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Premier long métrage d'animation en couleur et sonorisé de l'histoire du cinéma, et pièce maîtresse de l'industrie de Walt Disney, ce film est sorti sur les écrans le 21 décembre 1937. Alors que l'entourage du maître doutait qu'une telle entreprise réussisse son portage au grand écran, ce fut un véritable triomphe à travers le monde.

 

Le film a connu quatre doublages français. Le premier lors de sa première sortie le 4 mai 1938, la seconde durant les années 40 au  Canada, la troisième le 12 décembre 1962, à l'occasion des premiers cinémas stéréophoniques, et le dernier en 2001 pour la sortie DVD. Enfin, pour corser l'ensemble, depuis 2009, les passages originellement lus sont désormais narrés par Philippe Catoire.

 

Une trace de la version francophone du film subsiste actuellement dans une bobine Super 8 intitulée "La toilette de Grincheux". Vous pouvez d'ailleurs l'écouter en cliquant ici.

 

 

Il était une fois... une jeune princesse malmenée par la reine, sa belle-mère, jalouse de sa beauté. Obligée de s'enfuir dans la forêt, Blanche-Neige perdit son chemin et se retrouva dans la chaumière habitée par sept nains : Prof, Joyeux, Grincheux, Dormeur, Atchoum, Timide et Simplet. Peu de temps après, la reine, interrogeant son miroir magique, apprit que Blanche-Neige était encore en vie. Folle de rage, la reine se mit aussitôt à sa recherche sous la forme d'une vieille femme qui lui offrirait une pomme... empoisonnée.

 

 

Blanche-Neige et les sept nains, un titre qui fait vibrer toutes les générations de spectateurs, petits ou grands. Le film de la démesure, le film de l'ambition, le vrai chef d'œuvre du cinéma moderne. Blanche-Neige et les sept nains, c'est avant tout le paris fou d'un homme décidé à porter coûte que coûte le premier film animé, colorisé et sonorisé de l'histoire, quitte à être la risée de toute la profession tout en y engloutissant tous ses deniers. Et le résultat dépasse toutes les prévisions. Véritable succès de société, Blanche-Neige et les sept nains devient alors le premier d'une longue et extraordinaire lignée de films enchanteurs que seule la touche de Walt Disney peut apporter.

 

C'est avec ce film que tout l'esprit Disney verra véritablement le jour. Chacun des films qui le suivront respecteront certains critères incontournables que l'on découvre pour la première fois ici. Le film s'inspire en grande partie du conte des Frères Grimm, même si le scénario s'en écarte considérablement. Walt Disney n'en retient en effet que l'essentiel, délaissant les passages trop sombres ainsi que les nombreuses tentatives de la Reine pour se débarrasser de sa belle-fille. Il donne aussi une vie propre et un caractère à chacun des nains. Dernier point d'orgue, Walt Disney impose que seul le baiser d'un prince aimé parviendra à ranimer la belle jeune fille qui a croqué la pomme empoisonnée. Si les puristes crieront rapidement à l'hérésie (comme chacune des adaptations qui suivront), les autres sont immédiatement envoutés par la magie du film. Assez curieusement, le premier film animé de Walt Disney met en scène une belle princesse sur les épaules desquelles reposent un risque calculé. Qui peut en effet croire à cette époque qu'un tel film pourra être un succès ? Et pourtant, il est au rendez-vous. Et chaque fois que la firme aux grandes oreilles est en difficulté, c'est une autre princesse qui vient à son secours. Si l'on excepte Aurore de « La belle au bois dormant », qui ne gagnera ses galons que bien des années plus tard, chacune des princesses que sont Cendrillon, Ariel ou Belle s'accompagnera d'un vrai triomphe.

 

Le scénario du film, parfaitement maitrisé du début à la fin, est rehaussé par une animation exemplaire. A commencer par l'extraordinaire réalisme de Blanche-Neige, qui nous émerveille toujours autant d'années plus tard. Toute l'attention du film se porte sur elle, et chacune de ses actions sont superbement interprétées. Toutefois, avec le recul, beaucoup trouvent en Blanche-Neige la ménagère idéale bien loin de l'idéal féminin actuel. Pour autant, sa personnalité est calqué sur le conte de fée dont il s'inspire, et prend tout son sens dans le simple fait de mentionner dès le début « Il était une fois ». Car au final, on oublie trop souvent que Blanche-Neige n'a que 16 ans dans le film. L'autre principal personnage de l'histoire reste l'effroyable reine. Impitoyable, froide et cruelle sa première scène dans le film nous rend immédiatement compte des ses sombres desseins, pour une raison au final très puérile. Telle une gamine, elle ne supporte en effet pas qu'une rivale soit plus belle qu'elle, et met alors tout en œuvre pour être la plus belle femme du monde. Que se soit de Blanche-Neige ou de la Reine, chacun des deux personnages possèdent un aspect réaliste saisissant.

 

A l'opposé, on trouve une ribambelle de personnages secondaires plus caricaturaux. A commencer bien entendu par les sept nains. Là où le conte originel ne les nomment pas ni ne les différencie, Blanche-Neige et les sept nains propose une personnalité spécifique à chacun d'entre eux. Assez ironiquement, celui qui remporte tous les suffrages ne prononce jamais un seul mot (sauf un cri d'effroi) : Simplet. Le style graphique des nains tranche singulièrement avec Blanche-Neige, la Reine et le Prince mais s'harmonisent parfaitement avec eux. Les nains, du fait de leur nombre (le 7 a toujours eu une forte symbolique dans la conscience populaire), peuvent presque faire penser aux sept vertus. Ces dernières étant d'ailleurs souvent identifiables dans chacun des longs métrages animés de Disney, et plus particulièrement dans le personnage de Blanche-Neige. Les nains seraient-ils le simple reflet de sa personnalité ? Pourquoi pas, la question est posée.

 

L'inspiration des artistes pour les décors vient principalement d'Europe et de son histoire moyenâgeuse. Il est assez difficile d'établir avec certitude l'année où laquelle l'histoire est supposé se dérouler, mais cette ambiance particulière apporte une crédibilité fascinante à l'ensemble. Les décors n'ont pas du tout à rougir devant l'animation des personnages. Soignés avec talent, ils se révèlent tous convainquant.

 

Blanche-Neige et les sept nains impose également un schéma narratif spécifique en mettant en avant une bande originale soignée. Accompagnant parfaitement l'action à des moments clefs (La fuite dans la forêt, la métamorphose de le Reine... rehaussant d'ailleurs leur caractère angoissant), elle devient plus légère et joyeuse lors des magnifiques chansons du film. La musique est ainsi indissociable du déroulement de l'histoire, à tel point d'ailleurs qu'elle semble commencer au début et ne s'achever qu'à la fin sans aucun temps mort. Une chose qui ne sera quasiment plus jamais reproduite par la suite dans les films animés de Walt Disney, où le silence deviendra aussi primordial que la musique.

 

Le film connu au moins quatre versions françaises durant ses nombreuses années d'exploitation. Il fut cependant le seul à être vu avant la seconde guerre mondiale. De fait, aujourd'hui, on pense que la version française originale de 1938 fut détruite, ou du moins fortement altérée, et rien ne permet encore aujourd'hui d'en affirmer le contraire. Alors que le marché Européen fut fermé à Walt Disney, une version francophone fut tout de même élaborée pour le marché canadien durant les années 40, comme beaucoup de films de cette période (dont Pinocchio notamment). Une trace de cette version subsiste actuellement dans la bobine Super 8 intitulée « La toilette de Grincheux ». Plus près de nous, c'est surtout la version de 1962 qui est la plus connue et appréciée. Dans le rôle titre, Lucie Dolène inoubliable dans ce rôle, tout comme Claude Gensac machiavélique et méconnaissable dans le rôle de la Reine. Ce redoublage confirmerait le fait que la version de 1938 soit perdue. Car depuis 1947, une loi impose que le doublage d'un film soit effectué obligatoirement en France pour recevoir un visa d'exploitation. La version canadienne ne pouvant alors être utilisée, le redoublage fut donc le seul recours possible.

 

En 2001, le film fut une nouvelle fois intégralement redoublé. Cette affaire mis alors en lumière les vrais contrats à la Picsou de Disney France. En 1994, Lucie Dolène fut injustement dépouillée des droits sur sa propre voix  quand le film fut pour la première fois commercialisée. Son action en justice – symbolique pour toute la profession des comédiens de doublage – se solda par une victoire en demi-teinte. Bien qu'ayant remporté ce procès, Disney France, vexé, préféra redoubler intégralement le film pour ne pas à lui verser quoi que ce soit tout en éliminant sa voix de l'ensemble de son catalogue vidéo. Au delà de cette triste affaire mettant en lumière le peu de considération que Disney France a pour ses comédiens et pour ses fans, le redoublage de 2001 reste agréable et très fidèle à la version de 1962. Un constat si éclatant d'ailleurs que depuis 2009, les passages originellement lus à l'écran étant désormais écrit en anglais, Disney France a fait appel à Philippe Catoire pour effectuer la narration de ces segments.

 

Blanche-Neige et les sept nains a aujourd'hui remarquablement bien vieilli, et on lui pardonne ses rares défauts lorsqu'on se remémore qu'il n'est que le tout premier d'une extraordinaire lignée. Le film ne souffre en effet que d'un seul vrai défaut : il est resté figé dans une époque lointaine. Blanche-Neige n'est en effet plus du tout l'idéal féminin actuel, elle conserve les caractéristiques d'une jeune femme des années 30 vue par la société de cette époque. Mais ceci favorise l'immersion dans le film dont on sait que l'issue sera forcément heureuse, comme tout bon conte de fée digne de ce nom. Et Blanche-Neige et les sept nains est parfaitement de ceux-là.

  

 

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