Star Trek (Partie 2) : De Enterprise au pilote inédit de la série originale The Cage

16 mars 2015 à 17 h 21 par Olikos

Il ne fait actuellement pas bon d’avoir contribué à Star Trek ces derniers temps. A quelques jours d’intervalle de la disparition de Leonard Nemoy, Maurice Hurley et Harve Bennett se sont également éteints en février 2015. Le premier était producteur sur Star Trek – La nouvelle génération, c’était à lui que l’on devait également la création des Borgs, l’ennemi le plus marquant de toute la franchise, tandis que le second avait succédé à Gene Roddenberry comme producteur des premiers longs métrages (du 2e au 5e).

Dans l’épisode précédent : cliquez ici.

Et maintenant la suite !

Après encore quelques épisodes sans aucun saveur, la saison 2 de Star Trek – Enterprise se termine enfin. Soudain, c’est le choc ! Apparemment conscient des limites de la formule, la série est rebootée sur elle-même alors que l’on ne s’y attend absolument pas ! La formule est complètement réinventée au point que je suis alors complètement déboussolé par cette saison 3, incapable de me décider à trancher entre véritable bouffée d’air ou naufrage télévisuel. Car cette saison 3 est sans aucun doute la plus paradoxale de toute. Dois-je saluer l’extrême culot d’avoir eu l’idée de rebooter la série au moment où elle en avait le plus besoin ? Ou dois-je crier à l’hérésie pure de voir 24h Chronos dans l’espace, clichés et invraisemblances inclus ? Je reconnais être incapable de me décider où mon cœur balance.


Car d’un côté, nous avons un scénario inutilement étiré en longueur, qui frise parfois l’overdose voire l’absurde. Sans compter qu’on ne parvient pas un seul instant à se détacher de l’américanisation pure et simple de la série. On y perçoit ainsi une retranscription des évènements post-11 septembre : les méchants terroristes frappent en plein cœur les USA sans crier gare (en l’occurrence les vilains Xindis qui détruisent la quasi-totalité de la Floride), dès lors les américains se lancent alors dans une folle course vengeresse à la recherche d’armes de destructions massive (en l’occurrence la super-sphère de la mort Xindis) avant de se rendre compte au final… qu’ils ont tous été manipulés ! Ouille… La saison 3 de Star Trek – Enterprise s’enfonce donc régulièrement dans des énormités et même dans le trash, Archer n’hésitant par exemple pas à basculer plusieurs fois « du côté obscur de la force », avant de se racheter une conduite vers la fin de la saison. Cette partie la série devient ainsi un long serial comportant 27 épisodes dans la continuité les uns des autres, mais avec de très gros défauts de structuration. Elle invente au fur et à mesure, raccrochant des wagons sans queue ni tête pour faire avancer sa mythologie de guerre temporelle qui se révèle assez vite trop lourde et indigeste.

Mais en contrepartie, durant cette saison 3, les personnages de la série prennent ENFIN leur marques, tout en se recentrant ses intrigues quasi-exclusivement autour de Archer, T’Pol, Trip et Phlox. C’est à partir de ce moment qu’une véritable cohésion de groupe se forme, je finis donc par commencer à m’attacher à eux. Dans la mesure où l’on arrive à prendre chaque épisode de manière autonome, la saison 3 offre même quelques brillants épisodes, ainsi que de très bonnes idées de scénarios. Le paradoxe est donc complet, dans la mesure où je ne déteste cette saison 3 pas plus que je ne l’aime. Parce que je ne peux nier le fait que ce brusque revirement, Star Trek – Enterprise en avait réellement un grand besoin à ce stade de la série. Ni bonne, ni mauvaise, cette saison 3 me laisse donc aujourd’hui définitivement perplexe. Je crois bien que je n’ai jamais connu un tel sentiment pour aucune série ou même film que j’ai pu voir, tout genre confondus ! Je suis pourtant loin d’avoir tout vu, Star Trek – Enterprise est sur le point de m’offrir une étonnante nouvelle surprise. Car, en dehors des deux premiers épisodes de la saison 4 (4×01 et 4×02« Résistance ») où s’achève finalement en queue de poisson l’éprouvante guerre temporelle, Star Trek – Enterprise propose un véritable miracle !

La série reboote pour sa 4e et ultime saison son précédent reboot, et trouve enfin LA bonne formule, celle que je désirais voir dès le début de la série alors que je n’y croyais plus du tout à ce stade. C’est ça que je rêvais de découvrir avec Star Trek – Enterprise : des histoires remontant au passé lointain des autres séries, vue sous un angle novateur et passionnant. Le bouleversement commence dans un épisode en trois parties (4×04 « Les Améliorés », 4×05 « Les Embryons » et 4×06 « Poursuite »), dans lequel on retrouve l’excellent Brent Spiner dans le rôle d’un des ancêtres de l’inoubliable Data de Star Trek – La nouvelle génération. L’histoire surprenante se montre à la fois palpitante et convaincante. Star Trek – Enterprise devient soudain passionnante. Qui l’aurait cru ? L’arc suivant se révèle ensuite tout aussi fascinant (4×07 « Le Pèlerin du désert », 4×08 « Les Dissidents » et 4×09 « Kir’Shar »), avec un retour en force des Vulcains où l’on se passionne de savoir jusqu’à quel point la logique les a conduit vers une voie sans issue, jusqu’à ce que leur peuple soit complètement dénaturé. S’ensuit alors quelques loners bien plus excitants à regarder que les saisons 1 et 2 réunis.

L’arc suivant, sans être du même niveau que les deux précédents, permet de voir commencer à naître la future Fédération. C’est ingénieux, d’autant qu’on y aperçoit les Romuliens tentant par tous les moyens de faire échouer une alliance qui les pénaliserai (faisant ainsi le lien avec la série originale). A cette occasion, Star Trek – Enterprise se risque à une amusante explication sur les deux « races » de Klingons qui existent dans l’univers Star Trek. Pour mieux comprendre, dans la série originale, les Klingons avaient un maquillage très sommaire. Ce n’est que dans le premier film, que le design final des Klingons s’est stabilisé. De fait, visuellement parlant, la série originale et les autres séries sont incohérentes entre elles. Par cet audacieux tour de passe-passe, Star Trek – Enterprise résout donc un des grands mystères de l’univers Star Trek !

Quelques épisodes plus loin, la série s’offre ses uniques épisodes miroirs. L’univers miroir a été inventé dès un épisode de la série originale (Star Trek 2×10 « Miroir »), dans lequel un accident de téléporteur avait propulsé le capitaine Kirk dans une réalité alternative où tout y était inversé. Les héros gentils devenaient méchants, et vice versa. Les épisodes miroirs ont toujours été une grande tradition dans l’univers Star Trek depuis lors, particulièrement dans Star Trek – Deep Space Nine où les personnages de deux univers se croisent régulièrement. Star Trek – Enterprise y a donc lui aussi droit, dans un double épisode particulièrement savoureux (Le côté obscur du miroir 4×18 et 4×19) où les personnages font l’objet d’un formidable jeu de dupe tout en parodiant la série originale. Ce diptyque est donc une franche réussite. A quelques épisodes de la fin, force est de reconnaître que j’ai relevé mes espoirs pour Star Trek – Enterprise que j’enchaîne donc avec plaisir, surtout que l’unité entre Archer, Phlox, T’Pol et Trip s’est considérablement renforcée. Malheureusement, je n’en dirais pas autant des autres comédiens qui sont pour la plupart tous restés figés dans leur position de départ.

Arrive alors la conclusion de Star Trek – Enterprise dans 3 épisodes, clairement en dessous des épisodes précédents. Dans le dyptique 4×20 L’Enfant et 4×21 Terra Prime, la série tente une approche originale en intégrant un hybride humain/vulcain rendant la naissance de Spock possible dans le futur. Si l’approche est bonne et le ton juste, le coup du « il est né le divin enfant » par clonage génétique fait malheureusement tâche. Inclure un bébé dans une série ne se passe jamais comme il faudrait. Soit celui-ci est intégré dans un scénario qui finira par partir en vrille (The X-Files – Aux frontières du réel), soit on le néglige au point de se dire qu’on a affaire à de mauvais parents (Charmed). Star Trek – Enterprise fait plus fort en faisant apparaître un enfant venu de nulle part dans une explication franchement tiré par les cheveux (Voyez, la perversion humain/vulcain est en marche !), de fait, l’histoire me paraît complètement caduque. Malgré tout, la conclusion de ce double épisode reste doux-amer puisqu’on y voit que les humains ne sont clairement pas encore près à s’ouvrir aux autres peuples de la galaxie. La Fédération a encore beaucoup de chemin à accomplir pour pouvoir naître. On s’attend donc, pour le dernier épisode, à une conclusion magistrale de la série dans laquelle nous allons voir enfin cette célèbre Fédération naître.

Que nenni ! La série ayant été annulée par UPN, Rick Berman et Brannon Braga décident d’écrire un scénario qui veut rendre hommage aux 18 années ininterrompues de Star Trek (télévision et cinéma). Ils convient donc Jonathan Frakes et Marina Sirtis afin de boucler la boucle. Star Trek a en effet connu le véritable succès à partir de 1987 avec Star Trek – La nouvelle génération dans lequel Jonathan Frakes interprétait le rôle de William Riker et Marina Sirtis celui de Deanna Troi. Mais au lieu de créer un épisode de conclusion à Star Trek – Enterprise, et par extension à l’ensemble de la saga Star Trek, L’épisode 4×22 Le dernier voyage combine maladroitement Star Trek – Enterprise et Star Trek – La nouvelle génération, puisque tous les évènements qui s’y déroulent sont une version complémentaire d’évènements ayant eu lieu dans la seconde série (07×12 Le Pegasus). Pour le spectateur n’ayant jamais vu le moindre épisode de Star Trek – La nouvelle génération, le choc est violent, car il ne comprendra rien à ce scénario qui se déroule exclusivement dans le holodeck. Cette conclusion, qui n’en est pas une, à Star Trek – Enterprise est même un véritable non sens. Pour ceux qui ont connu toute la franchise jusqu’à Star Trek – Enterprise, cette non-fin est un outrage innommable puisque la conclusion de leur saga favorite s’achève en véritable queue de poisson ! Absolument rien n’est dit sur la façon dont la Fédération est née, même le discours d’Archer n’est pas prononcé à l’écran ! Heureusement pour moi, j’ai eu la chance d’avoir de nombreux échos autour de cet épisode polémique. Aussi avais-je commencé par regarder cet épisode final juste après avoir terminé la série originale puis Star Trek – La nouvelle génération (c’est à dire que j’ai eu l’idée incongrue de commencer Star Trek – Enterprise par son dernier épisode !). De fait, la transition entre les deux séries s’est avérée agréable à suivre puisque je sortais d’un fabuleux voyage de 7 saisons en compagnie de Picard, Data, Troi et Riker et la transition s’était faite sans trop de heurs. Du coup, je vois désormais 4×22 Le dernier voyage comme un épisode crossover bonus, sans aucune continuité réelle avec le reste de Star Trek – Enterprise. Sachant cela, il devient moins choquant de terminer son visionnage de la série par le dyptique 4×20 L’Enfant et 4×21 Terra Prime qui est la réelle et meilleure conclusion possible de la saga.

Ce périple dans le passé de Star Trek terminé (à deux reprises en réalité, j’ai revisionné Star Trek – Entreprise intégralement après avoir vu toutes les autres séries histoire de voir les subtilités qui m’avaient échappées la première fois), il est désormais logique d’enchaîner avec la série originale. Celle des origines, celle de 1966, celle créée par Gene Roddenberry et qui a donné naissance à l’un des plus vastes univers de science-fiction s’étendant de la télévision au cinéma (sans compter bien sûr les livres que je n’évoquerai pas sur le blog) ! Et là, immédiatement dans votre esprit, vous allez logiquement me dire qu’une série aussi vieillotte doit forcément être mauvaise voir carrément kitch au possible. Pas le moins du monde, je vous le garantis ! Star Trek n’a par exemple rien à voir avec Buck Rogers au 25e siècle, série de 1979 aussi culte que ringarde aujourd’hui. Rien à voir non plus avec Battlestar Galactica, définitivement ancrée elle aussi dans les années 1970. Tout au contraire, Star Trek les précède de plus de 15 années, en se révélant une œuvre d’anticipation étonnant pertinente près de 50 ans plus tard. Très, voire trop en avance sur son temps, Gene Roddenberry créa même un concept innovant dans le premier pilote de la série, The Cage, longtemps resté inédit (il ne fut diffusé en version restaurée qu’en 1988 suite au succès de Star Trek – La nouvelle génération). Dans cet épisode apparaissait ainsi le légendaire Spock, dans un rôle totalement différent de ce qu’il fut dans la série toutefois, au côté du capitaine Christopher Pike interprété par Jeffrey Hunter. Gene Roddenberry livre ici un scénario habile, dans lequel le capitaine Pike est capturé par des talosiens dans le seul but de les divertir. Avec leur pouvoir mental, cette espèce piège ses victimes dans un semblant de rêve éveillé, mais sont en réalité enfermés dans une prison aux parois vitrées. Dans The Cage, le spectateur va immédiatement s’interroger, puisque cet épisode pilote anticipait une réalité aujourd’hui acquise : la télé-réalité où des personnes sont enfermés dans une bulle sous l’oeil avisée des caméras envoyant des images toujours plus crus à des spectateurs qui se délectent de ce divertissement ! Bien entendu, Cristopher Pike va réussir à s’évader de cette ménagerie, mais contrairement au traditionnel happy end à l’américaine, la fin de The Cage nous déboussole complètement. Le retour à la réalité s’avère tragique, on ne peut dès lors plus accuser les talosiens de tous les mots, sans accepter non plus leur mode de vie.

Ainsi, dans The Cage, le brouillon conceptuel de Star Trek vient de naître ! Mais trop en avance sur son temps, Gene Roddenberry obtient une fin de non recevoir pour son concept pas assez divertissant aux yeux des dirigeants de la NBC. Toutefois, ils lui octroient la possibilité de revoir son concept et lui accordent même de tourner un second pilote Où l’homme dépasse l’homme, sous la promesse d’en faire un western dans l’espace ! C’est là que vont apparaître pour la première fois à l’écran des personnages devenus aujourd’hui légendaires !

A suivre…

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