Doublage : Les bagnoles 2 / Cars 2

Pour beaucoup, le 12e film produit par les studios Pixar est leur premier faux pas, personnellement je considère que Pixar avait déjà raté la marche à l'époque de Les Incroyable / Les indestructibles. A ce qu'on dit, les goûts et les couleurs des uns et des autres... Il n'empêche, il y a quand même un peu de vrai dans les propos des détracteurs de Cars 2. Et si tout le monde était passé à côté du film que je trouve personnellement sympathique à cause... de son doublage ? Car s'il y a bien une chose que j'ai personnellement constaté, c'est que la version française est franchement ratée en comparaison de son homologue québécois Les bagnoles 2.

A croire que seuls les comédiens québécois ont réussi à saisir toute la subtilité de ce film, et surtout qu'ils se sont jetés à fonds dans la parodie voulue dans Les bagnoles 2. Les comédiens québécois se sont impliqués d'un manière très brillante, comme s'ils avaient été - contrairement aux français - les seuls vrais connaisseurs des subtilités que l'on trouve dans l'univers des films d'espionnage. Benoît Brière est assurément celui qui tire le mieux l'épingle du jeu en donnant une superbe personnalité à Finn McMissile, à la lisière du plus célèbre des agents britanniques au service de Sa Majesté. Lambert Wilson, malgré une brillante carrière cinématographique, reste très nettement en dessous de l'interprétation de Benoît Brière tout en apportant une touche à la fois légèrement différente et agréable à Finn. Côté version québécoise, Patrice Dubois et Manuel Tadros sont tellement enthousiastes de retrouver leurs personnages (Flash McQueen et Mater) que leurs interprétations rayonnent sur tout le film. A contrario, c'est presque comme si on avait l'impression que Guillaume Canet était revenu pour la forme assurer le rôle de Flash, mais à grands regrets de ne pouvoir faire autrement. Flash est fade au possible en version française, et clairement agaçant à écouter sur le long terme. Étonnamment décevant contrairement à son interprétation dans le premier film.

Évoquons ensuite ce qui est désagréable et ce qui fâche, les deux pour le même personnage. On est obligé de regretter la disparition de Michel Fortin, décédé trop tôt pour pouvoir redonner sa voix à Martin dans la version française. Oui, mais alors pourquoi avoir porté son choix sur Gilles Lellouche pour le remplacer ? Déjà que Martin avait déjà une voix différente dans la série Cars Toons (tout comme Flash d'ailleurs), Cars 2 en version française détruit définitivement tout l'intérêt du personnage au point de le rendre affreusement antipathique. Le pire, c'est que Gilles Lellouche ne cherche même pas - et à aucun moment - à tenter de livrer une interprétation proche de Michel Fortin. Il y impose son propre style, comme si le personnage était nouveau et n'avait jamais existé auparavant. Malheureusement ce n'est absolument pas le cas, Martin a un background gigantesque au point qu'on en a retenu la moindre de ses excentricités. Et le pire, c'est qu'on est désormais obligé de faire avec cette horrible nouvelle version de Martin !

Heureusement, tout n'est pas foncièrement à jeter dans la version française. Holly est superbe dans les deux versions. Bien que leur jeux soient sensiblement différents, Émilie Bibeau et Mélanie Doutey font des espionnes en herbe de choix. Même son de cloche en ce qui concerne Alain Zouvi et Bernard Gabay très subtils dans le rôle de Sir Miles Axelrod. Aucun autre comédien ne se démarque ensuite véritablement dans Les bagnoles 2 ou Cars 2, notons toutefois un étonnant et prestigieux invité sur la version québécoise : Jacques Villeneuve, célèbre pilote automobile canadien, est ainsi un commentateur sportif dans le film et ceci en exclusivité pour la version québécoise.

Le potentiel de Cars 2 est donc totalement gâché en version française principalement parce que le couple vedette (Flash et Martin) est tout bonnement horripilant. L'apathie de Guillaume Canet est ahurissante, comme s'il venait de retrouver en Flash McQueen un ancien camarade d'école qu'il avait tout fait pour éviter jusqu'à présent. Gilles Lellouche est lui incapable de retrouver l'essence même de ce qu'est Martin la dépanneuse bizarroïde que pourtant tout le monde adore. Accentuant son côté dépravé au détriment de son côté sensible, Martin dans Cars 2 est un personnage profondément énervant. Même si je suis d'ordinaire très conciliant avec les doublages francophones, dont j'ai toujours du mal à choisir l'une par rapport à l'autre, ce n'est absolument pas le cas ici. Je le clame haut et fort, fuyez à toutes jambes la version française de Cars 2 et ruez-vous sans le moindre remords sur la si brillante et énergique version québécoise de Les bagnoles 2. Assurément la seule des deux qui fut capable de saisir toute la subtilité des propos parodiques du film, et la seule où l'on ressent le véritable plaisir des comédiens qui se donnent à fond dans leur jeu.

Un dernier mot : je voudrais aussi profiter de l'occasion pour évoquer un étrange mystère dans l'adaptation française du film. Sans vous révéler la trame générale si vous ne la connaissez pas encore, retenez que l'histoire met en scène des véhicules vieillissants. La version québécoise les surnomme des "citrons", tandis que la France fait le choix de les nommer des "vieux sabots". Je trouve cela d'autant plus étonnant que le terme "citron" est pourtant aussi une expression familière courante utilisée en France désignant les véhicules aussi bien veillisants que les gouffres financiers qui nécessitent d'être réparés constamment. Le mystère de cette traduction reste donc pour moi entier. A moins que cette expression soit typique du sud de la France dont je suis originaire, et que les parisiens ne pouvaient donc pas connaître et utiliser.

1 juin 2012 par Olikos