Shuriken School, le japanimé à la française

2 mai 2012 à 17 h 28 par Olikos

Shuriken School est l’une des nombreuses séries d’animation qui rencontrent un gros succès à l’international et produite par Xilam, le studio d’animation français que j’affectionne depuis une éternité. Pour autant, elle reste une série plutôt courte du studio, car elle ne compte que 26 épisodes de 22 minutes produits entre 2004 et 2006 ainsi qu’un film réalisé en 2007. Shuriken School a toutefois des particularités uniques en leur genre du secteur des séries d’animation. Initialement diffusée sur la chaîne France 3 dans sa case jeunesse, la série a désormais élu domicile sur Gulli en France.

Shuriken School est tout d’abord un univers, entièrement supervisé et imaginé par les Espagnols Emilio Gallego et Jesùs Gallego (frères à la ville). Ce sont eux qui vont dans un premier temps imaginer tout le concept de la future série en devenir. Ils vont ainsi y établir les jeunes élèves, les professeurs, l’école et autres lieux pour leur faire vivre des aventures sur le web au travers de mini-sketchs dépourvu de voix en Flash. C’est autour de l’année 2004 que le studio espagnol Zinkia se rapproche de Xilam afin de produire une véritable série télévisée. Xilam est à cette époque au plus de haut de sa (jeune) carrière : des séries comme Oggy et les cafards, Ratz ou Les zinzins de l’espace cartonnent à travers le monde, et le récent succès de la série Les nouvelles aventures de Lucky Lucke proposant une vision plus légère et délurée que la série d’autrefois ne fait qu’accroitre leur notoriété, ce qui leur permet même d’envisager le long métrage cinéma Tous à l’ouest (mais qui malheureusement assurera une contre-performance en regard de la série, puisque n’ayant pas atteint le résultat escompté au cinéma, soit dit en passant).

Shuriken School devient donc assez vite une série très attendue par le public, tout comme par les financiers d’ailleurs ! La série bénéficie en effet d’un préfinancement spectaculaire, non content d’être associé à Zinkia (qui détient 25% des droits de la série), Xilam s’allie également avec Nickelodeon aux Etats-Unis, Jetix en Europe ainsi qu’avec France Télévisions. Lorsque la production à proprement parler de la série débute en décembre 2004, Shuriken School est donc déjà entièrement financée ! Ce qui permet au studio de déployer tous les moyens pour en faire une série de qualité.

Shuriken School se démarque par son approche résolument originale. C’est tout d’abord une série entièrement supervisée et réalisée en Flash. Comme le font remarquer les artistes qui ont travaillé dans la série, la technologie Flash est à la fois contraignante pour la réalisation de l’animé, mais aussi un énorme avantage permettant les extravagances les plus incroyables. On ne compte plus les innombrables plans rapides que compte la série, tout comme les inhabituels et très dynamiques jeux de caméra. On soulignera également que la série ne réutilise quasiment jamais aucune scène d’animation sur l’ensemble de la série, chaque épisode étant donc traité avec un soin très attentif.

Shuriken School c’est ensuite une série à la fois profondément européenne et profondément japonaise. Française avant tout de part sa narration, sa dynamique et la qualité de son animation, mais également Espagnole qui sont à l’origine de la plupart des scénarios et des personnages. Japonaise bien entendu de par l’emprunt quasi-systématique des codes typiques que l’on trouve habituellement dans les mangas et les japanimés, sans oublier bien sûr que la série est censée se dérouler là-bas. Shuriken School c’est également une série internationale où chaque personnage évoque un pays ou un continent. On peut d’ailleurs commencer par le trio vedette : Eizan Kaburagi (le japonais), Okuni Dohan (L’européenne) et Jimmy B. (L’américain). Shuriken School fourmille ainsi de trouvailles visuelles et narratives excellentes, et elle est résolument portée par des personnages très charismatiques.

Du côté des professeurs, on évoquera le succulent Principal Sensei dont on ne connaît pas le vrai nom et qui passe sa vie à maintenir à flot son école au bord de la banqueroute. On s’étonnera que la présence de Kubo Utamaro nous rappelle implacablement ces véritables enseignants capables d’endormir leur auditoire dès qu’ils ouvrent la bouche. On ne pourra pas oublier la ravissante Kita Shunai, bien que celle-ci soit finalement plutôt mise en retrait dans la série. On appréciera le déluré Vladimir Keitawa, le professeur au fort accent russe qui ne manque pas de faire régulièrement quelques gaffes mémorables. A ces personnages haut en couleurs sont également associé deux autres : le jardinier Zumikito un peu dépassé par les évènements mais prêt à toutes les confidences sur le passé de l’école, et surtout l’inoubliable femme de ménage à qui il ne faut – en aucun cas – refiler des produits de nettoyage de mauvaise qualité sous peine de sombres représailles.

Bien que la série soit plutôt portée par le trio vedette, il ne fait pas l’ombre d’un doute que la série est basée sur un esprit d’équipe. Même si la majorité des épisodes se suffisent à eux-mêmes, quelques éléments sont quand même récurrent : à commencer par les élèves de l’école rivale Katana qui n’hésitent pas à entraver l’école Shuriken autant qu’ils le peuvent. Chacun des élèves de Shuriken School trouve naturellement sa place dans la série. Tous apportent des ressorts comiques aux intrigues et ont tous leurs rôles à jouer. Jamais aucun d’eux ne fait défaut, mais également aucun n’est inutile dans la série. A commencer par l’énigmatique Pig dont on ne comprend pas vraiment l’intérêt ni la logique de ce personnage très bizarroïde. Zinkia et Xilam se décideront tout de même à lever définitivement le voile sur ce mystérieux personnage dans le film qui conclut la série. Mais chut… je n’en dirais pas plus à son sujet.

Profitons justement de l’occasion pour évoquer quelques mots autour de Shuriken School, le film – Le secret du ninja. Très méconnu par le public, parce qu’il n’a été diffusé qu’une seule fois sur France 3, il est paru directement en DVD le 26 septembre 2007. Si l’on déplore que le film soit un tantinet plus longuet à prendre son envol contrairement aux épisodes de la série, il reste indispensable à tous les fans de Shuriken School. Il permet de lever le mystère sur quasiment tous les points passés sous silence dans la série : les origines de l’école, celle de Katana, mais aussi de la plupart des personnages de la série. Le film se veut d’ailleurs très haletant sur la fin et s’offre un final, résolument ouvert, à la hauteur de la série.

Considérée à juste titre comme la première véritable série française à l’esprit résolument manga (ou le premier japanimé à la française, c’est comme vous voulez), la série est unanimement saluée à travers le monde. En France, elle est même officiellement soutenue par la Fédération Française de Judo ! Shuriken School ne souffre aujourd’hui que d’un seul défaut : bien qu’ayant été réalisée très récemment, la série et le film ont été tournés en 4/3. Même si ce choix artistique ne peut pas vraiment être reproché à Xilam tant la qualité de la série fait totalement oublier le format de l’image, il est quand même regrettable qu’elle n’ait pas été pensée en 16/9. Cela aurait d’une part rendu l’expérience visuelle plus éclatante encore et surtout aurait empêché ces effroyables recadrages en faux 16/9 comme le fait désormais Gulli depuis le début de l’année 2012. Heureusement les éditions DVD de la série éditée par Citel Vidéo, tout comme le film, sont à l’abri de cet impardonnable escamotage.

Shuriken School est donc indéniablement une série incontournable du catalogue de Xilam, que tout amateur de séries d’animation se doit d’avoir regardé au moins un jour. Saluons également au passage l’excellente qualité du doublage français de cette série, la rendant encore plus attachante qu’elle ne l’est déjà !

Posté dans Blog, Xilam

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