Star Trek (Partie 3) : Il y a 50 ans, l’Enterprise avançait vers l’inconnu !

8 septembre 2016 à 8 h 00 par Olikos

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Dans l’épisode précédent : cliquez ici.

Ainsi, dans The Cage, le brouillon conceptuel de Star Trek vient de naître ! Mais trop en avance sur son temps, Gene Roddenberry obtient une fin de non recevoir pour son concept pas assez divertissant aux yeux des dirigeants de la NBC. Toutefois, ils lui octroient la possibilité de revoir son concept et lui accordent même de tourner un second pilote Où l’homme dépasse l’homme, sous la promesse d’en faire un western dans l’espace ! C’est là que vont apparaître pour la première fois à l’écran des personnages devenus aujourd’hui légendaires !

Et maintenant la suite !


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Avant même de lancer le premier épisode de la série originale Star Trek, j’ai ressenti une sorte d’appréhension. Il m’était déjà arrivé de visionner certaines séries relativement anciennes. Dans la catégorie des séries à science-fiction, je connaissais par exemple la version originale de Galactica et Buck Rogers au XVe siècle que j’ai déjà eu le plaisir d’analyser sur le site. Pour autant, ces séries sont comparativement dix ans plus jeunes que Star Trek. Or, de ces deux séries, et plus particulièrement la seconde, il y avait ce côté mastoc et rétro qui ne passait absolument pas inaperçu. Galactica et Buck Rogers au XVe siècle sont deux séries totalement figées dans leur époque, au point qu’un spectateur moderne va forcément les trouver vieillottes. Quand j’ai lancé le premier épisode de Star Trek, je m’attendais donc à retrouver une ambiance désuète et démodée d’une série ancrée dans les années 1960. Ma méprise fut pourtant totale ! Certes, Star Trek connaît son lot de problèmes, à commencer par son budget dérisoire qui oblige les auteurs à imaginer des décors souvent en toc, des costumes plus proches des pyjamas que des uniformes, mais également de jouer régulièrement sur la suggestion d’une action, plutôt que de réellement la voir car le tournage aurait été trop coûteux. Mais contre toute attente, si Star Trek pêche un peu sur la forme, le fond lui n’a pas prit la moindre ride en 50 ans. Même si l’action de la série se déroule au 23e siècle, dans une sorte d’utopie intergalactique, la série démontre, épisodes après épisodes, que l’équipage de l’Enterprise reste foncièrement humain, avec ses doutes, ses certitudes, ses faiblesses et son courage.

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Tous les ingrédients de la future série à succès sont ainsi réunis dès ce second pilote Où l’homme dépasse l’homme, dans lequel Gene Roddenberry et son ami scénariste Samuel A. Peeples confronte le capitaine Kirk à un épineux problème de conscience. L’équipage est touché par un mal étrange qui s’empare de l’esprit du meilleur ami de Kirk, le lieutenant commander Gary Mitchell. Petit à petit, ses capacités intellectuelles vont se démultiplier jusqu’au point où celui-ci va développer un goût douteux pour la mégalomanie. Entre perdre définitivement son ami et sauver son équipage, le capitaine Kirk se retrouve en porte-à-faux, tentant longuement de trouver la meilleure solution au problème. Mais hélas, arrive le moment où toutes les possibilités demeurent veines, il doit se résoudre à éliminer son ancien meilleur ami. Encore faut-il que se dernier se laisse faire, maintenant qu’il détient une puissance au moins équivalente à celle d’un dieu ! Le véritable tour de force de Où l’homme dépasse l’homme est d’être un premier épisode de série capable de transmettre au spectateur le même malaise que celui ressenti par le capitaine Kirk à l’écran. Une prouesse pour un épisode qui fête cette année son 50e anniversaire !

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On va retrouver ce type de double messages dans chacun des épisodes de la série Star Trek. Un premier niveau de lecture, souvent léger et fun, sous lequel se cache une analyse très fine de la condition humaine de l’époque. C’est ce qui en fait la plus grande force de la série. Du coup, certains vont immédiatement reprocher à Star Trek d’être une série cérébrale. En toute sincérité, ce n’est pas vrai. La série de Gene Roddenberry mêle une véritable camaraderie entre tous les membres d’équipage, un grosse dose d’humour, quelques scènes d’actions et plusieurs moments d’anthologie. Certes, certains combats sont vieillots, certaines créatures font carrément rires avec leurs costumes limite ridicules (Vive le Gorn!!), mais il est extrêmement facile dans Star Trek de regarder au-delà des apparences. Chaque scénario est soigné, chaque problématique fait réfléchir et, curieusement, fait écho à des problèmes de notre monde moderne. Star Trek a cela de fascinant d’avoir anticipé plein de problématiques qui sont aujourd’hui bel et bien présentes dans notre monde moderne. Innovante sur bien des points, Star Trek a créé un précédent en terme de narration dans les séries télévisées américaines. De nombreuses idées de scénario ont depuis été reprises à toutes les sauces par des scénaristes contemporains, qui taisent pourtant avoir gentiment pillé nombre de ses idées.

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Avec le recul, Star Trek est aujourd’hui considérée comme une série innovante et culte. Pourtant, lors de sa diffusion originale, elle était loin de faire l’unanimité. Elle ne doit réellement son succès qu’au travers de ses multiples rediffusions en syndication, mais surtout à l’existence de sa suite, Star Trek – La nouvelle génération, qui a réellement rassemblée autour d’elle la plus grosse communauté de fans américains de la franchise. Pour autant, Star Trek – La nouvelle génération doit déjà tout à la série originale, à commencer par ses héros charismatiques. C’est d’ailleurs ce qui marque le plus dans chacune des itérations de la franchise, une chose qui est commune à l’ensemble de la saga, des comédiens parfaits qui endossent des rôles taillés sur mesure. Star Trek repose ainsi sur un trio de personnages principaux, William Shatner (Capitaine James T. Kirk), Leonard Nimoy (Spock) et DeForest Kelley (Docteur Leonard McCoy), assisté de cinq rôles secondaires récurrents, James Doohan (Montgomery Scott), George Takei (Hikaru Sulu), Walter Koenig (Pavel Chekov), Nichelle Nichols (Nyota Uhura) et Majel Barrett (Infirmière Christine Chapel), qui prennent de plus en plus d’importance durant les trois saisons que compte la série originale.

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En lieu et place de Jeffrey Hunter, qui n’avait pas souhaité continuer l’aventure Star Trek au-delà du pilote refusé The Cage, William Shatner s’avère un excellent nouveau capitaine pour le vaisseau Entreprise. Il insuffle au Capitaine Kirk un côté cabotin qui rend le personnage résolument attachant dès sa première apparition. Il ne néglige pas pour autant son côté autoritaire, ni son côté charmeur. Le capitaine Kirk multiplie par ailleurs les conquêtes féminines, puisque toutes ces dames tomberont inévitablement sous son charme, même si cela ne dépassera jamais le simple stade du flirt le temps d’un seul épisode. Car le capitaine Kirk n’a qu’un seul amour dans sa vie, et cet amour, c’est l’Enterprise. Parmi ses brillants faits d’armes, Kirk doit constamment résoudre plusieurs dilemmes, quitte à devoir régulièrement déchirer son uniforme dans des scènes d’actions beaucoup plus drôles que palpitantes dans les yeux d’un spectateur du 21e siècle ! William Shatner excelle vraiment dans ce rôle.

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Contrairement au pilote The Cage, Leonard Nimoy ne reprend pas dans la série le même Spock qu’il jouait auparavant. Dans The Cage, le vulcain était capable de ressentir des émotions. Il s’amusait et souriait à la découverte de nouvelles plantes exotiques par exemple. NBC désapprouvait pourtant ce « personnage aux allures diaboliques » qui ne devait pas revenir dans la série. On doit son retour à Gene Roddenberry qui a bataillé ferme contre NBC afin de maintenir à l’écran cet extra-terrestre bizarre. Mais une concession fut faite autour de sa personnalité. Le vulcain devint un être dépourvu d’émotions dont seule la logique gouverne ses résonnements et sa vie. Pour autant, Gene Roddenberry fait en sorte que Spock soit un enfant mêlé, moitié humain, moitié vulcain. Cette ambiguïté est superbement interprétée par Leonard Nimoy qui s’efforce de jouer un rôle qui paraît lisse, mais se révèle au contraire extrêmement complexe. Tout comme Kirk et le Docteur McCoy vont s’efforcer de taquiner Spock afin de révéler sa personnalité refoulée, le spectateur de Star Trek passe le plus clair de son temps à rechercher la faille dans la logique du vulcain. Et quand ce dernier se hasarde sur un terrain plus humain, il devient alors impossible de ne pas apprécier ce personnage aux oreilles si pointues !

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Des trois personnages principaux, le docteur McCoy est peut-être le plus terre à terre. Assez curieusement, c’est à son personnage que l’on a tendance à s’identifier le plus, car il est celui qui paraît le moins futuriste des trois protagonistes de Star Trek. Encore que, c’est vite dit, dans la mesure où son équipement compte le célèbre Tricordeur, capable de détecter, enregistrer et analyser à peu prêt tout et n’importe quoi ! D’un tempérament plus posé que ces deux amis, Leonard McCoy est certainement le personnage le plus attachant car c’est systématiquement le personnage de la conscience et de la raison. Souhaitant toujours venir en aide à son prochain, il est de fait constamment en conflit avec la logique de Spock qui remet en cause l’illogisme des émotions humaines. Ses échanges verbaux avec ce dernier compte d’ailleurs parmi les plus mémorables querelles que compte la saga.

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Ces trois personnages constituent le socle de base de la série, le lien qui unit le vaisseau Enterprise avec ses spectateurs. C’est à la fois une force et un faiblesse dans Star Trek. Une force d’abord, parce qu’on apprécie la compagnie de ces trois héros, qui sont les seuls personnages récurrents d’un épisode à l’autre. Il n’y a en effet pas d’effet serial dans Star Trek, chaque épisode est indépendant les uns par rapport aux autres. C’est une faiblesse ensuite, car les trois personnages principaux laissent peu de place aux autres membres d’équipage qui, s’ils sont aujourd’hui emblématiques, ont des rôles relativement anecdotiques tout au long des 79 épisodes de la série originale. Qu’à cela ne tienne, Star Trek compense cette faiblesse en multipliant les bons mots et les jeux d’esprits entre les personnages, qui paraissent réellement soudés. Cette camaraderie se ressent inévitablement par delà l’écran.

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De toutes les séries Star Trek, la série originale est techniquement sans nul doute celle qui accuse le plus son âge, mais j’ai été particulièrement étonné d’apprécier suivre l’intégralité de la série qui réussit à dépasser sa condition de série des années 1960, par la solidité de son contenu et par le charisme de ses protagonistes. Des trois saisons de Star Trek, c’est d’abord la première, mais surtout la seconde saison qui offre le plus beau contenu (Vivent les Tribules !) et les meilleurs épisodes. Je n’en dirais peut-être pas autant de la dernière saison qui accuse un gros coup de mou en alternant épisodes moyens et médiocres, comme si le génie du début avait laissé place à un peu de fainéantise chez les scénaristes. Il n’empêche, je ne boude pas le plaisir de revoir quelquefois Star Trek, en version remastérisée tant qu’à faire, car j’adore explorer de nouveaux mondes étranges, découvrir de nouvelles vies, d’autres civilisations et au mépris du danger, avancer vers l’inconnu !

A suivre…

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