Loïs & Clark : Les nouvelles aventures de Superman

27 octobre 2009 à 16 h 56 par Olikos

Loïs & Clark : les nouvelles aventures de Superman est une série américaine créée par Deborah Joy LeVine en 1993. En France, les épisodes ont surtout fait le bonheur de la chaine M6 dans le cadre de l’émission « Le mardi c’est permis », dont le nom était d’ailleurs franchement inapproprié en ce temps là puisque le mercredi bon nombre d’enfants avaient cours (la semaine de quatre jours, on ne connaissait pas encore). Loïs & Clark : les nouvelles aventures de Superman en son temps avait révolutionné tout ce qu’on savait sur le mythique Superman et bousculé pas mal de ses codes. La série est avant tout un savant mélange de comédie, de romance et de fantastique. Une chose que bon nombre de spectateurs n’ont jamais su lui pardonner. Deborah Joy LeVine a transgressé quasiment tous les éléments de l’histoire pour au final concentrer l’intrigue sur les deux personnages vedettes. Et son pari est relevé haut la main, impossible aujourd’hui encore de penser Superman sans imaginer le couple Tery Hatcher et Dean Cain, et cela même malgré le retour du personnage au cinéma ou dans la série plus récente Smallville.

La première décision radicale prise par Deborah Joy LeVine est de rendre le personnage de Clark Kent plus crédible, de concentrer les intrigues sur lui (et non Superman) en misant sur sa nature humaine. La seconde décision est d’en finir une fois pour toute avec la myopie de Loïs envers Clark/Superman. La dernière est de ressusciter le personnage de Jonathan Kent afin d’offrir à Clark une vrai famille. De ce fait, les deux héros crèvent littéralement l’écran et on s’attache irrémédiablement à eux contre vents et marrés, et cela même lorsqu’on se rend compte avec le recul que de nombreuses décisions mal dosées ont condamné assez vite la série.

Clark Kent est sans aucun doute le personnage qui a été le plus transgressé. Alors que chaque adaptation cinématographique ou télévisuelle fait de lui la face cachée de Superman, celle qui doit passer inaperçue et apporter au mieux de l’antipathie, Loïs & Clark : les nouvelles aventures de Superman le présente sous un bien meilleur jour. Un garçon honnête et droit, n’hésitant pas à transgresser quelques principes – souvent à cause de Loïs – mais restant avant tout profondément humain. Tout au long de la série c’est l’homme, et non le super-héros, qui est systématiquement mis au premier plan. Les scénaristes ayant d’ailleurs la bonne idée de le confronter à de nombreux cas de conscience, et il est rare que ce soit uniquement ses supers pouvoirs qui viennent à bout de tout.

Au début de la série, Loïs est celle qui eut le moins de bouleversement. On l’a découvre telle qu’on se l’imagine : antipathique et égocentrique. Mais très vite, là où le personnage reste toujours figé dans une absurdité sans pareille partout ailleurs, la série fait évoluer le personnage dans le bon sens. Son antipathie n’est qu’une façade qui s’effrite peu à peu au contact de Clark, et sa myopie s’évanouie enfin au fil du temps. Certes, on n’échappe pas à la Loïs vouant un culte sans pareille à Superman, mais elle s’interroge sur ses vrais sentiments. Le doute s’installe très vite, et elle ne sait alors plus vers quoi se raccrocher, jusqu’au dénouement inattendu à la fin de la saison 2 !

Autour d’eux gravitent de nombreux personnages secondaires. Au fil des années, seul quatre auront survécu aux quatre années du show : Perry White, Martha et Jonathan Kent ainsi que Jimmy Olsen. Et encore, Jimmy aura eu droit à deux comédiens différents (j’y reviendrais). Lane Smith – malheureusement disparu en 2005 – offre une révision complète du personnage de Perry, très loin du chef bourru et colérique qu’on lui connaît habituellement. Deborah Joy LeVine en fait un personnage compréhensif mais qui n’hésite pas à pousser des coups de gueules mémorables pour remotiver ses troupes. Indéniablement, la sauce prend ! Perry White se retrouve même doté d’une passion débordante pour Elvis Prestley (La petite Lilo peut aller se rhabiller) et d’une femme mystérieuse dont on ne connaît que le prénom Alice. Une idée empruntée à tous les coups à Colombo.

Jimmy Olsen est incontestablement le personnage qui aura radicalement évolué – pas toujours dans le bon sens hélas – dans la série. Tout d’abord incarné par Michael Landes durant la première saison, le jeune Jimmy Olsen est très intelligemment introduit. Tout au long des 22 premiers épisodes, son caractère évolue idéalement. D’abord sous fifre de toute la rédaction, il s’émancipe rapidement pour trouver sa place dans l’équipe. Mais lors de la saison 2, c’est le drame. Les grandes pontes de l’époque jugeant Michael Landes trop âgé pour ce rôle, il est fait appel à Justin Whaling. Le changement est foncièrement désagréable. Pas dans le jeu de comédien de l’acteur qui s’en sort bien, mais dans la régression effroyable de la personnalité de Jimmy Olsen. Les compteurs sont en effet remis entièrement à zéro, et on a la désagréable impression que ce n’est plus le même personnage. Il convient alors de faire un choix radical : il faut se convaincre que les Jimmy Olsen de la saison 1 et celui des saisons suivantes sont deux homonymes n’ayant rien à voir l’un avec l’autre. Dès lors, on appréhende mieux le changement, conforté d’ailleurs dans le fait que l’ensemble des journalistes du Daily Planet sont licenciés à la fin de la saison 1. Une transition par ailleurs facilitée par la bonne idée d’avoir aussi choisi un autre comédien de doublage pour jouer le rôle dans la version française. Le « nouveau » Jimmy suit ensuite une évolution identique de sa personnalité, mais cette fois-ci sur les trois années. La relation paternaliste de Perry envers celui-ci est nettement plus marquée dès la saison 2.

Le couple Martha et Jonathan Kent est assurément l’idée la plus saugrenue de la série. Dans le comic originel d’où est inspirée l’histoire, ces deux personnages sont morts bien avant de voir leur fils devenir Superman. Dans la conscience collective moderne, les films et Smallville, c’est Jonathan qui ne survit pas. Dans Loïs & Clark : les nouvelles aventures de Superman, ils sont tous deux en parfaite santé et offre une sorte de refuge à Clark. Toujours là pour remonter le moral de leur fils, ils sont presque la famille idéale confortant cette sensation que c’est Clark (l’humain) et non Superman (le super héros) qui est le héros de l’histoire. Les deux personnages sont présent tout au long de la série, ils offrent d’ailleurs très souvent des ressorts comiques aux intrigues. A commencer par cette manie de toujours répondre au téléphone ensemble (Martha avec un combiné sans fil, Jonathan avec un téléphone classique) et participant à des mémorables conversations à trois avec leur fils.

En plus d’une évolution importante des personnages, l’essence même de la série a beaucoup évoluée en quatre ans. Les décors extérieurs sont tous empruntés aux célèbres studios Universal, ces mêmes décors qui ont pris feu en 2008 et qui accueillent autant de films (La guerre des mondes, Ben Hur) que de séries (Desparate Housewives, Dr Quinn) passés ou actuels. Deborah Joy LeVine a également fait le choix judicieux de donner une sorte d’aura fanée à la série, dont les décors semblent tout droit venir des années 60, sans pour autant renier l’aspect années 90 avec ordinateurs et téléphones portables. Cela donne un caractère assez unique à la série qui n’a donc foncièrement pas vieilli avec le temps. Leur seul vrai regret provient en fait de l’étrange orientation qu’a prise la série chaque année.

La saison 1 peut aujourd’hui encore être considérée comme la plus emblématique, la plus marquante et la plus aboutie. Elle est en effet la seule à offrir des intrigues policières, un zeste de romance, une dose d’humour et un peu de fantastique. C’est la seule également qui oppose le célèbre duo au mythique Lex Luthor. John Shea y apparaît dans l’un de ses meilleurs rôles. Une fois encore, Deborah Joy LeVine décide de bousculer les idées reçue sur le personnage, elle lui redonne enfin des cheveux (Elle avoue elle-même ne pas comprendre comment un homme aussi riche et puissant n’a jamais eu l’idée de se faire implanter des cheveux !) et oriente le conflit Superman/Lex dans un terrain de jeu inédit. Ils deviennent en effet rivaux en amour autour de Loïs plutôt que de faire de Lex celui qui détruira le monde. Le personnage de Lex Luthor contribue nettement au succès de la saison 1, renforçant cette relecture du scénario, tout en y apportant suffisamment de suspense pour fidéliser les auditeurs. D’autres éléments secondaires jouent aussi en faveur de cette saison. Une fois encore, grâce à ces personnages. La sulfureuse Kat apporte une fraicheur insoupçonnable dans les intrigues secondaires. Son personnage disparaitra malheureusement trop vite de la série, et ne participera même pas au dernier épisode de la saison 1. L’autre personnage intéressant n’est qu’à peine esquissé durant trois épisodes : Jack. A peine dévoilé, celui-ci disparaît à son tour et n’apparaît pas dans la saison 2. Remplacé en fin de compte par le « nouveau » Jimmy.

La saison 2 marque un tournant significatif à la série, de nombreux bouleversements ont lieu marquant une transition importante avec la saison 1. L’ambiance policière y est en effet complètement délaissée, la série s’oriente plutôt vers le public familial et les plus jeunes en accentuant l’aspect comédie. Une notion que conserveront chacune des saisons suivantes. Comme le sort de Lex Luthor est laissé en suspend à la fin de la saison 1, Loïs et Clark se voient désormais confronté à l’Intergang. Les rares épisodes les évoquant sont d’ailleurs remarquablement écrits. Ils y ajoutent un nouveau personnage emblématique : Mayson Drekk. Deborah Joy LeVine relance alors le trio amoureux qui fait le succès de toute série sentimentale. Mayson est incontestablement la bonne surprise de la série, même si elle n’y apparaît qu’occasionnellement. Elle joue ainsi un très grand rôle, et sa disparition en devient même insupportable tant on est aussi blessé que Clark ne peut l’être à ce moment là. Se rendant cependant compte que la série a énormément perdue de sa qualité en l’absence de Lex Luthor, les scénaristiques imaginent une solution fantastique qui donne lieu à l’autre fil rouge de la saison 2. Ce dernier refait un remarquable retour dans la série en milieu de saison, même s’il perd au passage beaucoup de son aplomb. Le dernier fil rouge de la saison 2 concerne bien évidemment l’évolution de la relation de Loïs et Clark. Si l’on sait depuis longtemps que Clark a des sentiments pour Loïs, elle a beaucoup plus de mal à savoir où elle en est. Incontestablement, on remarque qu’elle s’attache de plus en plus à son coéquipier. Alors que Clark rêve d’enfin pouvoir s’ouvrir à elle, il est doit constamment se défiler pour aller sauver la veuve et l’orphelin, ce qui agace Loïs au plus haut point. La saison 2 sur termine par un cliffhanger étonnant : une demande en mariage !

Contrairement à toutes les séries actuelles, le premier épisode de la saison 3 a en fait été tourné au même moment que le reste de la saison 2. La décision d’ajouter un cliffhanger a semble-t-il été prise au dernier moment, et le dernier épisode de la saison 2 a finalement été diffusé comme faisant partie de la saison 3. Pour confirmer ce fait, il y a la nouvelle coupe de cheveux de Tery Hatcher qui est la plus évidente, et surtout le changement de générique sur tous les épisodes suivants. Cet épisode est à mon sens la vrai conclusion à la série, elle aurait en effet due s’arrêter là sur une note positive et un scénario très finement mené. La surprise est de taille, Loïs sait désormais tout du secret de Clark. Encore une transgression fulgurante du mythe Superman ! Pourtant, tout nous amenai à ce fait depuis plusieurs épisodes, et on adhère à cela.

Bien qu’aujourd’hui je préfère m’arrêter de regarder Loïs & Clark : les nouvelles aventures de Superman au premier épisode de la saison 3, je garde une certaine nostalgie des derniers épisodes de la série. La saison 3 offre d’excellents épisodes dont quelques uns sont de vrais merveilles. Mais la force de la série à ses débuts étaient cet énorme jeu de piste amoureux entre les deux personnages vedettes. Une ambiance qu’on a bien du mal à retrouver. De plus, pour pimenter leur récit, les scénaristes imaginent des histoires fantaisistes qui rendent de moins en moins crédible la série : clones, histoires de grenouilles, amnésie, nouveau trio amoureux, le retour de Luthor… La saison 3 accumule assez vite les maladresses. Mais comme toujours, ce sont les comédiens qui sauvent l’ensemble du désastre. La saison 3 s’achève sur un épisode moyen, où Clark doit quitter la Terre pour rejoindre les survivants de Krypton, une histoire très loin d’égaler le suspense de la saison 2, ou le superbe double épisode final de la saison 1.

Arrive alors l’ultime saison. A vrai dire, on la voyait venir depuis un petit moment. Si la série s’était forgée une excellente réputation à ses débuts car elle transgressait l’esprit Superman, ces choix nous ont conduit dans une situation compliquée. Loïs et Clark ne pouvant plus vraiment se faire la cour, et bien que la saison 3 est repoussée l’échéance, le dénouement de la saison 2 obligeait à voir les deux tourtereaux mariés. C’est bel et bien ce qui arrive dans cette saison. La relation de Loïs et Clark désormais stabilisée, les scénaristes ont énormément de mal à faire évoluer leur histoire. Quelques épisodes ressortent incontestablement du lot, mais dans l’ensemble, il ne reste plus rien de l’esprit originel de la série. Seule la dérision et l’humour font encore mouche, mais on n’accroche plus vraiment à la trame. La saison 4 papillonne des idées à droite et à gauche et accumule de nombreuses maladresses. L’érosion de l’audience donne le signal d’alarme, les plus folles rumeurs se multiplient (Les deux stars ne se supportent plus, Dean Cain voulant toucher un salaire double car il joue deux rôles, Tery Hatcher croquant des gousses d’ail pour les scènes de baisers avec son partenaire…), bref c’est la débâcle. Désespérément Deborah Joy LeVine tente de conclure dignement son show, mais n’y parvient à aucun moment. Le dernier épisode est très brouillon, et tout est expédié en à peine quinze minutes. Un final en demi-teinte qui ne permet absolument pas de satisfaire les fans de la série.

Loïs & Clark : les nouvelles aventures de Superman était une série dont le démarrage fut fulgurant mais qui a malheureusement cumulée trop vite nombres de petits désagréments. Mis bout à bout, ils ont contribué à affaiblir inexorablement son intérêt au fil du temps. Je conseillerai ainsi à tous ceux qui ne l’ont jamais vue de ne découvrir que la saison 1. Les fans, les vrais, peuvent à la rigueur poursuivre leur visionnage jusqu’au premier épisode de la saison 3 qui offre une bien belle conclusion. C’est d’ailleurs le choix que j’ai fait. Pour tous les autres, je pense que vous ne devez regarder le reste de la série que si vous êtes absolument incapable de vous détacher des personnages, dont le capital est vraiment énorme grâce à des comédiens talentueux. Malgré tout, la série a su à son époque renouveler un mythe et offrir l’un des plus beaux couples à la télévision.

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