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Michel Bosc est compositeur et orchestrateur. En 1971, il découvre le film de Walt Disney, qui va décider de sa vocation musicale. Depuis, il en est resté un admirateur inconditionnel ! Aujourd'hui, il vous offre son analyse personnelle du film avec lequel sa passion musicale est née.
La belle au bois dormant : Une prouesse musicale
(réalisé par Michel Bosc : www.michelbosc.com)
Ce grand classique de Walt Disney a d’abord été considéré comme un échec commercial avant d’être répertorié comme l’une des plus grandes réussites artistiques des studios. Cette prouesse est à la fois due à une recherche graphique profondément originale et à un traitement musical d’une qualité exceptionnelle. Voici pourquoi !
Une équipe de choc
George Bruns (1914-1983) était un musicien solidement formé, qui travailla pour le cinéma dès le début des années 1950. Il abordait la musique classique et le jazz avec la même facilité, jouant du trombone au sein du groupe Firehouse five plus two. Walt Disney lui confia la composition de la musique de certaines attractions de ses parcs à thème (notamment Les Pirates des caraïbes et la mise en musique de séries télévisées) : il co-composa (avec Tom W. Blackburn) la Ballade de Davy Crockett et écrivit la musique de la série Zorro. Il s'illustra également dans plusieurs longs métrages filmés (Quatre bassets pour un danois, Un Amour de coccinelle) et animés : Les 101 dalmatiens, Merlin l’Enchanteur, Le Livre de la Jungle, Les Aristochats et Robin des Bois. Son travail le plus impressionnant est sûrement celui qu’il a réalisé pour La Belle au bois dormant, sortie en 1959. Son travail de départ fut l’adaptation du ballet créé le 3 janvier 1890 à Saint Petersbourg et composé par Piotr Illytch Tchaïkovski (1840-1893). On a parfois écrit que Tchaïkovski avait, avant la lettre, inventé la musique de dessin animé ; en tout cas, son ballet Casse-Noisette avait déjà eu les honneurs des studios Disney en 1940, dans Fantasia. L’incroyable harmonie liant la musique de grand compositeur aux arrangements supervisés par George Bruns est pour beaucoup dans cette idée.
Certes, la musique du film La Belle au bois dormant n’est pas exclusivement l’œuvre de George Bruns ; les compositeurs Tom Adair, Winston Hibler, Ted Sears, Erdman Penner, Sammy Fain et Jack Lawrence participèrent plus particulièrement aux chansons, dont les parties chorales furent ajustées avec talent par John Rarig. Le rôle de Bruns consista à aménager le ballet en fonction des impératifs cinématographiques du film, à écrire de nouvelles pièces susceptibles de s’y intégrer et probablement à coordonner les orchestrations de la musique instrumentale et des épisodes chantés. Le choix de Mary Costa pour la voix de la princesse était audacieux et astucieux. Jeune et encore inconnue, elle avait cependant une formation classique solide, lui permettant d’affronter des parties périlleuses sans que leur difficulté soit perceptible, la voix d’Aurore devant rester naturelle et juvénile. Dans la première version française, la soprano Huguette Boulangeot, qui s’illustra notamment en chantant Scarlatti, Offenbach, Planquette ou Ibert, est plus proche de l’original que Danielle Licari (deuxième version française réalisée pour la troisième sortie française du film en 1981), dont la voix chantée de Catherine Deneuve dans le film de Jacques Demy Les Parapluies de Charbourg (1963) et l’interprétation du Concerto pour une voix de Saint-Preux (1969) sont deux des titres de gloire.
Orchestres
Le ballet de Tchaïkovski est très long et rarement interprété in extenso. Il requiert des instrumentistes habiles, car plusieurs parties (notamment flûte, clarinette, violon et violoncelle solos) présentent de nombreuses difficultés. L’orchestre comporte un piccolo, deux flûtes, deux hautbois, un cor anglais, deux clarinettes, deux bassons, quatre cors, deux cornets à pistons, deux trompettes, trois trombones, un tuba, deux harpes, des percussions (environ quatre exécutants jouant timbales, glockenspiel, triangle, tambour de basque, caisse claire, grosse caisse, tam-tam et cymbales) et un quintette à cordes (environ une soixantaine d’exécutants pour les premiers et seconds violons, altos, violoncelles et contrebasses). L’orchestre emploie également un piano, utilisé non pas comme un soliste, mais comme un membre ordinaire de l’ensemble ; ce procédé, à l’époque, demeurait très avant-gardiste et seul Debussy, dans Printemps, s’y risqua.
Le film fit appel au Berlin Symphony orchestra pour enregistrer la musique en stéréophonie. Pourquoi en Allemagne de l’Ouest ? Walt Disney désirait que le style instrumental demeure européen (les ballets russes étant, rappelons-le, animés par le Français Marius Petipa, et Tchaïkovski étant imprégné de culture musicale occidentale). Des fragments furent également enregistrés aux studios Disney, pour servir de rustines entre deux scènes lors de la fabrication de la bande originale du film.
Des aménagements sont aisément repérables entre la composition de l’orchestre du ballet et celui du film. Ce dernier ne comporte pas de piano et qu’une seule harpe (mais très sollicitée) ; les cornets à pistons ont été supprimés. En contrepartie, l’orchestre est enrichi d’un célesta (utilisé notamment lors de la reprise instrumentale de la marche du baptême, dans l’introduction au premier chœur du don des fées, lors du vol de la cape du prince par les animaux de la forêt. A noter que la première utilisation historique du célesta est due à Tchaïkovski lui-même, dans son ballet Casse-Noisette), d’un xylophone, d’un vibraphone (tous deux notamment scène de la robe et du gâteau fabriqués par magie), d’un carillon tubulaire (pour les cloches du chœur du baptême), d’ondes Martenot (disparition de Maléfique après avoir proféré sa malédiction, au baptême) et d’un « gong d’eau », effet qui consiste à plonger un gong ou un tam-tam dans l’eau après l’avoir frappé, pour en modifier le timbre : ce procédé intervient lors de la transformation du corbeau en gargouille, par Pimprenelle. Une guitare est également utilisée pour la scène du toast des deux rois Stéphane et Hubert.
Versions discographiques
Longtemps, les seules versions discographiques disponibles étaient partielles. Grâce aux livres-disques Disneyland, dans la version du conte racontée par Michèle Morgan, nous pouvons avoir une trace de la première version française, ainsi que de larges extraits de la musique d’orchestre originale. Dans la version racontée par Caroline Cler, trois chansons du film étaient utilisées. La première VF a également survécu dans le CD Walt Disney, les plus grandes musiques de films (Sony Music, 36008-2, 1993). Pour la bande originale, une édition a d’abord été lancée, mélangeant la VO à des enregistrements de studio avec Mary Costa, adaptant sensiblement la musique du film pour mieux en permettre la radiodiffusion : Sleeping beauty, original motion picture soundtrack (Sony Music, WDR360-30-2, CB770, 1995) ; l’équivalent francophone y mélange, pas toujours habilement, des insertions de la deuxième VF : La Belle au bois dormant, bande originale française du film remastérisée digitalement (Walt Disney records, 505466-4376-2-4, 1995-2002). Le meilleur CD est probablement Sleeping beauty, an original Walt Disney records Soundtrack (Walt Disney records, 60881-7, 1996). Il s’inscrit dans une collection de disques produits à l’issue d’une campagne de recherches menées dans les archives des studios, et de restaurations digitales soignées de plusieurs bandes originales des films. Ce disque offre 19 plages, mais certains instruments, dont les pistes n’ont pas été retrouvées, disparaissent localement du mixage ; les vocalises d’Aurore dans la forêt, notamment, ne figurent pas.
Découpage du ballet
On remarque que le Prologue et les actes I et III ont surtout été exploités. L’acte II est pratiquement ignoré. Le caractère de la plupart des thèmes a été respecté, à quelques exceptions près. Voici, dans l’ordre du ballet, les morceaux qui ont été utilisés dans le film.
Prologue
Acte I
Acte II
Acte III
Principaux apports de George Bruns
Parmi les principales interventions de George Bruns, mentionnons :
Certaines interventions sont minimalistes, pour introduire un thème ou le résoudre. Même lorsque l’harmonie de George Bruns est un peu jazzy ou que les orchestrations prennent de l’audace, la musique parvient à conserver une parfaite cohérence, ce qui est remarquable. Une telle qualité artistique, malheureusement, ne s’est jamais retrouvée depuis.
Copyright Michel Bosc 2008
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