Muhammad - Le dernier Prophète / La vie du Prophète : Quelques informations

Muhammad - Le dernier Prophète, également connu sous le titre Muhammad - La vie du Prophète pour son édition spéciale, est paru directement en DVD en France aux éditions Tawhid. Les deux éditions DVD sont aujourd'hui particulirement rares à trouver dans le commerce.

Après la sortie de ce long métrage, Richard Rich a réalisé trois préquelles, Avant la Révélation, Salman le Perse et Femmes de l'Islam, qui ne font pas officiellement parties du catalogue de Crest Animation. Probablement parce que ces trois préquelles ne dépassent pas les trente minutes chacunes.

Résumé

Il y a 1400 ans, aux premiers temps de l'islam, l'ange Gabriel apparait dans la grotte de Hira apportant la révélation de Dieu à Mahomet. Aussitôt, il répand la bonne parole auprès d'un groupe de croyants, les musulmans. Mais ils se heurtent à la foi des Mequois qui ne tardent pas à les traiter comme des parias. Ils sont alors obligés de fuir vers Yathrib...

Analyse de l'oeuvre

Le studio originellement fondé par Richard Rich nous a longtemps habitué au médiocre et au pire. Surtout au pire d'ailleurs, puisque même les projets les plus intéressants produits par ce studio ont finit par être totalement saccagés par des suites insipides. Le studio s'est même risqué dans le remake animé de Le Roi et moi, une vaste et ambitieuse comédie musicale écrite à partir des récits romancés de Anna Leonowens en 1870. Le résultat fait extrêmement pale figure face au mémorable film de 1956 dont il plagit et réinvente la majorité des séquences cultes. Pour autant, rien n'arrête RichCrest Animation Studios qui, au sortir de sa fusion avec Crest en 2000, poursuit sa campagne dévastatrice de films horriblement médiocres. Perdu au milieu de tous ces bons gros nanars, Muhammad - Le dernier Prophète fait figure de cas à part tant il tranche avec tout ce que le studio a produit aussi bien avant qu'après lui ! D'une part, il s'agit de leur premier film d'animation dont l'histoire est puisée dans la Sîra, la plus ancienne biographie du Prophète Mahomet. D'autre part, il s'agit du long métrage 2D le mieux animé de toute la carrière de Crest Animation Studios !

Muhammad - Le dernier Prophète est dans l'ensemble un film d'animation soigné. La plupart des personnages sont bien plus crédibles que les héros humains habituels façonnés par le studio. C'est d'autant plus intéressant à découvrir qu'ils sont extrêmement nombreux à l'écran. Enfin, si de nombreux personnages sont présents à l'écran, un seul manque à l'appel : le Prophète lui-même qui, par respect pour la tradition musulmane, n'est jamais représenté une seule fois à l'écran (tout au plus voit-on la tête du chameau qui le transporte ou encore son épée Zulfikar que brandit son gendre Ali). S'en suit un mélange très habile de plans et de séquences où plusieurs personnages vont converser avec lui, sans pour autant que cela ne choque le spectateur de sa totale absence de réponse. Ce sont donc les personnages, mais également le narrateur, qui vont dessiner petit à petit les évènements fondateurs de la religion de l'Islam. Un bon point pour le long métrage qui, par son approche anti-conformiste pour un spectateur occidental, réussit à narrer une histoire intelligente même avec ses non-dits. Le long métrage multiplie également de nombreux décors qui ont l'avantage d'être très variés. Là aussi, c'est relativement nouveau pour les productions de Crest Animation Studios qui se contente d'habitude de dessiner un grand décor sur lesquels sont placés les personnages à différents endroits pour faire croire à de nombreux lieux différents. Muhammad - Le dernier Prophète bénéficie aussi d'une partition originale soignée qui accompagne bien le récit. Il est cependant dommage que le thème principal du film, même s'il est mémorable, soit répété à plusieurs reprises.

Même si Muhammad - Le dernier Prophète brille par ses qualités narrative, visuelle et sonore, le long métrage souffre d'un unique défaut : il s'agit d'un remake « enfantin » d'un film réalisé en 1976 par Moustapha Akkad intitulé Le message. Celui-ci est ainsi un film majeur pour la religion musulmane, au même titre que peut l'être Les dix commandements en occident. Les deux longs métrages partagent d'ailleurs les mêmes ambitions narratives, même si le contexte et l'approche sont forcément différentes. Toutes deux sont des oeuvres vastes qui tentent d'intégrer un maximum d'éléments narrés dans leurs textes sacrés respectifs. Du coup, Muhammad - Le dernier Prophète connaît les mêmes problèmes narratifs que Le Prince d'Egypte : il est obligé de segmenter, d'élaguer et de recourir aux ellipses pour condenser au maximum l'histoire. Pour autant, Muhammad - Le dernier Prophète reste plus fidèle dans la noirceur de certains évènements que le long métrage de Dreamworks qui préfère les aborder en chansons. Ici, le long métrage n'hésite pas à aborder certains passages très cruels sans trop les altérer, bien que celui-ci s'adresse aux enfants. Pour cela, Muhammad - Le dernier Prophète choisit de les présenter hors-champ ou se contente simplement de les suggérer. Cela fonctionne bien, même si la plupart des scènes sanglantes ou les plus dérangeantes sont fortement édulcorées par rapport au film de 1976.

Au final, Muhammad - Le dernier Prophète reste globalement un film accessible et intéressant à regarder que l'on ait connaissance, ou non, de Le message (qui est forcément plus fouillé). Mais ce qui saute aux yeux, c'est surtout qu'il s'agit d'une production de Crest Animation Studios qu'il est assez difficile de renier dans leur filmographie jusque là maladive. Il est fort à parier que Richard Rich a ici fait l'objet d'une attention particulière du Conseil de l'Académie de Recherche Islamique de l'université d'Al-Azhar (comme le laisse à penser la jaquette du film), obligeant ce dernier à soigner un peu plus son film d'animation que d'ordinaire, d'autant plus que le film fut conçu pour une sortie en salle aux Etats-Unis. Le résultat est donc appréciable même si les rares éditions vidéos francophones ne lui rendent pas vraiment hommage, en raison d'un assez mauvais transfert sur support numérique.

13 janvier 2017 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage francophone d'origine (2008)

Le film fait l'objet d'un doublage francophone produit par Tawhid mais dont les comédiens ne sont pas crédités.