce 14e long métrage n'est au premier abord pas franchement savoureux. Ni meilleur ni pire qu'un autre, ce dyptique cinématographique ne trouve grâce qu'en creusant un peu sous sa surface. Là, on réalise alors que les scénaristes ont voulu réinventer la mythologie Pokémon pour lui donner des bases plus saines, la débarrasser totalement de son aspect science-fiction, et offrir du fan-service à ses spectateurs. Bénéficiant de plus d'une localisation sans anicroche pour sa version Internationale, Pokémon Noir - Victini et Reshiram et Pokémon Blanc - Victini et Zekrom restent donc dans le fonds plutôt intéressants. Dommage que la forme ne suive pas le même chemin et que le scénario reste de facture trop classique pour rester dans les mémoires.

19 juin 2015 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (2012)

Sacha : Aurélien Ringelheim 1

Iris : Béatrice Wegnez 1

Rachid : Gauthier de Fauconval1

Damon : Maxime Donnay1

Carlita : Maïa Baran1

Maurice : Jean-Michel Vovk (?)1

Juanita : Manuela Servais (?)1

Jessy : Catherine Conet 1

James : David Manet 1

Miaouss : Philippe Tasquin 1

Pikachu : Ikue Ohtani 1

Narrateur : Michel Hinderyckx 1

Jean-Marc Delhause : Villageois (Peuple du Nord - Pokémon Noir)1

Voix additionnelles : Fabienne Loriaux 1 , Julie Basecqz 1 , Delphine Chauvier 1 , Frédéric Clou 1 , Lionel Bourguet 1 , Audrey d'Hulstere 1 , Nicolas Matthys 1